‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 106 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME. tî · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. tî

en quelques petits restes durcis qu'elle recueillait à la cuisine; Teau qu'elle buvait était tiède et nauséabonde K

Mais elle devait aller plus loin. Ses biographes rap* portent qu'après avoir été admise au banquet eucharistique, elle éprouvait une faim insatiable de l'aliment divin et qu'elle se passait souvent de toute autre nourriture. Us ajoutent' qu'un jour Notre-Seigneur lui apparut après la communion et lui enjoignit de jeûner en son honneur, en lui donnant l'assurance que sa chair sacrée entretiendrait la vie en elle. Alors Rose fit vœu de ne plus jamais manger de viande, à moins d'y être contrainte au nom de la sainte obéissance, et dès lors aussi elle éprouva pour ce genre de nourriture une répugnance extrême; lorsque sa mère lui ordonnait d'en avaler son cœur se gonflait et elle était prise de vomissements.

Peu de temps après avoir fait son vœu, elle tomba dangereusement malade. Quand elle entra en convalescence, le médecin lui prescrivit l'usage de la viande pour reprendre des forces; dès qu'elle en eut mangé une bouchée, elle fut saisie d'un tremblement nerveux, suivi d'un profond évanouissement. Un second essai eut des conséquences plus graves encore et occasionna une rechute qui mit Rose à l'agonie. Le médecin, étonné, lui permit enfin de se contenter de pain et d'eau , et bientôt elle recouvra la santé.

* Gonzalez, ch. v, p. 13. — Bolland., /. c, ch. v, p. 913. — Ott, ch. V, p. 41.

* Ibid.

Cependant la dame de Flores ne comprenait pas sa fille, et ne voyait dans sa manière de vivre qu'un pué^ ril entêtement et un désir de se singulariser; elle lui reprocha ce qu'elle appelait la bizarrerie de sa conduite. Elle accusa Thumble enfant d'être une petite orgueilleuse et luiordonna rudement de s'asseoir désormais à la table commune et de se nourrir comme tout le monde. Rose se soumit à la volonté maternelle; les crises qui avaient suivi l'ordonnance du médecin se renouvelèrent. Notre sainte demanda doucement à sa mère de lui permettre au moins de se préparer des alifments qu'elle pût digérer. Y ayant été autorisée, après bien des hésitations, elle eut recours à sa confidente Marianne, la servante péruvienne , et se fit cuire tous les jours une soupe composée de pain , d'eau sans sel et d'herbes amëres. Encore Rose avait^elle soin d'y mêler des cendres et du fiel de mouton. Ayant découvert dans la campagne qui entoure Lima une plante d'un goût plus détestable que toutes celles dont elle pouvait disposer, elle en transplanta les racines dans son petit jardin et les cultiva avec soin afin d'en faire usage pour ses repas.

Les vendredis , elle se pétrissait une sorte de petit gâteau composé de pain et de fiel, auquel elle donnait le nom de gaspacos; elle en mangeait quelques bou* chées après le coucher du soleil, et ne prenait rien d'autre de la journée.

La dame de Flores aperçut une fois une terrine pleine de fiel de mouton cachée sous un buisson du jardin dépendant de sa demeure. Devinant que sa fille

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