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CHAPITRE XVII

I. Infériorité du commerce français sur la côte du Pacifique. — H. Une clientèle sympathique. — III. Causes de notre effacement. — IV. Doléances des commerçants français. — V. Voyageurs de commerce. Méthode à suivre. — VI. Agence commerciale. — Vil. Exposition de produits français. — VIII. Lecture des rapports consulaires. — IX. Le goût du consommateur. — X. Crédit. Usages commerciau.x de la place de Lima. — XI. Négociants importateurs et exportateurs péruviens. — XII. Défaut de banque française. — XIII. Lianque allemande Transatlantique. — XIV. Banquiers péruviens. Tarifs d'intérêts. — XV. Ce que nous pouvons vendre au Pérou.

I. — En ce qui concerne le commerce français, de môme que pour la marine marchande, nous ne pouvons malheureusement que constater la situation inférieure qui lui est faite sur toute cette partie de la côte du Pacifique. Nous allons essayer d'en indiquer lescauses, et les moyens sinon d'y remédier tout à fait, du moins d'en atténuer beaucoup les eiïets.

Parler de notre infériorité commerciale, c'est répéter après tant d'autres, et des plus éminents, tout ce qui a été dit à ce sujet; cependant toutes les occasions étant bonnes pour essayer de secouer l'indolence de nos industriels, à qui incombe en grande partie la responsabilité de cette infériorité, il est bon, dût-on n'en tenir aucun compte^ de sonner une fois de plus la cloche d'alarme.

C'est un fait indéniable pour tous que la France n'occupe plus, dans les républiques de l'Amérique du Sud, le rang qu'un moment elle avait réussi à atteindre par son génie propre, ses innovations artistiques, commerciales et industrielles.

Au Brésil, dans la République Argentine, au Chili, au Pérou, dans ces pays où nous jouissons cependant de l'estime et de la sympathie générales par la douceur et la noblesse de notre caractère, notre esprit vivace et le goût indiscutable de nos produits, nous nous sommes laissé distancer par l'Angleterre d'abord, puis TxAllemagne, les États-Unis et quelquefois la Belgique. L'heure est donc difficile au point de vue économique.

Durant ces vingt dernières années, la progression de nos exportations dans les pays déjà nommés n'a été que de 11 pour 100, tandis que celle des exportations allemandes atteignait 72 pour 100 contre 46 pour 100 à l'Angleterre, 35 pour 100 aux États-Unis, et 32 pour 100 la Belgique.

11 est superflu de dire que cette infériorité est surtout imputable à notre main-d'œuvre qui est plus chère que dans les pays voisins, ce qui augmente la valeur des objets de 20 à 25 pour 100, ensuite à l'inertie, à la mauvaise volonté même de nos producteurs qui se confinent dans des procédés routiniers.

Tout change, tout progresse. C'était déjà la vérité autrefois, et il deviendra désormais de plus en plus évident qu'il faut aller chercher au loin la clientèle, qui, sollicitée de toutes parts, a perdu l'habitude de venir à nous.

L'heure est favorable pour essayer de remonter le courant et rattraper si possible nos concurrents. Les travaux préliminaires exécutés par les Américains dans l'isthme

de Panama tirent à leur fin, la reprise des travaux d'achèvement du canal est imminente; cette entreprise sera cette fois poursuivie avec activité, et il est certain que l'ouverture plus ou moins prochaine de cette voie maritime si longtemps attendue, est appelée à déterminer un courant commercial énorme entre l'Europe et les riches pays de la côte du Pacifique, principalement au Pérou, qui, nous le répétons encore, est le pays qui doit le plus bénéficier de l'ouverture du canal.

II. — C'est dans les républiques de l'Amérique du Sud que les négociants français ont toujours trouvé l'accueil le plus sympathique en même temps que le terrain commercial le plus riche et le plus varié.

Il n'y a là rien d'étonnant, du reste, lorsque l'on songe que c'est surtout de France qu'elles ont tiré la substance de leur éducation et de leur instruction. Nos méthodes classiques, nos codes, nos livres de médecine ont servi de base à leur enseignement supérieur, et leurs enfants, en grand nombre, sont venus en France achever leurs études, suivre les cours de nos Facultés et acquérir brillamment nos diplômes universitaires. Être, par exemple, docteur en médecine de la Faculté de Paris, constitue pour un Latin d'Amérique un titre sérieux à la considération de ses compatriotes et lui vaudra, à son retour au pays natal, une position exceptionnelle et une clientèle choisie.

D'un autre côté, notre littérature est suivie dans l'Amérique latine avec une extrême attention, nos auteurs sont lus, commentés, critiqués, nos pièces de théâtre sont universellement appréciées et l'on est souvent confondu, en causant avec certaines personnalités, de leur connaissance profonde de ce qui passe, de ce qui se dit et de ce qui s'écrit dans les milieux français.

L'admiration qu'ils ont pour nous n'est nullement feinte. Nous leur avons souvent entendu dire et répéter hautement, que pour eux la France représentait la « Cabeza del Mundo » (1), que Paris en constituait « El Gerebro (2)» et que notre pays, enfin, était leur « Secunda Patria. »

Au point de vue des intérêts matériels ils ont également droit, de notre part, aune attention toute particulière.

Combien nombreux sont les richissimes propriétaires d'haciendas, qui viennent se fixer en France et y dépenser largement des revenus considérables. La société parisienne les connaît et leurs femmes, qui en font l'ornement gracieux, savent porter avec distinction tout ce que le luxe et le bon goût parisien peut inventer pour faire ressortir leur beauté et leur élégance.

Le commerce de Paris ne peut que désirer conserver une si précieuse clientèle.

L'importance économique des Etats de la côte du Pacifique Sud n'ayant fait qu'augmenter ces dernières années, il suffirait à nos exportateurs d'an peu d'activité et de ténacité pour faire reprendre une forte impulsion à notre expansion commerciale dans ces pays. Tant pis pour ceux qui ne voudront pas profiter de la situation actuelle pour prendre ou consolider leurs positions, en prévision d'une recrudescence du mouvement des échanges que fera naître pour quelques parties de l'Amérique méridionale l'achèvement du canal interocéanique.

IIL — Les causes de l'effacement actuel de la France dans ces pays cependant si bien disposés pour nous, sont les mêmes qui, sur tous les marchés du monde, amènent le recul des produits français devant les marchandises allemandes, anglaises et américaines : l'ignorance des

(1) La tôte du monde,

(2) Le cerveau.

marchés étrangers, les procédés routiniers et l'insuffisance de notre éducation commerciale.

A l'heure où les grandes nations se disputent le marché du monde, où la situation se modifie chaque jour au détriment delà France, et, contre toute prévision, de l'Angleterre même, au profit de l'Allemagne ; les mêmes reproches qui ont été faits si souvent sont encore applicables aux négociants français.

Ignorance à peu près complète de la géographie et des langues vivantes. Méconnaissance des goûts et des besoins des consommateurs. Pour réussir, il faut fournir à l'acheteur la marchandise qu'il demande. Vouloir lui en imposer une autre est une pure utopie.

Il faut souvent si peu de chose pour qu'un article plaise ou ne plaise pas.

Fabrication de marchandises d'un prix trop élevé pour la majorité des populations.

Emploi onéreux d'intermédiaires.

Intransigeance trop grande dans les conditions de paiement.

Le défaut de banques françaises.

Le tarif élevé du fret.

En général les négociants français ne connaissent pas les consommateurs lointains de leurs produits. Parfois même, ils ne connaissent pas le nom du pays auquel ces produits sont destinés. C'est l'intermédiaire qui la plupart du temps se charge d'étiqueter la marchandise à sa guise et de l'expédier. Il en résulte deux conséquences graves : nous continuons à rester inconnus pour les pays consommateurs et nous n'arrivons jamais à bien connaître les préférences de l'acheteur de chaque contrée ; ces connaissances restent acquises aux intermédiaires dont elles font la force. De ce fait beaucoup d'importateurs ignorent la

provenance réelle des produits qu'ils mettent en vente et confondent le pays de leur fournisseur avec celui d'origine. Dans ces conditions il est souvent difficile de se rendre compte si l'écoulement des produits français est en recul ou en progrès dans certains pays.

IV. — Les commerçants français établis au Pérou et, avec eux, ceux de la République Argentine, du Chili et du Brésil font à ce sujet entendre des doléances très vives. Ils reprochent surtout à nos industriels de ne vouloir traiter d'affaires que par intermédiaires à qui ils laissent de fortes remises. Par une anomalie qui ne s'explique pas, car le nombre des Français résidant dans ces centres est relativement élevé, presque tous les représentants de notre industrie au dehors sont des étrangers, principalement des Allemands, qui représentent souvent d'autres articles et ont une tendance à favoriser ceux pour lesquels ils ont une plus forte remise, et souvent s'empressent de grever les autres produits, généralement les produits français, d'une augmentation de 15 à 20 pour 100.

Le fabricant, tout à son industrie, ne peut que difficilement s'entendre avec l'acheteur d'outre-mer ; il ne connaît pas les goûts, les habitudes, les particularités et les règlements de chaque nation. Il est donc exposé, dans ses expéditions, malgré tous ses soins et sa bonne volonté, à de nombreuses erreurs dont le résultat le plus immédiat est de mécontenter le nouveau client. Il se borne souvent à s'adresser à des agents d'expédition qui s'occupent des formalités douanières et des conditions de transport, ce qui ne suffit pas. Il faut des qualités de méthode et de persévérance qui ne s'acquièrent que par la pratique.

V. — Pour étendre nos relations directes au loin, nous ne possédons peut-être pas l'outillage commercial nécessaire ; nous manquons du trait d'union indispensable, —

le voj^ageur de commerce. — Il est indiscutable que la principale difficulté réside dans ce que nous n'envoyons pas sur les marchés sud-américains assez de commisvoyageurs connaissant bien la langue et les coutumes des pays qu'ils sont appelés à visiter. Lorsqu'on peut discuter des conditions d'un achat avec l'acheteur lui-même et dans sa propre langue, celui-ci se laisse plus facilement séduire, et l'affaire est plus rapidement traitée.

Les voyageurs, par les connaissances qu'ils acquièrent dans les pays qu'ils parcourent, contribuent fortement à la création de comptoirs commerciaux, où ils sont de précieux auxiliaires.

Dans la plupart des républiques sud-américaines, les voyageurs de commerce sont obligés d'acquitter une patente et des droits sur les échantillons. Au Pérou, ces droits sont bien moins élevés que dans les autres États, et encore ne sont-ils pas exigés partout. En outre, on a tort de croire que tous les commis-voyageurs doivent traîner avec eux d'innombrables colis d'échantillons ; s'il en est qui voyagent avec de véritables cargaisons, la plupart n'ont que très peu de bagages. Ces derniers sont surtout ceux qui ont pour mission de rechercher des relations nouvelles, de solliciter des consignations, de faire des achats et d'ouvrir des crédits pour tous les ordres qui leur seraient remis.

Ces voyageurs, il est vrai, entraînent à des frais devant lesquels presque tous les industriels reculent. Pourquoi ne suivraient-ils pas l'exemple des industriels allemands qui, considérant que les frais d'un voyageur seraient trop considérables pour une seule maison, se réunissent plusieurs, fabriquant des objets différents pour envoyer à frais communs un représentant visiter telle ou telle contrée? Il y aurait grand avantage pour nos com-

Lavage d'alluvions aurifères au sliiice.

Lavage d'alluvions aurifères à la balee.

merçants à employer ce procédé ; sacrifier certaine catégorie de commissionnaires serait œuvre pie, car nous avons pu nous rendre compte, à diverses reprises, qu'il en est parmi eux qui n'apportent souvent qu'un zèle relatif à transmettre les commandes qui leur sont faites. Il est arrivé fréquemment que ces commandes ont été transmises avec un retard de quelques mois, ou inexactes, ou incomplètes; ces procédés regrettables ont contribué à discréditer nombre de commerçants français, les faisant accuser à tort de négligence, quand cette négligence était le fait d'un intermédiaire ou commissionnaire mal choisi.

Encore une fois, ce qu'il nous faut, c'est le représentant énergique et actif connaissant plusieurs langues : c'est avec son armée de commis-voyageurs que l'Allemagne a réussi à devancer les Anglais, même où ces derniers paraissaient le plus solidement installés. Il est absolument lamentable de constater que malgré ces exemples et malgré les cris d'alarme de nos consuls et des voyageurs les plus compétents en cette matière, le commerce français s'entête dans son système de vente par intermédiaire et ne veut pas de commis-voyageur qui peut assurer une vente directe et rémunératrice.

Deux méthodes sont à suivre par les voyageurs qui visitent l'Amérique du Sud. La première consiste à ne s'occuper que d'un seul genre d'articles. Avec la seconde on s'occupe de vendre un plus grand nombre de produits en visitant moins de pays. Il est difficile de se prononcer sur la préférence à accorder à l'un ou l'autre système. Tous les deux peuvent donner d'excellents résultats. D'une part, ceux qui limitent leur champ d'action à un petit nombre de pays, y reviennent plus souvent. Y séjournant plus longtemps, ils finissent par les bien connaître.

D'une part, bon nombre de commissionnaires de New-

York, de Hambourg, de Londres et aussi de Paris ont pour principe de ne travailler qu'avec un seul pays et leurs affaires n'en sont pas moins prospères. Mais il n'en peut être tout à fait de même pour les industriels qui doivent surtout rechercher des débouchés plus nombreux.

VI. — Déjà, grâce à l'esprit d'association et de soZidarité qui tend à se répandre de plus en plus en France depuis quelques années, des progrès sensibles ont été réalisés, mais ils sont loin d'être suffisants. Pour améliorer encore cet état de choses, un de nos représentants les plus actifs dans l'Amérique latine, M. Frandin, conseillerait de constituer, dans les pays avec lesquels nous entretenons des relations suivies, des agences commerciales, différant un peu de celles qu'il a été question d'établir auprès de chaque consul.

Ces agences pourraient être placées sous la direction d'un comité représentant l'association de la majeure partie des négociants, fabricants, industriels et financiers français si possible.

Le comité nommerait dans chacun de ces pays des agents choisis et expérimentés, chargés des intérêts de l'Association.

Chaque agence pourrait comporter une exposition permanente des produits intéressant les membres de l'Association (1).

(1) vil. — A Lima, dans le palais de l'Exposition, il existe une salle appelée salon des machines, établie par décret en 1897; c'est une exposition permanente de toutes catégories de machines, instruments, outillage, etc., qui pourraient être utilisées dans l'industrie nationale.

Plus tard, l'admission d'objets manufacturés fut autorisée.

Dans des cas déterminés et lorsqu'il se trouve des espaces disponibles, on admet nussi des appareils d'invention moderne ou ustensiles d'usage courant qui se recommandent par leur nouveauté.

Les articles importés pour être exhibés sont introduits, libres de droits, à condition toutefois de déposer à la douane une garantie sufflsante pour

Le personnel de chaque agence pourrait être composé d'un agent financier, d'un agent industriel et d'un agent commercial.

Ces agents pourraient être chargés de faire toutes les opérations financières, industrielles et commerciales des maisons faisant partie de l'association et en même temps de leur fournir les renseignements dont elles pourraient avoir besoin.

Ce qu'il faut à notre commerce à l'étranger, c'est, avant tout, une représentation ayant des attaches solides avec la métropole. C'est ce qui distingue le commerce allemand et c'est ce qui le rend si redoutable dans la lutte qu'il soutient contre le commerce du monde. Nos agences combleraient justement cette lacune et seraient susceptibles de donner à notre commerce la force et la stabilité qui lui manquent.

YIII. — Pour l'instant, devant la perte de débouchés

répondre de la valeur des droits que ces articles représentent, au cas où ceux-ci ne seraient pas rembarques dans un délai de six mois, car l'exposition d'un même article ne peut durer plus longtemps, sauf permission spéciale du gouvernement.

Dans cette exposition est im compartiment spécial destiné à recevoir les dessins, gravures, catalogues et explications de machines ou objets qui n'ont pas pu être expédiés.

La surveillance de l'exposition permanente est exercée par la Société nationale d'industrie, et l'administration de cette société est obligée de donner aux personnes qui les demandent tous les renseignements nécessaires sur les objets exposés.

Le local de l'exposition n'est pas un lieu de transaction commerciale, ilyest seulement permis l'exposition des articles et de les faire connaître au public par tous les moyens appropriés.

L'exposition est ouverte tous les jours de neuf heures à onze heures du matin et de une heure à cinq heures du soir, et les jours fériés de trois heures à cinq heures du soir.

Des maisons américaines et allemandes arrivent à un gros chiffre d'affaires par l'exposition préalable, dans des magasins à eux, de machines, appareils ou objets manufacturés d'inventions plus ou moins récentes, afin de les faire connailre du public qui est suscept ible d'en faire l'acquisitioa.

qu'ils considéraient comme intangibles, mais qu'ils n'avaient rien fait pourcoïiserver, en n'envoyant personne pour prendre contact et engager aux achats, bon nombre d'industriels jettent les hauts cris et accusent fréquemment nos consuls de se confiner dans les affaires politiques ou diplomatiques, et de placer au dernier plan les préoccupations d'ordre économique!. Ces reproches sont en grande majorité sans fondement, car nombreux sont les rapports consulaires les plus documentés, qui sont mis à la disposition de nos négociants, mais que personne ne lit, sans doute, parce qu'il y aurait beaucoup à apprendre.

Si nos commerçants voulaient se donner la peine de lire de temps à autre le Moniteur universel du Commerce et les « Rapports commerciaux des agents consulaires et diplomatiques », ils y trouveraient grand profit et se rendraient compte que ces rapports consulaires dénotent, de la part de leurs auteurs, une parfaite connaissance des questions commerciales et une grande largeur de vues. En réalité, cette réputation faite à nos consuls est le plus souvent imméritée, car ils sont de bons conseils et avertissent à temps des difficultés que rencontre l'écoulement de certains produits. La faute incombe uniquement aux principaux intéressés qui ne veulent pas les écouter.

Ces rapports très étudiés passent chez nous inaperçus. Il n'en est pas de même chez nos rivaux qui s'en inspirent souvent.

IX. — Les industriels français semblent ne vouloir rechercher que les bénéfices qui leur sont garantis par nos tarifs protectionnistes et négligent de se renseigner sur les goûts et les ressources du consommateur, connaissances qui sont la base nécessaire pour introduire n'importe quel article en pays étranger. Malgré des avertissements réitérés les producteurs ne veulent pour la plupart

tenir aucun compte des goûts du client, que le plus souvent ils ignorent.

Il est indiscutable que notre industrie ne peut que péricliter davantage si elle ne veut pas tenir compte du goût du consommateur. Or^ le goût des clients ordinaires, qui sont la grande majorité, est qu'il ne faut pas d'articles trop chers, fussent-ils des meilleurs et d'un grand usage.

Il est certain que beaucoup de populations, incapables de distinguer entre les produits qu'on leur offre, s'obstinent à des habitudes traditionnelles auxquelles il faut savoir se plier; jamais l'indigène ne consentira à payer plus cher pour être mieux servi. Comme fiche de consolation, nous avons coutume de dire que les Allemands ne fabriquent que des objets de catégorie inférieure — qu'importe s'ils les vendent en retirant de gros bénéfices ? — Il est préférable de fabriquer des produits secondaires qui trouveront toujours acquéreur, que des produits de premier ordre qui seront servilement copiés pour servir de modèle à de grossières contrefaçons qui trouveront de nombreux preneurs.

Les temps sont passés où une partie de nos clients sud-américains achetaient de confiance les yeux fermés; une grande évolution s'est produite. La population est devenue plus dense, plus instruite, et les besoins de la population moyenne ont augmenté; mais il faut tenir compte de la modicité des ressources. La clientèle de ces pays est plus que jamais pour l'article bon marché, pour l'article de qualité moyenne qu'on peut renouveler deux fois la même année. Les gens riches et de goût étant partout la minorité, cette clientèle peut toujours être satisfaite. Nous négligeons pour ceux-là la masse des consommateurs du Pérou et du Chili dont les besoins augmentent journellement et avec laquelle on peut faire un grand chiffre d'alfaires, mais il ne faut pas chercher à leui

donner autre chose que ce qu'ils veulent, c'est-à-dire l'article à bon marché.

Il ne s'agit pas, bien entendu, de sacrifier la réputation des marques françaises, et nous pouvons lutter contre la concurrence étrangère en continuant à faire prévaloir ces qualités essentielles de bon goût et de probité industrielle, qui nous fait bien venir partout, et fait souvent préférer tout ce qui est français, quand il n'y a qu'une légère majoration. Mais il s'agit avant tout de faire des affaires en donnant satisfaction aux goûts et aux besoins que les clients manifestent. On commence à s'en rendre compte dans certaines industries, mais les essais se font encore d'une façon bien timide. Le résultat est que, dans les républiques de l'Amérique Latine, les Allemands, qui sont uniquement préoccupés de satisfaire leur clientèle, ont réussi à amener à eux les six dixièmes des acheteurs.

Où notre infériorité est le plus sensible, c'est dans les articles de qualité courante, jouets bon marché, quincaillerie, ainsi que dans les articles de chapellerie, cordonnerie, ganterie, maroquinerie, qui demandent une certaine main-d'œuvre. Celle-ci étant 20 pour 100 moins chère en Allemagne qu'en France, ces articles y sont forcément d'un prix inférieur.

Notre infériorité disparaît seulement pour les articles de luxe, où il est besoin d'une plus grande habileté; mais ces articles sont malheureusement d'une exportation plus restreinte.

X. — Le principal écueil que rencontre notre commerce d'exportation, réside surtout dans la timidité, dans l'obstination plutôt de nos producteurs, qui refusent d'accorder de longs crédits, et qui ne savent pas employer la publicité comme il conviendrait, non pas la publicité bruyante qui rapporte peu, mais la publicité longuement suivie qui com-

LE PÉROU ÉCONOMIQUE 3ôl

mence les réputations ; c'est la publicité raisonnée, à échéance longue, qui pénètre peu à peu dans l'esprit du public.

Le fabricant français se plaît à dire qu'il n'est pas banquier et qu'il ne peut accorder de longs crédits à ses acheteurs. Le plus souvent même il ne leur en accorde aucun, il exige le paiement au comptant, contre documents d'expédition; cette condition, appelée au Pérou et au Chili « contado rabioso », comptant enragé, détourne la plus grande partie de la clientèle hispano-américaine. Les industriels s'en rendent compte et la plupart se contentent de la clientèle des commissionnaires des grands centres commerciaux.

Les négociants allemands se sont inspirés d'un esprit plus large, et accordent fréquemment des crédits de 6 mois, 9 mois et quelquefois d'une année.

Pour ne pas souffrir des longs crédits qu'ils accordent, les Allemands se sont ingéniés à créer des agences, des comptoirs, des banques, qui facilitent les transactions et diminuent considérablement les risques.

Il faut aussi savoir tenir compte des usages commerciaux. Les conditions habituelles de la place de Lima sont les suivantes ; l'expéditeur étranger fait, par l'intermédiaire d'un banquier quelconque à qui il remet tous les documents d'expédition, connaissement et facture consulaire, traite à 30, 60 ou 90 jours de vue sur l'acheteur péruvien; celui-ci reçoit les documents nécessaires au retrait de la marchandise de la douane du Callao, immédiatement après avoir apposé son acceptation sur la traite. Il est toujours prudent de charger une banque d'effectuer les recouvrements (1).

(1) L'exportateur péruvien fait généralement traite sur le consignataire, à 90 jours et pour 75 pour lOU de la valeur de la marchandise, contre

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Certains trouvent dangereux ce mode de recouvrement et conseillent de ne l'employer que pour des maisons d'une honnêteté universellement reconnue. C'est cependant le mode présentant le plus de sécurité.

Nous devons aussi nous bien pénétrer d'une chose, c'est que nos vendeurs ne courent pas plus de risques à l'étranger qu'en France, s'ils connaissent le marché qu'ils exploitent, s'ils savent être prudents et s'ils savent tirer parti des moyens légaux que tous les pays civilisés mettent au service des négociants pour garantir leurs transactions commerciales.

Si l'on peut tirer des Péruviens des prix exceptionnels, pourvu qu'on leur laisse du temps, il est bon naturellement d'étudier chaque cas, car s'il y a au Pérou un grand nombre de maisons qui méritent du crédit, il peut s'en trouver quelques-unes qui en soient indignes. Il ne faut donc pas confondre les unes avec les autres (1).

paiement de la dite traite; le consignataire est mis en possession des documents qui l'accompagnent.

Les achats en gros se font généralement en donnant en paiement mie traite à 30, 60 ou 90 jours de vue.

(1) XI. — Comme un guide commercial de Limafaitcomplètementdéfaut: voici, à titre d'indication, les noms et adresses d'un certain nombre d'importateurs et d'exportateurs de marchandises diverses, honorablement connus sur la place, sur lesquels, s'il est nécessaire, on pourra prendre facilement les renseignements commerciaux d'usage :

Importateurs.

Minerais et métaux. — A Lima : Banque du Pérou et de Londres; Backus and Johnston; J. Gildemeister ; Cazorla Hermanos ; G. Weiss and G»; Cerro de Pasco Mining G" ; Graham Uowc and G° ; Piaggio ; Duncan, Fox and G". A Arequipa : E. Braillard and G"; Stafford and G»; M. Forga é Ilijos; E. W. Gibson; Iribcrry and G- (or).

Cocaïne. — A. Lima : Pehovas Ilermanos y G'«, A. Arequipa: E. Braillard and G'; M. Forga é Hijos; E. W. Gibson.

Coca. — A Lima : Tealdo and G" ; Duncan, Fox and G" ; W. R. Grâce and G"; A. Durand. A Arequipa : E. Braillard and G"; Forga é Hijos; E. W. Gibson; Emmel Hermanos.

XII, — La création d'une banque française à Lima simplijfîerait beaucoup les choses en fournissant les ren-

Coton. — A Lima : Duncan, Fox and C°; Ayulo and C°; Graham, Rowe and G»; W. Grâce and 0°; H. Beausire and C°.

Sucre. — A Lima : Canevaro é Hijos; Aspillaga Hermanos; E. Ayulo and C"; Beausire and C<>;E. W. Start; Duncan, Fox andC»; W. R. Grâce and G°; Peruvian Sugar G"; British Sugar G»; Bright Stockes and G°; Graham Rowe and G».

Café. — A Lima : Harten and G"; N. B. Tealdo and G"; J. A. Cuneo, Duncan, Fox and G»; A Ai équipa : E. Braillard aad G=; Emmel Hermanos.

Cuirs et Peaux. — A Lima : Gottuzzo Hermanos. A Arequipa : E. Braillard et G'«; Stattford et G''; Forga é Hijos; E. W. Gibson; Emmel Hermanos; Iriberry et G'^.

Importateurs.

Tissus pour hoinmes. — A Lima : Sanudo ; G. Loredo : Blum y Feraldo ; Accame Hermanos; A. Buffet; A. Gampos; A. Ekstein; Guida y G'»; Estremadoyo Hermanos, Th. Barth; Kwauer et G'°; Mazzini et C'« ; A. Arequipa: Stattford et C"; Braillard Hermanos et G'e; E. W. Gibson; Forga é Hijos; Emmel Hermanos, Iriberry et G"', etc.

Verres à vitres. — A Lima : P. Roggero; Genetelli et G'«; J. Ferrand; J. Scolari; Marano; Parodi Hermanos; Georges Magot et G'^

Tapis et papiers de tentures, etc. — Trefogli y Talleri y G'% calie Ucalayi; Hok y Gappler; Montori, calle de Gallao.

Tissus et articles pour dames. — Mazzini et C>«, calle Union; Pelerano y Pilotto, calle Union; A. Buffet, calle Union; A Gaillour, calle Union; Estremadoyro, calle Union.

Tuyaux en fer, plomb, etc. — Jaime Garreta, calle Plateros de San Agustin; P. Herouard; Simpson; Menchacaet G'°, calle del Gorreo; Humphrey; E. Crocker, calle Mineria.

Souliers et chaussures diverses. — Lima : J. Bonino, calle de la Union; Falcone, calle de la Union; Ganepa, calle Huallaga; N. Malsoborg, calle Union; l. Meiss, calle Union; Golin, calle Union.

Articles de parfumerie. — Harth et G"', Plateros de San Pedro ; Guillon etG'o, calle de Mercaderes; J. Gimena et G'«, Portai de Botoneros; Faget et G'% calle de Judios; Harth et Fort, calle de Judios.

Mercerie, passementerie et marchandises diverses. — Lima : Harth et C'% Plateros de San Pedro ; Ottenheim Hermanos, calle Ucayali; J. H.Smith, calle Ucayali ; Harten y G'', calle Garabaya; Gimeno y G'», Portai de Botoneros; Truel y G'», calle de la Goca; Duncan, Fox et G" (vêtements de dessous en coton).

Matériel de chemin de fer. — Lima : Graham, Rowe y G'», Koppel; Ayulo y G'».

Meubles. — Lima : Malherbe et G'"; HocLoppler et C'% calle Plumeros; Magot et G'», calle Général La Fuente.

seignements commerciaux à nos exportateurs et réaliserait d'importants bénéfices. A Lima, malgré un peu plus de confiance dans les alfaires, les emprunts sont encore dif-

Lingerie, rideaux, en fil et en coton. — Lima : Accame Hermanos, Portai de la Union; Ramon Segui; Socicdad Italiana de Exportacion, (Enrico dell' Acqua); A. F. Ferraro y G'«; Duncan, Fox et G", toiles, coton, mouchoirs, etc.

Articles de ferronnerie et outils. — P. Herou ird, calle Ucayali; G. Menfhaca y G'", calle del Correo ; A. Boursot, calle Union; E. Humphreys and G", calle Carabaya; G. M. Morales and G", calle Garabaya; Hart and Fort; Ilart and G°, Nosiglia Ilermanos.

Fila coudre. — Duncan, Fox and G" (marques Goats, Brooks, Clarkes); tous les autres grands importateurs de Lima.

Fers et aciers en barres, tôles ondulées, poutrelles, etc. — P. Herouard ; Menciiaca and G»; Humphreys and G"; H. Beausire and G» ; G. Morales; F. L. Grosby.

Glaces. — P. Roggero, calle de Lampa; G. Magot y G'*.

Huiles de graissage. — F. G. Piaggio, calle dcl Arsenal ; Beausire and G'; Accame Hermanos; Menchacca and G"; Shute and G"; Duncan, Fox, and G".

Instruments d'optique. — Schwalb Hermanos, calle de Espaderos ; N. Espirac, calle Huancavelica

Instruments de musique. — G. Brandes, calle Union; Gustin and G*, calle Union; E. Sobrer, calle Union.

Liqueurs. — Molinié andG»; Bayly and G", calle Union; G. Berckemeyer, calle Villaba; Broggi andG", calle Union; Klein, calle Union; P. Nove; Lockett, calle Union; Nosiglia.Hermanos; Rampini; Falcone Hermanos; Gotuzzo; Shute and G"; Lorenzo Delaude; S. Maggiolo y Ilijos.

Librairies et papeteries. — E. Rosay, calle liuallaga; Golville et G'«, calle Ucayali; L Newton, calle Union; l. Escoubès, calle Ucayali; M. D. Arruz, calle Garabaya; R. Moreno; Théodore Harth; Hart et Fort.

Bijouterie, etc. — Lima : Welsch et G'«, calle Union 261 ; Jacoby y G'», calle Union; Rosemberg et Wallach; Boggiano y Pigatti, calle Union; liinggold, calle Huallaga.

Appareils photographiques. — Lima: Moral, calle de la Union; Schwalb Hei'manos, calle de Espaderos; N. Espirac, calle de Huancavelica.

Articles en fonte, cuisinières, etc. — Lima : Herouard, calle Ucayali; Menchaca et G'', calle del Gorreo; Humphreys et G'% calle de la Coca; Beausire et G'", calle Melchormalo;Hi,rth et Fort, calle Indios; Ottenheini Hermanos, calle Plaleros de SanPedro; .L H. Schmidt, calle Plateros de San Pedro.

Ceintures en peau fine pour Dames, guêtres, etc. — Guillon and G» (parfumeurs;, calle Mercaderes; La Ville de Paris.

Cristaux et l' or ce laines. ^ M. Grundel, calle Garabaya, 121; Marzano, calle Yunin, 75.

fîciles, ce qui fait que le capital reçoit un intérêt très élevé, même avec les meilleures garanties. Nous ne croyons pas qu'il existe beaucoup de pays où le capital reçoive comme au Pérou un intérêt de 8,12 et, parfois encore, 14 pour 100 avec des garanties de premier ordre.

Si les banques en France ont atteint un grand développement, il faut regretter que dans l'Amérique du Sud les

Céramiqm {tubes, etc.). — Jaime Garreta, Plateros de San Augustin; Minchaca and G% calle del Correo.

Couleurs d'aniline. — Tejidos de Monserrat (Société anonj-me\ à Lima; Tintoreria « La Concepcion » (Madame Condy) à Lima; E, Braillard and G", à Ar équipa.

Confiserie et articles pour traiteurs. — A. Field, calle Union ^ Capital 40.00Û livres;; Klein (successeur de A. Baudrot), calle Union; Broggi Hermanos, calle Union; Nore, Plateros de San Pedro.

Couleurs, vernis, etc. — Trefogli et Talleri et G°, Esquina de la Coca; P. Herouard, calle Ucayali; Jaime Garreta, Plateros de San Augustin; Juan Monteverde, calle de Silipinas.

Couleurs d'outremer. — Duncan, Fox and G» (principal importateur de cet article»; H. Beausire and C°; G. Berckmeyer, calle Villalta ; Lopez Guerra, calle de las Mantas.

Denrées coloniales. — Lorenzo Delaude, calle San José, 119; Nosiglia Hermanos; Tealdo and C°, Maggiolo e Ilijo; Sbarbaro.

Drogueries et produits chimiques. — E. Grec, calle Huallaga; Gallese, calle Arzobispo; J. B. Serra y G>» (Antigua Drogueria Italiana); Meyer and G", calle de la Union; F. Remy.

Conserves alimentaires. — J. Molinié; Delaude L., calle san José; Gottuzo, calle Valladolid; N.B. Tealdo and G», calle Huallaga, 163; S. Maggiolo é Hijos, calle de la Vireyna; Brogyi Hermanos; Klein, calle de la Union; Nosiglia Hermanos; Rampini, calle de la Union; Thomas Bresciani, calle Huallaga; Falcone Hermanos, calle de las Monjas.

Coffres- forts. — T. Marsano y G'«, calle San José (petits coffres-forts) ; Graham, Rowe y C'^ ^'spécialité de grands coffres-forts) ; Beausire and G».

Ciments. — Duncan, Fox and G° (ciment); W .B. Grâce and C° ciment Altas) ; G'» Nacional « La Geramica » ; P. Rosello, calle de la Merced; La Colmena (Société de construction), Directeur : Pierola; Muelle Daisina (gérant : comte de Saint-Senne); Jules Normand (importateur de ciment allemand); Milne andC» (Whites « Best-Best» ciment anglais); Mencliaca and G° (ciments belges et allemands).

Couvertures de laine, de coton. — Duncan, Fox and G"; Hax'th and G" (fabrique de couvertures laine et coton); Hart et Fort; Luis Gotuzzo; G. Pellarano; German Loredo.

banques françaises, qui seraient d'un si utile concours, fassent absolument défaut ; les opérations d'escomptes et d'avances sont effectuées par des banques étrangères, entre autres la Banque Allemande Transatlantique qui a établi dessuccursalesdans presque tous les Etats sud-américains.

XIII. — Dans l'Argentine et au Chili cette banque fait des affaires d'or. Au Pérou une succursale de création récente a pris rapidement une place prépondérante. C'est avec la Banque allemande transatlantique de Lima qu'ont été conclus les récents emprunts péruviens. Cette banque agissait d'ailleurs comme mandataire de la Deutsche Uherseische Bank de Berlin, qui est la maison mère.

En général, on est peu souvent prévenu en France des affaires industrielles, ou de travaux publics qui se présentent ; aussi les grandes banques anglaises et allemandes ont-elles des représentants connaissant bien le pays, dans les capitales sud-américaines, afin de les tenir au courant, pouvant ainsi faire des propositions en temps utile; les banques sont, en outre, toujours exactement renseignées sur les conditions du marché et capables de profiter des bonnes occasions.

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