CHAPITRE TROISIÈME
lume de lui envoyer toutes les semaines huit petites galettes composées de farine et d'eau, avec prière d'en manger au moins une par jour. Mais une galette et demie suffisait à Rose pour sa semaine; jamais elle n'en consomma davantage. Dans les années qui suivirent sa première communion , on remarqua que quatre de ces petits pains et un vase, d'eau de médiocre capacité furent tout ce qu'elle prit de Pâques à la Pentecôte; en une autre occasion , elle s'abstint déboire pendant ce même temps. Elle restait d'ailleurs souvent plusieurs semaines consécutives, au plus fort de l'été, sans prendre aucune boisson, et lorsqu'enfin elle buvait, elle n'usait que d'eau tiède. Sa mère lui en ayant demandé la raison , elle lui répondit que c'était pour combattre le sommeil, provoqué habituellement par l'usage de l'eau fraîche.
II est digne de remarque que cette privation presque complète d'aliments ne semblait exercer aucune influence sur la santé de Rose; plus elle jeûnait, plus les grâces et la beauté de la jeunesse s'épanouissaient sur son admirable visage. Semblable à sainte Catherine de Sienne , elle se réfugiait dans le côté ouvert de Notre-Seigneur; elle y puisait de la force, elle y oubliait les nécessités auxquelles nous sommes assujettis ici-bas.
Rose, non contente de refuser la nourriture à son corps, le privait aussi de repos et de sommeil pour Je réduire en servitude. A l'âge de quatre ans déjà , elle quittait son petit lit dès qu'on ne l'observait pas, s'étendait sur le plancher et se servait d'une
ma SAINTE ROSE DE LIMA.
brique an lieu d'oreiller. Sa mère, s'en étant aperçue, ta fit coucher avec elle daus son propre lit; mais Tenfant^ dès qu'elle voyait Marie de Flores endormie, quittait la couche maternelle et reprenait sa place habituelle sur le plancher. La dame de Flores, étonnée de la persistance de sa fille, la réprimanda d'abord et finit cependant par lui permettre de s'arranger comme elle le voudrait, pourvu qu'elle étendit une couverture sur les planches et qu'elle eût un oreiller. Rose, ravie de la faveur qui lui était accordée, en témoigna une vive reconnaissance et s'^npressa d'arranger son lit dans la petite chambretle qu'elle habitait. Elle le fit de quelques planches d'inégale grosseur, y étendit une couvei'ture et remplit son oreiller de copeaux. Un ordre de sa mère obligea notre sainte à les remplacer par de la laine; elle eut soin d'y mêler les débris d'un panier d'osier, et l'oreiller n'en devint que plus rude. Une nouvelle injonction força Rose à mettre dans son coussin de la laine sans mélange; l'enSant le remplit de telle sorte qu'il devint aussi dur qu'un bloc de bois. « Vous m'avez obéi. Rose, lui dit » alors sa mère; néanmoins l'oreiller n'est pas tel que » je le voulais. Arrangez donc votre lit à votre fan- )> taisie, je ne m'en mêlerai plus, dussiez- vous en » mourir ^ . »
Rose , comblée de joie et sûre de ne plus être gênée à l'avenir, convertit ce lit en un véritable instrument de martyre destiné à chasser le sommeil, loin de le pro-
• Bolland., /. c, ch. v, p. 914. — Gonzalez, ch. v, p. 13, 14. — Ott, ch. V, p. 42 et suiv.