‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 109 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

voquer' . Ëile plaça sur les planches qui le composaient trois blocs de bois garnis de noeuds et les y assujettit au moyen de coins; elle ajouta au bloc sept bûches, qu'elle eut soin de choisir anguleuses, et elle remplit les espaces demeurés libres de petites pierres aiguës, de débris de verre et de porcelaine dont les pointes étaient tournées de façon que le corps y portât lors* qu'elle s'y étendait. Une pièce de bois non taillée lui servait de coussin. Le drap qui couvrait cet effroyable lit était parsemé de crins; mais pendant le jbur Rose le celait à tous les yeux au moyen d'une couverture parfaitement unie; la fidèle Marianne était sa seule confidente. Bien que notre sainte fût pleine de courage^ la nature se révoltait au moment ou elle se disposait à prendre place sur sa couche; souvent alors elle éprouvait un moment de cruelle angoisse et de répugnance instinctive*

Un jour, plus craintive que de coutume , elle hésita longtemps et s'arrêta irrésolue. Notre-Seigneur lui apparut alors sous sa forme la plus aimable et lui dit avec douceur : « Souviens-toi, ^ ma fille, du lit M bien autrement terrible sur lequel j'ai consenti à » m'étendre au Calvaire pour racheter ion âme I As-tu » oublié ce que j'ai souffert? Je ne me suis pas con- » tenté de coucher sur la pierre et sur le bois; mes » mains et mes pieds ont été percés, et j'ai enduré d'in- ))dicibles douleurs jusqu'au moment où j'ai rendu

^Bolland., I. c, ch. viii, p. 921 et sulv. — Gonzalez, op. c, eh. VI, p. 21 et suiv. — Ott, ch. vin, p. 6S et suiv.

» l'esprit. Pense à cela, ma 61Ie, lorsque tu seras » disposée à faiblir. »

Ces paroles de Jésus remplirent Rose de consolation et firent disparaître à jamais son hésitation. Pendant seize années, elle n'eut pas d'autre lit que celui dont nous venons de faire la description. Nous dirons plus tard que ses directeurs spirituels, la voyant faible , malade et exténuée, le firent détruire trois ans avant la mort de la sainte.

Rose finissait par s'endormir sur sa couche; mais lorsqu'elle s'en relevait, elle était brisée. Elle avait lu dans la biographie de Catherine de Sienne que cette sainte s'était plainte à son confesseur, le bienheureux Raymond de Capoue, des luttes terribles qu'il lui fallait livrer à la somnolence, et que cependant elle était parvenue à ne jamais dormir plus de deux heures par nuit. La doiice vierge péruvienne voulut imiter encore sous ce rapport celle qu'elle se plaisait à nommer sa chère maîtresse. Elle eut à soutenir un combat opiniâtre , cependant elle parvint à se réduire également à deux heures de sommeil. Elle consacra dès lors douze heures de sa journée à la méditation et a l'oraison mentale, dix au travail et deux au repos. Toutefois jamais, ni pendant le travail, ni pendant le sommeil, elle ne perdait la présence de Dieu : son existence était une prière continuelle.

Le malin esprit continua pendant longtemps à l'attaquer par le besoin de dormir; il fallut toute l'énergie de Rose, tout l'empire que son âme exerçait sur son corps pour sortir victorieuse d'assauts aussi fréquem-

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