CHAPITRE SIXIÈME* • 24B
broder ne produirait rien de joli; mais vous m'aviez dit de travailler de la sorte, ma chère mère, et je me suis conformée à votre désir. »
Notre sainte, toujours disposée à subordonner sa volonté à celle d'autrui lorsqu'elle le pouvait sans manquer à ses devoirs, fit, toute sa vie durant, profession de Tobéissance la plus absolue envers ses confesseurs. Chacune de leurs paroles était pour elle un ordre émaaé de Dieu et auquel elle s'em* pressait de. se' soumettre. Il advint — pour en citer un exemple — qu'à la suite des larmes que Rose répandait avec une abondance extraordinaire durant ses longues méditations, elle fut prise de migraines excessivement violentes, sans renoncer pour cela à sa coutume de passer des nuits presque en* tières à prier et à veiller. Son directeur, en ayant été informé, lui enjoignit dé se donner régulièrement quatre heures de sommeil après minuit. Rose fit son possible pour se conformer à cet ordre; mais, en dépit de ses efforts, elle n'y put réussir. Tantôt elle se réveillait avant l'heure prescrite; tantôt, accablée de fatigue, elle la dépassait. Elle fut saisie alors d'une grande crainte d'avoir manqué
à ce qu'elle devait à son père spiritual, et il fallut
que celui-ci lui défendit de penser davantage à ce qui la troublait, pour faire rentrer le calme dans son cœur*
Les commensaux de la sainte profitèrent avec adresse de cette disposition dans Tintérèt de sa santé ; car lorsque Rose, accablée et malade, refusait héroï-
Si€ SAINTE ROSE DE LIMA.
quement de prendre les remèdes propres à calmer ses douleurs physiques ou de s'accorder le repos dont elle avait besoin, on prétextait un ordre de son confesseur; dès lors, toute opposition cessait'.
Malgré les fréquentes brusqueries de sa mère , Rose Taimait de l'amour le plus tendre; elle avait une affection égale pour son père et son aïeule, et elle chérissait ses frères et sc&urs. Notre sainte leur prouvait cette disposition par ses actes plus encore que par ses paroles.
La famille de Flores, chargée de onze enfonts, était privée des biens de la fortune, nous avons eu occasion de le dire ; souvent la gène régnait dans la mai* son, quelquefois le nécessaire était au moment d'y manquer. Rose, témoin des angoisses que cet état précaire causait à ses parents, s'empressait de leur venir en aide. Elle était d'une adresse incomparable pour tous les ouvrages de femme et brodait avec une merveilleuse rapidité. Personne ne maniait comme elle l'aiguille et la navette, et, bien qu'elle consacrât chaque jour douze heures à la méditation et à l'oraison, elle faisait plus de besogne en une journée, en se privant de sommeil, que quatre habiles ouvrières réunies. Ce fait a été attesté solennellement par uii grand nombre de témoins dans les premiers procès qui ont suivi la mort de Rose, entre autres par la famille de la Massa, amie de celle de la sainte, et par dona Louise Urtado de Bustamente, veuve d'Al-
* Bolland., L c, p. 907. — Gonzalez, op. c, p. 6. — Ott, p. 17, M.