‹ Le Pérou économique;Chapitre 29 sur 35 · VI. — Depuis 1630, année où fut découvert le Cerro · texte numérisé non relu

VI. — Depuis 1630, année où fut découvert le Cerro

de Pasco, jusqu'en 1803, époque où l'exploitation commença à péricliter, on a extrait de cette montagne l'énorme quantité de 50.000 tonnes d'argent, et les liions sont a peine entamés. Pour donner une idée de la richesse prodigieuse de ces gisements, nous citerons les exemples suivants : en 1758, au Cerro de Pasco, on trouva un morceau d'argent natif de 160 kilos, aussi pur que s'il avait été fondu. Pendant le même siècle, on trouvait dans une mine de la même région une masse métallique d'un seul bloc, pesant 368 kilos. Une mine de la province de Carabaya donnait, dans les premiers temps de son exploitation, 1.125 kilos d'argent par chaque 2.500 kilos de minerai brut. Il n'y a là aucune exagération et on pourrait citer des exemples à l'infini.

A l'heure actuelle, on cite comme le filon le plus riche du monde celui de Ca.raJiun.cra, dans le centre minier de Yauli de la province de Tarma : ce filon, reconnu superficiellement sur une étendue de 5 kilomètres, atteindrait une épaisseur de 30 mètres.

Depuis plus d'un demi-siècle, les mines de Cerro de Pasco ne sont exploitées que superficiellement, en raison de l'énorme quantité d'eau qui envahit les galeries. Pour faciliter l'écoulement de ces eaux, on a eu l'idée de construire un desaguadero, sorte de canal par où pourrait se déverser l'eau qui s'accumule dans les galeries des principales minesi Ces travaux sont aujourd'hui facilités par le chemin de fer qui apporte tout le matériel nécessaire à peu de distance des mines.

VII. — Deux mille puits s'ouvrent pour ainsi dire dans la ville même de Cerro de Pasco, et malgré ses galeries inondées on extrait encore, des minerais autrefois dédaignés comme pas assez riches, 35.000 kilos d'argent par an, et ces rainerais ne produisent pas la vingtième partie

de ce qu'ils devraient produire, en raison de la manière dont on les prépare pour l'amalgamation. La méthode presque uniquement employée est celle du patio.

Aussitôt après son extraction, le minerai est amené dans des moulins où il est broyé par des meules mues par des roues hydrauliques. Une fois broyé, le minerai est transporté dans une sorte de cour pavée nommée patio ou buitroriy où il est essayé pour en apprécier le rendement. Ceci fait, il est étendu sur le sol et on y ajoute une certaine quantité de sel, suivant sa richesse, de la terre et du mercure; après cela commence l'opération dite del hormigueiro (fourmillement). L'opération consiste à lancer un certain nombre de chevaux qui pétrissent le minerai avec leurs sabots ; après on ajoute du mercure s'il est nécessaire, et l'amalgame se fait de la même manière en le mélangeant avec de la chaux, de la boue, etc., pour modifier son état.

Ce travail d'amalgame est des plus pénibles pour les pauvres chevaux (1) ; il dure trois ou quatre jours, après lesquels le mélange étant complet, on le laisse reposer pendant deux mois. Au bout de ce temps, on met cette pâte dans une sorte d'entonnoir, dont le fond est formé par des tamis de crin. L'eau terreuse s'égoutte peu à peu, la pella, c'est ainsi que l'on nomme l'amalgame, reste à sec sur les crins, d'où il est transporté dans des creusets d'argile munis d'un tube de fer ou d'un simple canon de fusil dont le bout plonge dans un vase plein d'eau. On chauile, le mercure s'évapore par le canon, et l'argent pur reste au fond des creusets.

(1) La nourriture d'un àne, d'un cheval ou d'un mulet revient enc«re aujourd'hui à 1 fr. 50 par jour. Le salaire d'un ouvrier indien est de 6 francs par jour. Après dix à douze jours de travail, les chevaux sont tellement épuisés qu'il leur faut deux mois de repos pour se remettre de leurs fatigues.

Malgré la main-d'œuvre importante et la déperdition excessive de mercure, des fortunes considérables s'édifièrent rien qu'en traitant le minerai par ces procédés primitifs. L'exploitation des résidus et des minerais abandonnés cessa d'être productive vers 1897, époque à laquelle le gouvernement péruvien ferma la « Monnaie » de Lima. La frappe de monnaie qui donnait à l'argent une valeur factice ayant été interdite, le métal blanc dut être vendu comme marchandise ; mais les prix étaient si bas qu'ils ne suffisaient pas à couvrir les frais d'exploitation; les haciendas de beneficios durent interrompre leurs travaux.

Vin. — C'est à ce moment, critique pour l'industrie minière du Gerro de Pasco, que l'on se rendit compte de l'importance des dépôts de minerai de cuivre contenus dans la plupart des mines d'argent. Des fonderies furent installées, et grâce à la découverte de gisements de houille, le prix du combustible, dont le taux élevé avait toujours été la pierre d'achoppement pour les extractions de minerai, baissa d'une façon sensible, et bientôt tous les mineurs se jetèrent sur ce nouveau champ d'exploitation. Des sociétés à gros capitaux se constituèrent en peu de temps. Parmi celles-ci on cite les mines de la Esperanza, del Carmen, El Triunfo, la Victoria, la Reductoray Santa Inez et Morococha; ces deux dernières mines viennent d'être cédées à la Cerro de Pasco Mining Company qui les a payées trois millions comptants. Cette opération indique quel pourrait être l'essor économique de cette région, si elle était exploitée d'une façon méthodique, avec toutes les facilités que procurent les progrès de la mécanique moderne.

La majeure partie des mines ayant été achetée par la Cerro de Pasco Mining Company, l'exploitation du fameux

centre minier par les particuliers diminua considérablement. Les mines Etna et Vesubio sont aujourd'hui paralysées ; par contre, El Rayo, San Jacinto, SanMiguel fonctionnent toujours avec une grande activité, quoique n'employant en aucune façon la force mécanique. Les procédés routiniers sont toujours en vigueur, et on ne tient aucun compte de la composition du minerai ni de la richesse de celui-ci en cuivre.

Les métaux dont la teneur dépassait 30 pour 100 de cuivre étaient expédiés en Europe ou dans les ateliers de fonderie de Yauli et de Casapalca ; ceux qui, possédant une teneur moindre, ne pouvaient supporter la dépense d'un fret élevé, étaient laissés en chantier. L'arrivée du chemin de fer favorisa l'édification d'ateliers de fonderie munis de fours àréverbères. Ces fours fonctionnent actuellement et peuvent traiter des minerais dont la teneur n'est que de 25 pour 100 ou 20 pour 100 et même de 15 pour 100. Nous arrêterons là ces détails, car il faudrait un volume spécial rien que pour énumérer toutes les mines du Gerro de Pasco.

IX. — La production moyenne du Pérou, en métal argent, s'est élevée pendant les années 1909, 1910etl91ià 180.000 kilos par an en chiffres ronds. Les districts producteurs se répartissent comme suit : département d'Ancash (Huari, Huaylas, Pallasca et Recuay), 16.000 kilos ; département d'Arequipa (Caylloma), 13.000 kilos ; département de Cajamarca (Gajabamba et Hualgayoc), 12.000 kilos; département de Huancavelica (Angaraes, Gastrovirreyna, Huancavelica), 4.000 kilos ; département , de Huanuco (Huallanca), 5.000 kilos ; département de Junin (Gerro de Pasco, Yauli), 72.000 kilos; département de Lima (Huarochiri), 38.000 kilos. Depuis 1910, on note une augmentation constante dans les exportations de mi-

uéraux sous forme de mattes, lingots, rainerais et sulfures, expédiés en Angleterre et eu Allemagne.

X. — La région cuprifère du Pérou est tout aussi étendue que celle de l'argent ; elle part de la côte pour s'interner peu à peu dans l'intérieur jusque dans la région des forêts. On trouve le cuivre parfois à l'état natif, d'autres fois combiné avec des sulfures complexes, comme il arrive dans les gisements d'une importance extraordinaire du Cerro de Pasco et du district de Yauli, dont la teneur est de 10 à 40 pour 100 de cuivre pur.

Ce sont les Américains qui se sont assuré l'exploitation de ces fameuses mines de cuivre de Cerro de Pasco que les ingénieurs les plus compétents estiment renfermer plus de 25 millions de tonnes de minerai de cuivre, outre une quantité considérable d'argent. Cette entreprenante compagnie américaine, qui est aussi connue sous le nom de syndicat Haginson-Vanderbilt, a payé 17 millions de francs ces mines qu'elle a achetées comptant.

C'est à cette société que le Pérou doit de voir le Cerro de Pasco relié à la Oroya par un chemin de fer de 130 kilomètres; la gare a été édifiée au milieu de la Pampa de laEsperanza, au centre de plusieurs ateliers de fonderie et à proximité des puits d'extraction. Ces installations devront pouvoir traiter 1.000 tonnes déminerai par jour. Les dépenses s'élèvent déjà aune cinquantaine de millions. Toutes les mines de la société américaine se trouvent situées à une altitude de plus de 4.000 mètres ; pour l'instant la production s'élève à 40 tonnes de cuivre pur par jour.

Tout près d'Ica il existe des gisements de cuivre d'une grande richesse, desquels on a déjà extrait 7.000 tonnes de cuivre fin, avec un minerai qui rendrait 25 pour 100 de métal. L'exploitation de ces mines était beaucoup ralentie

à la suite de la baisse du prix du cuivre ; à l'heure actuelle, en raison de la hausse de ce métal, plusieurs mines se sont ouvertes à nouveau, mais le travail n'y a pas encore repris l'activité antérieure, et laproduction est encore insignifiante.

Les principaux districts producteurs de cuivre sont : dans le département d'Ancash : Huaylas, minerai de cuivre argentifère d'une teneur de 26,10 pour 100 de cuivre; Recuay, minerai de cuivre argentifère d'une teneur de 11,32 pour 100 de cuivre et sulfure d'argent cuprifère d'une teneur de 26,79 pour 100 de cuivre. Dans le département du Junin : Cerro de Pasco, mattes argentifères d'une teneur en cuivre de 51,33 pour 100 ; minerai de cuivre argentifère d'une teneur en cuivre de 27,09 pour 100 ; minerai de cuivre d'une teneur de 15,96 pour 100; Yauli: mattes argentifères d'une teneur en cuivre de 25 pour 100! minerai de cuivre argentifère d'une teneur en cuivre de 18,31 pour 100. Dans le département de Lima : Huarochiri, mattes argentifères d'une teneur en cuivre de 40,97 pour 100 ; sulfure d'argent cuprifère d'une teneur en cuivre de 3,52 pour 100 ; minerai d'argent cuprifère d'une teneur en cuivre de 3,17 pour 100. On rencontre également des exploitations de cuivre dans les départements d'Arequipa, de Cajamarca, de Huanuco, de Huancavelica.

La valeur des exportations de métaux péruviens a passé de 1.663.424 livres sterling en 1909, à 19.922.550 livres en 1910. La « Cerro de Pasco Mining Cy » est la compagnie qui exporte le plus de minerais sur New- York.

XI. — Quoique les mines d'argent y semblent plus abondantes, le Pérou est la terre classique de l'or. Au temps des Incas, le précieux métal était consacré à orner les temples; leurs statues ainsi que les trônes de certains

Incas étaient d'or massif. L'or existait en telle abondance que Atahualpa, fait prisonnier par Pizarre, payait en quelques heures une rançon que l'on a évaluée à plus de 30 millions ; les écrits du temps affirment que nombre de ses envoyés, qui revenaient avec une quantité d'or que l'on dit supérieure, auraient jeté ce trésor dans les rivières à l'annonce de l'exécution de leurlnca par le féroce conquistador. En outre un grand nombre de huacas, ou tombes indigènes, renfermaient des objets d'or en plus ou moins grand nombre, et dans certains tombeaux, même, on a découvert des trésors immenses.

C'est un fait que l'or existe un peu partout au Pérou ; mais de même que l'argent domine dans la chaîne occidentale des Andes, l'or se rencontre en gisements d'une grande richesse dans la chaîne orientale ; ce qui fait que ces deux « Cordillères», qui occupent la plus grande partie du territoire péruvien, peuvent être considérées comme des réserves inépuisables de métaux précieux. On trouve des quartz aurifères dans toute cette partie de département située dans la chaîne orientale où prennent leur source nombre d'affluents de l'Amazone ; c'est pourquoi la plupart des rivières de la Montana charrient des paillettes d'or.

Cependant, si les mines d'or sont nombreuses, elles sont par contre bien peu exploitées encore, car le plus grand nombre se trouvent situées dans les régions les plus froides et les plus inhospitalières des Andes. Un certain nombre de mines sont connues pour avoir été exploitées du temps des Incas, mais d'un plus grand nombre encore on a perdu le souvenir ; qu'importe d'ailleurs, puisque celles que l'on a découvertes et que l'on découvre chaque jour restent inexploitées, faute de communications, malgré la recrudescence que l'on note depuis quelque temps dans l'industrie minière.

XII. — La région aurifère embrasserait une extension de 61.000 kilomètres carrés, sillonnée par des cours d'eau grands et petits, riches en alluvions aurifères, démontrant l'existence de puissantes veines de quartz d'or.

Les gisements quartzeux se trouvent principalement dans la province de Huamalies, dans le district de Poto de la province d'Azangaro, les filons de la colline de Camanti dans les monts Marcapata de la province de Guzco, dans les districts de CatahavihaSj La Union, Chumbivilcas, Paruro, Quispicanchi, Convention, Pataz, etc. Cette dernière, qui fait partie du département de Libertad, est une des provinces les plus ignorées et les plus abruptes du Pérou; les gisements aurifères y sont très abondants, tous les ruisseaux, tous les torrents sont riches en alluvions aurifères, mais en raison de la situation de cette région éloignée de toute voie de communication commode, tout doit y être apporté à dos de mule ou à dos d'homme même, ce qui fait que toutes ces richesses restent pour le moment improductives. Dans le département de Cajarmarca on trouve aussi de nombreuses veines aurifères. On parle beaucoup actuellement des gîtes miniers de la région de Colloadar qui pourraient être facilement exploités, car ils se trouvent situés à courte distance de la Vina, où viendra aboutir d'ici peu le chemin de fer de Pacasmayo à Cajamarca, et à 8 kilomètres de l'embranchement de Magdalena. Les riches mines de Huayllura, dans le département d'Arequipa, sont exploitées par plusieurs compagnies anglo-péruviennes.

Malgré la richesse de tous les gisements cités plus haut, aucune région aurifère ne peut être comparée à celles de Sanclia et de Carabaya dans le département de Puno; cette contrée, justement appelée San Juan del Oro (Saint-Jean-de-l'Or), a produit du temps de la colonisation

espagnole des quantités prodigieuses d'or. Depuis, malgré le peu d'activité des mines dû au défaut de routes et aussi de bras et de capitaux, la région a toujours produit une notable quantité du précieux métal.

XIII. — L'histoire minière de cette région et de celle voisine de Cuzco, enregistre des faits de richesse minérale inouïe, presque invraisemblable. Au commencement du xvii° siècle un cerro (mont) qui s'écroule à la suite d'un tremblement de terre met à jour des « paniers d'oranges » (1) dont quelques « nuggets » (morceaux, pépites) pèsent plus de 20 kilos. Le sol est si riche, que vers 1787 les intempéries mettaient à découvert des pépites de 60 à 70 grammes. Le rendement de la mine de Garabaya, pendant la domination espagnole, peut être estimé à 2 milliards 800 millions de francs (2).

Les archives de Lima font encore mention de pépites d'un poids et d'une grosseur extraordinaires, incroyables même ; l'une, qui fut envoyée à Charles-Quint, pesait 50 kilos, elle avait la forme d'une tête de cheval et fut découverte dans la province de Cuzco. Plus tard on expédia à Philippe II un morceau d'or natif d'un poids à peu près égal, et qui aifectait la forme d'une tête humaine, mais ce bloc ne parvint pas à son destinataire, le vaisseau qui le portait ayant fait naufrage.

Indépendamment des mines, on trouve des alluvions très riches dans plusieurs rivières du nord de Tumbes et dans le département d'Amazonas, sur les rives de la plupart des aifluents et sous-affluents de l'Amazone qui sillonnent la Montafia péruvienne, par exemple, sur

(1) Gîtes ou poches où on trouve des pépites d'or pur, plus ou moins grosses et plus ou moins nombreuses.

(2) Cette mine, nommée Sanlo Domingo, est aujourJ Imi exploitée par une compagnie nurJ-américuine.

divers points du Tambo, de l'Urubamba, sur le Tigré, le Pastaza, le Napo, le Ghinchipe ; mais les centres les plus connus pour la richesse de leurs alluvions aurifères sont les rivières et ruisseaux des régions vierges de Garabaya et de Sandia, de Pataz, de San Antonio ; sur le Haut Marafion, près du Pongo de Manseriche ; sur le Paucartambo dans la province de Guzco, etc.

XIV. — Le lavage de l'or forme la principale industrie de certaines localités des frontières ; pendant la saison sèche, la richesse des alluvions laissées à découvert par la baisse des eaux est parfois si grande, que souvent le précieux métal y apparaît sous forme depaillettesbrillantes. Les Indiens et les métis fronterizos récoltent ces paillettes en construisant des barrages permanents contre lesquels viennent se déposer les parcelles d'or charriées par l'eau à l'époque des crues.

Nous avons lavé avec un succès relatif les sables intermittents des plages des canaux fuégiens, particulièrement à Slogett et à Barrilito, dans les îles Lennox, Hoste et Picton, puis plus tard au Pérou les alluvions d'un petit affluent du Tumbes ; eh bien ! les lavages opérés cependant dans des conditions défectueuses sur ce dernier point nous donnèrent en deux mois des résultats identiques à ceux obtenus à la Terre de Feu dans un laps de temps double. G'est dire que le sable était beaucoup plus riche. Sur certains endroits nous avons vu des travailleurs actifs récolter de 25 à 35 grammes d'or par jour. Nous citerons encore l'entreprise d'un Allemand, Guillermo Wolf, qui, avec 32 hommes, récolta en 20 jours 29 kilos d'or pur; il est vrai que le lavage se faisait au « sluice », mais nous devons ajouter que ces exemples ne sont pas fréquents.

On trouve l'or dans les sables ou alluvions, soit à fleur du sol, soit à une certaine profondeur, et en plus ou moins

grande quantité, un peu partout, sur les rives et dans les lits des rivières. Le sable qui renferme les précieuses particules est le plus souvent noirâtre, il est quelquefois pur, mais on y trouve des petits cailloux de couleur jaune brun clair. Tantôt ce sable est à ciel ouvert, tantôt on le trouve entre deux couches d'argile. Généralement on trouve encore des alluvions très riches jusqu'à trois mètres de profondeur.

XV. — Le lavage de l'or s'opère de différentes façons :, le moyen primitif de la bâtée ou plat est celui qui est le plus usité sur toutes les rivières du Pérou ; après il y a le système du « sluice » ou rigole. On construit une sorte de grande boite ou couloir en bois de faibles dimensions en largeur et en profondeur, 30 à 40 centimètres. 11 est quelque peu incliné, formé de pièces ajoutées bout à bout, et l'eau coule sur toute la longueur qui est variable. A la tète delà rigole on place une sorte de double tamis, dont la partie supérieure est formée de mailles assez larges et la partie inférieure de mailles plus serrées ; on y jette à la pelle les terres à laver ; celles-ci sont entraînées par l'eau, et la majeure partie de l'or est retenue par des tringles de bois disposées de distance en distance ou par des rainures au fond desquelles on a déposé du mercure. Le travail du sluice se fait par groupe d'une dizaine d'orpailleurs environ.

La bâtée ou hatea est un vaste plat ou cuvette en bois en forme de tronc de cône, très évasée, elle est de plusieurs grandeurs, 30 à 35 centimètres de diamètre au fond, et 35 à 40 à la partie supérieure avec une profondeur moyenne de 10 centimètres. 11 en est de 50 à 60 centimètres de diamètre avec une profondeur de 12 centimètres.

Les métis péruviens remplacent très souvent la bâtée par des couis ou des moitiés de calebasses.

Quel que soit l'appareil, on le remplit à moitié de sable à laver ou à essayer, et on le plonge ensuite dans l'eau. Alors, on doit exécuter rapidement, en tenant la bâtée des deux mains, une série de mouvements oscillatoires, à droite et à gauche, en avant et en arrière, et quelquefois faire tourner la bâtée dans l'eau sur elle-même, autour de son axe vertical, tout en inclinant l'appareil à chaque tour. L'eau entraîne peu à peu toutes les matières légères, puis celles un peu plus lourdes, petits cailloux, grains de quartz, etc. Toutes les matières inutiles ne tardent pas à occuper seules la partie supérieure au fond de la bâtée. En inclinant doucement celle-ci, elles s'échappent avec l'eau, il ne reste bientôt plus que les matières les plus lourdes, cailloux, grains de quartz, pyrites de fer, etc., et au fond les paillettes ou la poudre d'or, parfois, mais plus rarement, des pépites.

Quand au fond de la bâtée il n'y a qu'une petite quantité de paillettes, d'aiguilles et de poudre d'or, on dit que la terre est colorada, qu'elle montre la couleur ; si la quantité est appréciable, on dit que l'alluvion pagfa, paye bien. Ce procédé des plus rudimentaires laisse échapper une grande partie de l'or, car celui-ci est parfois si ténu, si fin qu'il surnage pendant l'opération du lavage, ou bien il est à l'état si microscopique qu'il est entraîné avec les sables ; pour obvier à cet inconvénient un orpailleur à peu près équipé met du mercure au fond de son plat, le mercure dissout l'or partout ouille rencontre et le restitue ensuite parla distillation. Malgré cet avantage la majorité des laveurs d'or ne font pas usage de mercure.

Le lavage à la bâtée est très fatigant par suite de la position accroupie que doit occuper le laveur, et le jeu répété des muscles du bras. Il paraît qu'un bon laveur d'or de métier^ pratiquant depuis longtemps, peut laver jus-

320 LE PÉROU ÉGONOMJQUE

qu'à 125 bâtées ; quant à nous, malgré tous nos efforts, nous n'avons jamais lavé plus de 75 bâtées ; d'aucuns de nos associés, plus expérimentés, sont parvenus à 90 et 100, mais c'est là, il nous semble, un effort qui ne peut se répéter longtemps sur les bords des rivières de la Montana péruvienne où la température est chaude et humide.

XVI. — Si nous avons parlé de l'or, ce n'est pas pour conseiller à tout le monde de partir à sa recherche, la fortune n'est que peu souvent la récompense de ceux qui abandonnent leur patrie pour courir les hasards de la vie des placers. Le métier d'orpailleur ou de laveur d'or, quelque rémunérateur qu'il puisse être en apparence, ne mène guère à la fortune dans la pratique ; nous en parlons par expérience. Tout d'abord les crues et les inondations des rivières obligent les laveurs d'or à ne faire que des saisons de quelques mois. En outre, comme il ne prend que rarement le temps de chasser et de pêcher, le laveur d'or vit de bananes, de manioc et de diverses sortes de patates ou camotes; cette nourriture étant peu réconfortante, il finit par s'étioler sous Faction d'un climat devenu plus déprimant par un travail prolongé; l'orpailleur est alors une proie facile pour la maladie.

En dépit de ces difficultés et des privations, la réputation de richesse de certaines rivières est si grande, surfaite ou non, qu'elle attire sans cesse un certain nombre d'aventuriers. Ils arrivent par petites bandes de temps à autre ; il y a même des isolés qui, à peine débarqués, courent à la rivière la plus en renom pour le moment, séjournent quelques mois sur ses rives, puis, anémiés, fatigués, malades, reviennent à la côte avec une récolte plus ou moins abondante, suivant la chance et l'activité de chaque laveur.

Les prospecteurs, les laveurs d'or de métier sont

généralement prodigues et imprévoyants ; lorsqu'ils ont en leur possession un petit trésor, ils s'empressent de venir gaspiller à la côte ou dans la ville la plus proche, généralement au jeu, en futilités et en débauches, l'or qui bien souvent leur a coûté beaucoup de peine à recueillir. Les poches vides ils rentrent dans la Montana ou vont tenter la fortune ailleurs, pour recommencer la même vie de débauche si la réussite leur sourit; jusqu'à ce qu'un jour, anémiés et rongés par les fièvres qu'ils auront contractées par leur mauvaise hygiène, ils laissent leurs os au bord de quelque rivière ou de quelque torrent. Tous les Européens et même les Péruviens que nous avons connus, comme prospecteurs plus ou moins occasionnels, renoncèrent à ce travail après une ou deux campagnes. Pour être avantageux, le lavage des alluvions doit être fait sur une certaine échelle, avec un matériel perfectionné et un personnel nombreux.

Nous ne conseillerons une tentative de ce genre qu'à ceux qui, possédant pour tout avoir, en plus d'une bonne constitution, une certaine force morale et une grande énergie, voudraient se procurer par ce moyen le pécule nécessaire pour essayer ensuite de l'agriculture, de l'élevage, ou se livrer au commerce ou à l'industrie dans quelques villes de la côte ou de l'intérieur. Il faut surtout éviter de se laisser prendre à la séduction de la vie des placers, la vie de la forêt, à laquelle on se laisse prendre trop souvent. Certes! c'est une existence pénible que l'on mène tout d'abord, mais qui a un charme étrange, puisqu'au milieu des commodités de la vie des grandes villes on se prend parfois à regretter cette existence rude et pénible toujours, mais libre et sans entraves.

Cependant, mieux vaut encore être débitant, traitant ou négociant et ravitailler les placers, comme nous ne regret-

tons pas de l'avoir fait pendant notre second séjour dans les canaux fuégiens, que prospecteur ou laveur d'or, car ce dernier paiera toujours fort cher les vêtements et les vivres nécessaires à la vie ; l'avantage demeure donc à celui qui ne va dans les placers que pour vendre.

Nous le répétons, une saison de lavage d'alluvions comme celle d'un chercheur de caoutchouc, est chose pénible et ne doit être entreprise que par ceux qui se sentent l'énergie et la volonté nécessaires et qui savent bien ce qu'ils veulent et où ils vont ; il serait dangereux de se lancer dans une expédition de ce genre sans s'être au préalable rendu compte des ressources que l'on pourra se procurer sur les lieux où on se propose d'aller et de l'appui sur lequel on pourra compter...

XVII. — Les mines de mercure, cinabre ou vif argent sont très nombreuses dans les régions de Huancavelica, Chonta et Puno ; mais quoique le mercure soit d'un usage courant au Pérou où ce produit est très demandé, la plupart des gisements ne sont que peu ou pas exploités.

La plus célèbre des mines de mercure est celle de Santa-Barbara, située dans la province de Huancavelica. Cette mine, découverte au seizième siècle, a fourni jusque vers 1866 plus d'un million de quintaux de mercure ; elle s'enfonce sous terre jusqu'à une profondeur de près de 500 mètres, à travers des grès imprégnés de cinabre; il y a des galeries de 800 mètres de longueur sur 5 de large et 4 de hauteur.

Cette mine, exploitée d'une façon par trop primitive, se vit peu à peu envahie par les eaux, si bien que l'exploitation en devint à peu près impossi/)le.

En 1890, cette mine, qui était propriété de l'Etat, fut cédée ;! une société anglo-jiéruvienne fondée au capital de 200.000 livres. Cette société a entrepris aussitôt les

travaux d'épuisement nécessaires pour mettre la mine en état d'être exploitée à nouveau ; elle n'a pas encore réussi complètement, car le travail fut souvent interrompu; mais l'exploitation, qui se fait déjà sur une certaine échelle, donne de bons bénéfices, car la compagnie trouve un débouché assuré dans la vente du mercure aux nombreux établissements miniers, où ce produit est absolument nécessaire pour le traitement des minerais d'or etd'argent.

Toutefois nous n'avons pas encore vu figurer le mercure comme produit d'exportation, malgré l'importance des gisements signalés un peu partout, et la facilité relative de son exploitation.

XVIII. — Une des principales entraves apportées à l'industrie est, avec le manque de communications, le défaut de combustible dans les principaux centres miniers; cependant les gisements de charbon de terre sont extrêmement nombreux au Pérou, et un certain nombre ont été reconnus comme de qualité excellente, même dans la majorité des cas supérieurs aux charbons du Chili. Depuis longtemps, il est vrai, des gisements houillers sont exploités dans différentes parties du territoire péruvien, mais faute de moyens de transport économiques, il revenait à 70 francs par tonne à la côte, alors que le bon charbon anglais ou australien ne s'y vend guère que 35 à 40 francs la tonne.

Les couches carbonifères embrassent une étendue considérable de territoire; on rencontre chaquejour de nouveaux gisements sur les deux versants de la Cordillère occidentale, dans presque tous les départements de cette zone. Les anthracites et lignites de Huamachaco, Bambamarca, Trujillo, Salpo, etc., dans le département de la Libertad, sont considérés comme de qualité supérieure. Dans le département de Junin, plusieurs mines de houille situées au Cerro de Pasco et à Yauii, sont en pleine production,

et c'est là un des motifs de la recrudescence d'activité dans ces centres miniers. Le département de Cajamarca recèle aussi des gisements très importants, partout la production du combustible serait abondante et rémunératrice; les capitaux nécessaires se trouveraient rapidement, mais ce qu'il faut avant tout, ce sont des moyens de transport.

Parmi les départements les plus favorisés par le nombre et la qualité (1) de leurs mines figure en premier lieu celui de Ancachs ; les districts de Cajatambo, Huari, Pallasca, Recuay, Huaylas, etc., reposent sur d'énormes masses de charbon.

C'est dans le but de faciliter l'exploitation et l'exportation de cette richesse naturelle que le gouvernement péruvien active de tout son pouvoir l'achèvement du chemin de fer de Ghimbote à Suchiman et Huaraz. Le principal avantage de cette ligne est qu'à 100 kilomètres du port de Ghimbote, à une altitude d'environ 700 mètres audessus du niveau de la mer, elle pénètre dans la région carbonifère de la vallée du Santa.. Les meilleurs experts du Lancashire ont prospecté ces gisements qui s'étendent sur une longueur de 65 kilomètres des deux cotés du rio Santo, et les considèrent comme inépuisables.

(1) Analyse pratiquée par le géologue américain, M. Greath, de l'anthracite de :

Bambainarca. Lignite de lluainachaco.

Eau

Eau . .

Matières volatiles . .

MaliiTCs Charbon Sulfures Cendres

Gravité ^

vol

ililes , . ,

péc

fiquo . .

Gravité spécifique . .

L'analyse du charbon de Pensylvanie de la vallée de Wyoïning donne : Eau 3.'227, matières volatiles 4.317, charbon 83.294, soufre O.GOO, ctmdrcs 8.514. lîravilé spécifique, 1.59.

L'extraction du charbon dans les districts charbonniers du Cerro de Pasco, dont les principaux centres connus sont ceux de Fanacac/iz, Millpu, Cuchis, Gollairisquiscay Tusi, Pilao, Jaru^ Vilcabamba,, VinchuscanchsLy etc., produit pour l'instant un peu plus de 55.000 tonnes annuellement. La mine de Vinchuscancha, la principale de toutes, a produit à elle seule 21.000 tonnes. La production des mines de Yauli a été de 2.000 tonnes, de Oyon 1.000 tonnes, des départements d'Ancachs, de Gajamarca, de Libertad, 5.000 tonnes, soit une production totale de 63.000 tonnes. L'importation de charbon ayant été de 105.000 tonnes, d'une valeur de 214.000 livres, la consommation a été de 159.000 tonnes.

Toute la production du Cerro de Pasco "t consommée sur place. Les prix sont très variables : le charbon de Corax, dans le département d'Ancachs, se paie 8 soles la tonne, celui du Cerro de Pasco 10 soles, celui de Yauli 18 soles, celui de Quisuarcancha 20 soles, etc. On voit par ces prix que l'extraction du charbon est une industrie rémunératrice; malheureusement, dans la généralité des cas, il ne faut pas chercher à le transporter à la côte, ce qui fait que l'exploitation se trouve forcément restreinte.

D'après des nouvelles récentes, il paraîtrait que des mines de houille très importantes ont été découvertes dernièrement au Pérou, sur la côte même, à un jour de navigation du Callao, en un point nommé Paracaz. Comme dans l'état actuel de ses communications, le Pérou ne peut songer à faire descendre à la côte son charbon de Tintérieur, la découverte de Paracaz serait un événement qui changerait la situation, car la mine se trouve dans un© péninsule de chaque côté de laquelle existe une baie où peuvent entrer des navires de fort tonnage. Une société ^Au capital de 3.250.000 francs, dont la moitié est versée,

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aurait été constituée pour exploiter ce gisement. La concession est de plus de 40 kilomètres carrés, et trois couches de plus d'un mètre de puissance auraient été reconnues ; le prix de revient de la houille ne dépasserait pas 10 francs la tonne.

Si l'on considère que la consommation annuelle du charbon, sur la côte occidentale sud du Pacifique, est de plus de 500.000 tonnes, que presque tout ce charbon vient d'Angleterre ou d'Australie, et que la houille de Paracaz serait de qualité égale, cette découverte pourrait avoir pour le Pérou des conséquences heureuses au point de vue économique.

XIX. — Sel. — Il existe au Pérou de nombreux dépôts de sel marin et de sel gemme ; les premiers se trouvent répandus sur le littoral, les seconds dans la Sierra et la Montana.

Les plus importants parmi ces dépôts sont les suivants : Zarumilla, Quebrada Seca, Nûco, Negrito, Colon, tous situés au nord de Païta, dans le département de Piura; Morrope, dans le département de Lambayeque ; Guanape, Guadalupito, Puerto-Perdido, la Virgen, Pozo-Blanco, Boca del Rio, etc., dans le département de la Libertad. Les départements de Junin, Huanuco, Ica, Ayacucho, Apurimac, Moquegua, Arequipa, Puno, Guzco ; les considérables dépôts de Mauas, dans ce dernier département, sont particulièrement renommés.

Il existe près de Huacho, département de Lima, à 50 milles du Callao, à l'endroit nommé Sechura, un dépôt de sel qui suffirait à lui seul à approvisionner de cette substance tout le continent américain ; il occupe une partie de la Pampa de Salinas, et s'étend sur une superficie de 204 kilomètres carrés.

Ce dépôt, où le sel s*est aggloméré en quantités inépui-

sables, est dû à une infiltration particulière des eaux de mer à travers la roche poreuse qui forme le sol. On peut dire avec raison que la nature a établi là une fabrique de sel qui travaille jour et nuit, et à laquelle l'Océan fournit constamment, gratis, la matière première. Les salines de Puite (Moquegua) contiennent des sels chimiquement purs, celles de San-Blas, dans la province de Gerro de Pasco, donnent 97 p. 100 de chlorure de sodium.

Dans le département de Amazonas, il y a des dépôts salins à proximité du Rio Uramarca et sur divers autres points. Dans celui de Loreto, il y a plusieurs dépôts importants près de Tacach et de Pelluana ; sur les bords du torrentueux Huallaga et de quelques-uns de ses affluents, on trouve des collines (cerros) de sel qui attendent patiemment que des embarcations viennent les recueillir.

Le sel est, au Pérou, monopole d'Etat. Dans le but de racheter au plus tôt les provinces de Tacna et d'Arica, détenues en gage par le Chili, le gouvernement péruvien édictà en 1896 une loi par laquelle le sel destiné à l'alimentation domestique était imposé de cinq centsivos par kilo, celui destiné à l'industrie subissant aussi un impôt de un centcLVO; par la même loi, le gouvernement, se réservant à lui seul l'exploitation du sel, a passé la main à une compagnie nationale de perception du sel.

La consommation moyenne de cette substance est de 5.500.000 kilospourusagedomestique, et de 3. 500. OOOkilos pour usage industriel. La plus-value laissée par ce monopole s'élève entre 35 et 40.000 soles, et sert de garantie à un emprunt de 600.000 livres contracté à Berlin.

XX. — On ignore généralement qu'il existe au Pérou de grandes raffineries de pétrole, et que ce produit y est meilleur marché et de meilleure qualité que celui qui s'importe des Etats-Unis. Depuis longtemps, on connaît au

Pérou l'existence de l'asphalte et du bitume solide et liquide. La matière solide se trouve à la surface, et l'on retirait le liquide de longues fosses profondes de 7 à 8 mètres environ, que le pétrole remplissait par son suintement lent et continu. Cette substance épaisse, cette sorte de goudron liquide, répand une forte odeur de poix, s'enflamme facilement, ne laissant aucun résidu après la combustion.

Les habitants indigènes ou métis s'en servent comme combustible. Sur toute la superficie des gisements, le sol est en grande partie composé de sables et de grès poreux. Partout, à la surface, le pétrole manifeste sa présence ; quand les vagues arrachent des rochers de la plage, la place qu'ils occupaient se remplit de pétrole, l'huile suinte entre les galets du rivage et se répand sur la mer.

La région pétrolifère reconnue jusqu'à ce jour s'étend au bord du Pacifique sur un rayon de 3.200 kilomètres carrés. Cette zone est comprise entre la région de Tumbes, PaitcL et Piura ; les puits offrent une grande facilité d'exploitation par le peu de profondeur à laquelle se trouve la nappe. On trouve aussi du pétrole dans d'autres endroits de la Costa, il en existe aussi de très riches gisements dans le département de Puno, tout près du lac Titicaca ; mais quoique ces sources soient connues de tout le monde, elles restent inexploitées, faute de communications et de capitaux. Les plus anciens gisements exploités sont ceux de Nigritos et de Zorritos. Cependant à Lobitos, à vingt milles au nord de Nigritos, et sur la côte, on vient de découvrir un nouveau gisement récemment exploré par la « Peruvian Corporation ». Actuellement 19 puits sont forés, dont 10 fournissent de l'huile. Les installations comprennent des tanks d'une contenance de 1.000 tonnes.

On a extrait en 1900 des districts pétroiiferes d'Anio-

tape et de Tumbes (1), où se trouvent les exploitations de la « London and Pacific Petroleum C° » et de l'établissement industriel de Zorritos (2), 38.000 tonnes de pétrole brat, dont 32.000 ont été employées par les chemins de fer, le restant a donné après raffinage : 2,700 mètres cubes d'huile de pétrole, 110 mètres cubes de gazoline et 60 mètres cubes de benzine.

Le baril de pétrole contient 42 gallons (3).

La production du pétrole et l'exportation du pétrole lourd, tout spécialement, augmentent chaque année; de 7.843 tonnes en 1905, l'exportation atteignait : en 1906, 16.689 tonnes; en 1907, 32.388 tonnes; en 1908, 48.839 tonnes; en 1909, 99.930 tonnes. Les chiffres incomplets de 1910 et 1911 donnent une progression supérieure.

Comme le bois fait défaut dans toute la région pétrolifère et que le charbon revient à un prix fort élevé, les raffineurs ont appliqué à toutes leurs machines, le chauffage au moyen du pétrole brut, des sucreries ont imité ce procédé et réalisent une économie énorme. Des essais sont tentés à l'heure actuelle, dans le but de savoir si, comme l'ont fait les Russes pour leur chemin de fer de l'Asie centrale, le pétrole peut avantageusement remplacer le charbon pour chauffer les locomotives. Nous ignorons encore le résultat de ces essais, mais il ne fait aucun doute que l'industrie du pétrole prendra plus tard, au moment de l'ouverture du canal de Panama, une extension considérable.

(1) Les districts d'Amotapo et de Tumbes se trouvent dans le département de Piura.

(2) Il existe encoro a The Lobitos Oilfields Ltd » ; la « The South American Petroleum Syndicale », et la « Compagnie de Pétrole » (française) ; les deux dernières travaillent irrégulièrement. En raison de l'accroissenient de l'exportation on vient de construire à Paita un dépôt demmaguhinage du pétrole.

(3) Le galion a une contenance de 3 litres environ.

Voici, à titre de renseignement, la composition chimique du pétrole brut péruvien comparée avec celle des pétroles russe et yankee :

Pérou

Etats-Unis

Russie

Charbon

Hydrogène

Oxygène .

Le borax est un produit qui existe en couches épaisses dans le sud du Pérou et dont l'exploitation prend de jour en jour plus d'importance. Arequipa trouve dans l'industrie du borax des bénéfices très importants. A 75 kilomètres de cette ville, entre les ramifications des volcans Misti et Ubinas, il y a une étroite vallée de 16 kilomètres de longueur sur 8 de large, où les eaux qui descendent des volcans deviennentstagnantes et laissent par évaporation des dépôts de borate de chaux de 40 à 50 centimètres d'épaisseur, de la matière brute desquels on extrait 40 à 50 pour 100 d'acide borique.

Des soufrières existent sur la Costa et dans la Sierra, mais elles se rencontrent en plus grand nombre dans la chaîne volcanique du sud où on les trouve en dépôts chimiquement purs et d'une grande importance.

Les principales carrières de marbre, d'albâtre, etc., se trouvent dans les départements de Puno et d'Ayacucho. On trouve le cobalt et le nickel dans la province de Iluanta.

Les gisements de plomb, de fer, d'aluminium, de chaux, de magnésie, de sulfate de soude, sont nombreux dans les départements d' Arequipa, Ancachs, Piura, Huancavelica, Cajamarca. La production du plomb, tant en lingots qu'en minerais, donne en moyenne 9.000 tonnes, avec une teneur en plomb de 2.000 tonnes.

La valeur de cette production en plomb a été de

8.500 livres. Le plomb en lingots pour usages industriels se vend à Lima à raison de 13 livres 40 centavos la tonne métrique. Les districts producteurs de plomb sont dans les départements de Ancachs, Huancavelica, Junin et Lima.

On croit généralement que les gisements de guano qui contribuèrent à entretenir le budget péruvien jusqu'en 1880 sont aujourd'hui complètement épuisés; il n'en est rien, et il reste encore dans les îles de la côte des amas de guano qui peuvent être évalués à Sou 9 millions de tonnes. Les îles les plus riches en guano étaient les îles Chincha à 18 kilomètres delà côte; aujourd'hui, comme il ne reste plus sur ces îles qu'une centaine de mille tonnes de guano, le gouvernement péruvien décida que le précieux engrais serait réservé pour l'agriculture du pays. C'est avec parcimonie qu'il accorde les permis d'extraction dans les îles situées au sud du Gallao; dans celles situées au nord, le guano existe encore en grande quantité, mais il est d'une qualité un peu inférieure parce que plus humide ; il s'en fait cependant une exportation de 350.000 tonnes par an.

Les principaux gisements sont :

Los Islotes, Chipana, Puntade Huanillo, PuntaBlanca, Pabellon de Pica, Isla de las Viejas, Iles de Chincha, Supé, Guanape, Macabi, Lobos de Afuera, Lobos de Tierra, Iles Hormigas de Tierra, Pescadores, et sur une centaine d'autres îles et îlots situés à une plus ou moins grande distance de la côte, mais jamais supérieure à 25 kilomètres.

XXI. — En terminant ce chapitre, il n'est peut-être pas inutile de donner quelques indications sur la façon de procéder pour acquérir une ou plusieurs concessions minières au Pérou.

Toutes les mines sont propriété de l'État, mais de même que dans les autres républiques sud-américaines, le gouvernement péruvien accorde volontiers des concessions de mines à quiconque les sollicite, sous la seule condition de payer une contribution semestrielle de 15 soles par pertenencia. La pertenencia est l'unité de mesure établie au Pérou par la loi de 1901, concernant les adjudications de mines. Cette unité a la forme d'un rectangle de 2 hectares d'étendue, ayant 200 mètres sur un coté et 100 de l'autre sur une profondeur indéfinie. Pour les grsements de charbon, de pétrole, sur les placers et gisements analogues d'or, de platine, d'étain, etc., les pertenencias auront comme base un carré de 200 mètres de côté (1).

Les pertenencias, qui dans leur ensemble forment une seule concession, doivent être groupées sans solution de continuité, formant un rectangle dont les côtés seront en relation sans qu'ils excèdent la proportion de dix à cent. Le rectangle que forme une pertenencia ou un ensemble de pertenencias, devra être situé dans la direction que désigne le demandeur, il pourra se composer du nombre de pertenencias sollicitées de façon à ce que celles-ci ne dépassent pas 60 dans chaque concession; on devra mentionner aussi les points culminants de la concession mensurée en se conformant aux points fixés par les bornes des concessions voisines, s'il en existe.

La première chose que doit faire une personne étrangère ou non, qui veuL acquérir une mine, c'est de s'informer de la situation des principaux centres miniers, de la qualité des mines et des conditions plus ou moins Favorables du terrain. Une fois que l'on aura porté son choix sur

(1) Soit 20 ou 40.000 mètres carrés.

un district quelconque, on devra regarder sur le journal officiel le dernier tableau publié, afin de savoir quelles sont les mines de l'endroit possédant déjà un propriétaire. Connaissant les pertenencias possédées légalement, il lui sera facile de choisir celles qui restent libres, après quoiil fera sa demande. Celle-ci, appelée aussi denuncia,, dénonciation, est publiée et si personne ne revendique la propriété, la concession est accordée, après qu'on aura fait un commencement d'exploitation (creuser un trou d'essai). L'ingénieur chargé de ce service passe avec un écrivain public pour mesurer la pertenencia, en lever le plan, fixer les bornes et donner possession.

Ceci fait, et toutes ces formalités ayant été enregistrées, une copie de l'acte légalisée est adressée à la section des mines du ministère des Travaux publics, aux frais de rintéressé à qui on remet l'expédition originale comme titre de propriété.

Pour conserver la jouissance absolue de sa mine, il suffit au concessionnaire de payer ponctuellement la contribution semestrielle de 15 soles. Le défaut de paiement de cette contribution pendant trois semestres consécutifs est suffisant pour entraîner la perte de lamine, qui, dans ce cas, peut être dénoncée par quiconque voudrait se substituer aux droits de l'ancien propriétaire.

Pour les contrées où il n'existerait pas de cadastre, il suffit au demandeur de délimiter le plus exactement possible la concession qu'il désire, d'en faire ce qu'on appelle la dénonciation qui est en même temps la demande, celleci paraît à VOfficiel, et si personne n'enrevendiquelapossession, la concession est accordée après les mêmes formalités que pour les autres mines. Contrairement à ce qui se passe en France, l'obtention d'une concession n'entraîne pas une série interminable de formalités et de démarches

longues et ennuyeuses, capables de décourager les meilleures volontés (1).

Au point de vue minier il y a au Pérou beaucoup d'affaires actuellement négligées ou travaillées sur une petite échelle, faute du capital nécessaire à leur développement. Le champ est vaste pour la création de nombreuses entreprises et l'investissement de capitaux rencontrerait des conditions très avantageuses.

Les minerais de cuivre, d'argent, etc., à faible teneur, sont très abondants spécialement dans le district de Puno, et la création de fours de fusion serait rémunératrice. Par suite des frais de transports élevés que ces minerais ont à payer, ils ne sont pas exploités et il n'y a que ceux d'une teneur moyenne de 20 pour 100 qui sont embarqués. A Santa Lucia, un Anglais a entrepris la fusion récemment, mais sur une petite échelle. Sur toute son étendue le département de Puno constitue un excellent district minier, de bonnes propriétés minières peuvent y être acquises. Les taxes ne sont pas élevées ; le gouvernement encourage les exploitations et accorde des faciHtés ; le matériel pour mines et autres établissements est introduit en franchise.

Le taux des salaires pour ouvriers mineurs indigènes varie de 1 à 2 soles (2 fr. 50 à 5 francs) par jour, suivant la nature du travail.

(1) L'administration supérieure des mines s'exerce par le gouvernement assisté d'un conseil supérieur, à Lima, et de Députations ou délégations dans les centres miniers. Conformément à l'article 39du Code des miucs, les étrangers peuvent être membres de ces députations.

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