‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 112 sur 244 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

et des épioes et la porta plusieurs années sous le voile qui lui serrait la tête '. Ce n'était encore qu'tin essai. Plus tard, elle se fit faire un cercle d'argent intérieurement garni de trois rangées de trente-trois clous chacune 9 en l'honneur des trente-trois années de la vie terrestre de Notre-Seigneur. Les quatre-vingt-dixneuf clous étaient très-solidement fixés et aussi acérés que des pointes d'aiguilles. Avant de porter ce nouvel instrument de torture , Rose eut soin de se couper encore une fois les cheveux aussi ras que possible, de crainte qu'ils n'interceptassent l'action des clous; elle ne conserva que ceux qui lui garnissaient le front. Puis elle prit la couronne , la plaça sur sa tète et la couvrit de son voile ^. La douleur qui en résulta fut affreuse; le moindre mouvement la rendait plus aiguë; cependant rien dans l'extérieur de Rose ne trahissait la grandeur de ses souffrances; elle était comme toujours paisible et souriante. Elle avait attaché des rubans aux extrémités du cercle d'argent, afin de pouvoir le serrer à volonté; tous les vendredis et samedis', elle faisait pénétrer les clous trèsravant dans les chairs en l'honneur de l'agonie de Notre-Sdgneur et de Notre-Dame des Sept Douleurs. Elle changeait chaque jour la position du cercle afin d'augmenter son martyre en multiplianl ses blessures. Désirant devenir de {dus en plus semblable à son fiancé céleste, elle pria son confesseur, — c'était alors le père Juan

* Bolland., /. c, ch. vn, p. 918 et suiv. — Gonzalez, ch. vi, p. 19. — Ott, eh. vn, p. 62 ci suiv.

de Vilialobos, recteur du collège des jésuites de Lima,

— de lui permettre de porter une véritable couronne d'épines. Celui-ci le lui défendit et lui ordonna de se contenter de son cercle d'argent. Le bon père savait qu'elle en portait un, mais il ignorait la manière dont il était fait >.

Pendant fort longtemps, Rose parvint à celer à tous les yeux sa terrible coifFure. Mais il advint un jour,

— sans doute par une permission spéciale de Dieu ,

— que le père de notre sainte voulut infliger un châtiment corporel au cadet de ses fils; c'était encore un enfant. Rose, pleine de tendresse pour le pauvre petit, s'avança afin de le protéger, et Gaspard de Flores lui donna involontairement un coup léger à la tête. Au même moment trois traînées de sang s'écoulèrent du front de la jeune fille et lui couvrirent le visage. Très-effrayée , elle s'enfuit dans sa chambre, s'empressa d'ôter son cercle d'argent , de se laver la tète et de la couvrir de son voile ; mais, malgré sa célérité, elle n'évita pas la découverte qu'elle redoutait. Sa mère l'avait suivie avec Marianne ; on l'obligea à ôter son voile, et on vit avec horreur cette tête dépouillée de ses cheveux, labourée de profondes blessures encore saignantes. Dans son effroi , la mère se retira en silence, mais bientôt après elle alla trouver le père de Yillalobos et lui rendit compte de ce qui venait de se passer. Le pieux religieux fit venir sa pénitente et lui enjoignit de lui montrer l'instrument dont elle

• Bolland., /. c, eh. vu, p. 918 et suiv. — Gonzalez, ch. vi, p. 19. — Ott, eh. vu, p. 52 et suiv.

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