‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 117 sur 244 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

de fleurs fratchemenl écloses, déposée sur une table voisine. Rose rougit et trouva moyen de marcher sur les traces de son divin modèle, tout en obéissant à sa mère; elle introduisit dans la couronne une longue aiguille, qu'elle s'enfonça dans la tète en y mettant les fleurs. Rien ne trahit extérieurement la douleur qu'elle en ressentit, et ce fait serait resté ignoré si, après le départ des visiteuses, Rose n'eût été obligée de recourir à Marianne pour retirer l'aiguille, qui s'était profondément enfoncée dans ses chairs ^

L'une des dames en l'honneur desquelles Marie de Flores avait forcé sa fille à porter la couronne de fleurs s'était extasiée sur la blancheur et la forme parfaite des mains de la sainte. Rose, humiliée de ces éloges, s'en vengea en plongeant ces mains si délicates dans la chaux vive. Elles furent affreusement brûlées et dépouillées de leur peau. Pendant un mois, la sainte endura d'affreuses douleurs sans proférer une plainte, sans regretter de s'être condamnée à ce supplice *.

Lorsque les mains furent guéries, Marie de Flores, voulant leur rendre leur beauté première, ordonna à sa fille de porter pendant la nuit de ces gants gras et parfumés dont les femmes faisaient usage au Pérou pour adoucir et blanchir la peau. Rose, désolée, supplia sa mère de l'en dispenser. Celle-ci lui enjoignit l'obéissance d'un ton qui n'admettait pas de réplique. Mais le Seigneur lui-même justifia la répugnance de la

* Bolland., /. c.

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jeune fille pour cette frivole invention de la coquetterie. Dès qu'elle se fut étendue sur Tinstrument de torture qui lui servait de Ht, les brûlures de ses mains, emprisonnées dans les gants parfumés, se ravivèrent avec une violence extrême. Rose se réjouissait de subir cette souffrance et était décidée à ne pas s'en affranchir de la nuit. Mais soudain , — ajoutent ses biographes \ — elle vit s'élever au-dessus de ses mains de nombreuses étincelles qui se réunirent en gerbes de flammes, remplirent la chambre en un instant et mirent le feu au pauvre mobilier de la pièce. Rose, effrayée, jeta ses gants; aussitôt le feu s'éteignit, la douleur disparut, et notre sainte tomba dans un profond sommeil. Le lendemain elle raconta ingénument à sa mère ce qui lui était arrivé, et lui montra, pour confirmer la vérité de son récit, ses mains rougies , couvertes d'ampoules. Celle-ci dut se rendre à l'évidence, et n'osa plus contraindre sa fille à faire usage de gants parfumés.

Cependant cet événement, qui aurait dû faire comprendre à la mère de Rose que Dieu lui-même guidait cette jeune fille dans des voies exceptionnelles, n'eut d'autre résultat qu'une trêve momentanée. Après avoir laissé notre sainte en paix pendant quelques jours, elle recommença ses persécutions. Elle lui fit don d'un voile fort élégant, brodé d^or et de.soie, afin qu'elle s'en couvrît la tête, et lui ordonna de découper avec plus de goût ses vêtements, d'adopter l'usage

^ Rolland., /. <?., p. 905. — Gonzalez, op, c, p. 5.

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