‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 107 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈMB. $t · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈMB. $t

Ty avait placée, elle lui demanda sévèrement à quel usage elle en destinait le contenu. Jamais Rose n'altérait la vérité, elle répondit ingénument qu'elle le mêlait à sa soupe. Marianne à son tour avoua, le fait et ajouta que, tous les soirs, avant de se coucher et tous les matins en revenant de Téglise, Rose se frot* tait les lèvres et la langue de ce même fiel, en mémoire de celui qui avait été présenté à Notre-Seigneur durant sa passion. La mère de Rose vida la terrine, mais elle oublia de lui défendre de la renouveler. Dieu, qui se complaisait dans les mortifications de la jeune sainte^ permit sans doute cet oubli, et Rose, aidée de Marianne, remplaça au bout de peu de jours Tingrédient amer qui avait été répandu \

L'on trouve au Pérou la grenadille, plus connue sous le nom de fleur de la passioUy parce que l'on y voit représentés les divers instruments qui ont servi à martyriser le Sauveur. Rose affectionnait singulièrement cette fleur. Souvent, absorbée dans la méditation, elle versait d'abondantes larmes à la vue de la pétale, dont les contours bizarres lui rappelaient ceux de la colonne de la flagellation ; de la petite coU" ronne d'épines qui en forme la base; des trois clous légers qui en décorent le sommet, et des taches couleur de sang qui se présentent sur les feuilles. La plante de la grenadille est excessivement Âpre et désagréable au goût. Notre sainte, lui ayant découvert ces qualités, remploya de préférence à toute autre pour en com-

* Rolland., /. c, ch. v, p. 914. — Gonzalez, ch. v, p. 13, 14. — Ott, cb. V, p. 42 et suiY.

poser ses repas; elle eut soin aussi d'en avoir toujours à portée, pour en mâcher de temps en temps les , feuilles ou les tiges.

Nous avons dit que Rose, après avoir lu, dans sa pre* mière enfance, la vie de sainte Catherine de Sienne, l'avait prise pour modèle et s'était proposé de l'imiter avec toute la fidélité possible. Or, peu de saints ont poussé la mortification aussi loin que Catherine, et Rose ne lui fut pas inférieure sous ce rapport.

Nous venons de parler de la nourriture qui compo* sait son ordinaire. Très^fréquemment elle ne se permettait pas même ces tristes repas, et ne prenait absolument rien pendant vingt-quatre heures; on l'a vue soutenue uniquement par la très -sainte Eucharistie durant huit jours consécutifs. En outre, elle obsecvait annuellement sept ou huit mois de jeûne, à partir de l'Exaltation de la croix (14 septembre) jusqu'à Pâques. Durant ce temps, elle réduisait de moitié sa portion de pain et sa soupe d'herbes amères; en carême, elle supprimait le pain, et les vendredis de ce saint temps, elle se contentait d'une gorgée de fiel de mouton et de cinq pépins d'orange ou de grenade, en mémoire des cinq plaies de Notre- Seigneur.

Marie Utesaqui, épouse de Gonzalve de la Massa, receveur des domaines de la couronne au Pérou, amie de Marie de Flores , et que nous aurons occasion de nommer souvent dans le cours de cette histoire, avait conçu une profonde affection pour Rose dès l'enfance de notre sainte. Elle prit la charitable cou-

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