CHAPITRE CINQUIÈME
Amour de Rose pour la solitude. — Contradictions qu*elle essuie
de la part de sa mère.
Rose avait au plus haut degré l'amour du silence et de la solitude; elle éprouvait un dégoût naturel pour les paroles oiseuses, pour les discours mondains, en un mot pour tout ce qui tendait à la troubler dans l'oraison mentale et dans son amoureux colloque intérieur avec Noire-Seigneur. Nous avons dit que, dès ses plus jeunes années, elle avait évité de se mêler aux jeux des enfants de son âge; lorsqu'il en venait chez ses frères et sœurs, elle se retirait dans un endroit tranquille pour y vaquer à la prière.
Devenue plus grande, elle se construisit, à l'aide de son frère Ferdinand, qui l'affectionnait particulièrement, un petit oratoire en branchages; c'était à l'ombre d'un érable très-touffu, près du mur du jardin; elle avait adossé un petit autel à ce mur: une croix, quelques fleurs et toutes les images de saints qu'elle put se procurer en faisaient la décoration. Cette humble chapelle lui servit pendant plusieurs années de lieu de retraite; elle y passait de longues heures à s'entretenir avec le bien-aimé de son cœur, loin du tumulte de la maison.
Cependant, après que Rose eut passé de l'enfance à la jeunesse, son amour de la solitude devint pour elle l'occasion de très-fréquentes contrariétés. Sa mère, fière de sa beauté et espérant qu'elle lui ferait contracter un brillant mariage, voulut la produire dans le monde et l'obliger à soigner sa toilette.