‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 113 sur 244 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

se servait pour s'infliger une semblable torture. Rose lui présenta sa couronne. Le père, muet d'étonnément^ l'examina longtemps; des larmes roulaient dans ses yeux en contemplant tour à tour le terrible cercle et la frêle et souriante jeune fille qui se soumettait volontairement, en secret, à un aussi effroyable martyre. Retrouvant enfin la faculté de parler, il engagea Rose à se modérer et a ne plus être aussi impitoyable envers son corps à l'avenir. Toutefois, ses paroles n'impliquaient pas une défense formelle. Alors Rose, enhardie, le pria humblement de lui permettre de continuer à porter sa chère couronne, et elle plaida sa cause avec une éloquence si entraînante que le directeur y consentit, posant seulement la condition que les pointes des clous seraient émoussées; il voulut les limer lui-même et rendit ensuite le cercle à la prédestinée. Elle le replaça sur sa tète avec la plus vive joie, car elle estimait sa couronne à un prix bien plus élevé que les diadèmes des rois; c'était un mémorial de celle que Jésus avait portée, et elle chérissait la douleur physique parce que celui qu'elle aimait uniquement l'avait endurée pour l'amour d'elle ^ Les clous, à la vérité, ne lui causèrent plus d'aussi vives souffrances qu'autrefois, mais elle donnait satisfaction à l'esprit de mortification en appliquant souvent de violents coups de poing sur son cercle de façon à entretenir ses blessures.

Notre-Seigneur attacha à la couronne de Rose le

• Rolland., /. c, ch. vu, p. 918, 919. — Gonzalez, eh. vni, p. 19 et suiv. — Ott, ch, viii, p. 52 et suiv.

singulier privilège de forcera la retraite les puissances infernales \ Aussitôt que les mauvais esprits voulaient distraire notre sainte de i'oraison ou la tourmenter par des pensées vaines ou mauvaises , il lui sufGsait de toucher trois fois son cercle an nom de la Irès-sainte Trinité pour mettre en fuite les légions ennemies.

La couronne dont nous venons de parler donna à Bose un nouveau trait de ressemblance avec sainte Catherine de Sienne. Si cette dernière avait reçu son diadème des mains mêmes de Notre-Seigneur, notre sainte avait pris le sien sous le souffle divin qui inspira la Passion, et toutes deux le portèrent avec le plus ardent amour, en mémoire de Celui que les Juifs et les païens avaient couronné d'ignominie dans le prétoire de Pilate.

Rose avait d'autres moyens encore de torturer son corps. Elle s'était tressé uçe discipline en cordes très -rudes et armées de gros nœuds. Elle en faisait usage tous les jours, quelquefois à plusieurs reprises dans les vingt-quatre heures, et s'en frappait impitoyablement pour expier ses propres péchés * et ceux d'autrui, pour détourner les malheurs publics et ceux de l'Église, pour attirer la bénédiction du Ciel sur sa patrie, enfin pour obtenir la conversion des idolâtres,

' Bolland., /. c, ch. vii, p. 918, 919. — Gonzalez, ch. viii, p. 19 et suiv. — Ott, ch. vin, p. 52 et suiv.

^ Et cependant, au dire de tous ceux qui ont pu observer de plus près sa conduite et pénétrer plus avant dans le& secrets de son âme, elle n'a jamais eu à se reprocher une faute vénielle volontaire. — Bolland., /. c, ch. vi, p. 916. — Gotualez, ch. V, p. 16. — Ott, cb. VI, p. 46.

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