CHAPITRE CINQUIÈME
Alors notre sainte se trouva souvent dans le plus cruel embarras pour accorder le double précepte : d'honorer père et mère et d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ^ Jésus l'attirait vers les sentiers étroits de la perfection chrétienne; Marie de Flores voulait qu'elle remplît ce qu'on est convenu de nommer les devoirs de la société, et qu'elle s'associât aux divertissements des jeunes personnes de son âge. C'était pour notre sainte une cruelle exigence; sa conscience se révoltait contre tout ce qui tendait à l'arracher à la contemplation et à la prière. Souvent, les larmes aux yeux, elle suppliait sa mère de la dispenser de l'accompagner lorsque celle-ci allait faire des visites ou se montrer dans des réunions profanes; mais la dame de Flores, loin de se rendre aux sollicitations de sa fille, lui reprochait durement son humeur sauvage et lui ordonnait de Fa suivre. Rose obéissait, mais sa mère n'en devenait que plus exigeante; bientôt les réceptions et les visites se succédèrent à peu près quotidiennement. Notre jeune sainte en fut épouvantée; c'était la faire sorlif de la voie à laquelle elle se sentait appelée par Notre-Seigneur ; dès lors elle usa de mille industries et s'imposa les plus rudes tourments pour se dispenser d'obéir à ses parents sans leur manquer de respect ni leur résister en face *.
Ainsi, un jour que sa mère devait l'emmener dans une nombreuse compagnie, elle s'écrasa le pied droit sous une très-grosse' pierre; elle en souffrit long-
' Bolland., /. c, ch. ii, p. 90ô.
^ Ibid.
temps, mais, à sa grande satisfaction, elle ne put pas sortir. En une autre occasion, elle se brûla les deux pieds en les posant sur la braise du four de la cuisine, et pendant quelque temps on dut la laisser en paix.
Plusieurs fois aussi elle se frotta les paupières avec du piment; ses yeux s'enflammèrent et lui causèrent de cuisantes douleurs. Sa mère, ne voulant pas la produire dans cet état, la dispensait de l'accompagner. Cependant au bout d'un certain temps, Marie de Flores, étonnée de la persistance de ce mal d'yeux, qui redoijiblait quand il était question d'assemblées ou de visites, soupçonna quelque ruse, examina Torgane malade et y découvrit des vestiges de piment. Sa colère éclata, elle accabla sa fille de reproches, la battit, la traita de folle qui s'exposait volontairement à perdre la vue. « Très-chère mère, lui répondit dou- )) cernent la sainte, plût à Dieu que je fusse aveugle » et dispensée à jamais de voir tant de choses vaines et «frivoles! » Ces humbles paroles calmèrent Marie; toutefois elle défendit formellement à sa fille de faire usage de piment à l'avenir.
Peu de temps après le fait que nous venons de raconter, quelques dames de Lima se trouvaient réunies dans la maison des parents de Rose. Elles venaient de feire l'éloge des traits incomparables et de la grâce parfaite de notre jeune sainte lorsque celle-ci entra dans l'appartement. La daine de Flores, toujours désireuse de faire valoir la beauté de sa fille, lui ordonna de placer sur son voile une riche couronne