CHAPITRE SEPTIÈME. St
Il advint un jour que Catherine de Sainte-Marie , tertiaire dominicaine, étant venue voir Rose dans son ermitage , les m^Histiques se jetèrent sur elle et la piquèrent impitoyablement. Catherine, impatientée, en écrasa un qui s'était posé sur sa main. — u Chère sceur, lui dit Rose avec tristesse, pourquoi tuez-vous mes hôtes? — Aimables hôtes en vérité, répondit Catherine, ils nous mettent en sang et ne nous laissent pas un instant de repos 1 — Hélas I répliqua doucement notre sainte, n'oublions pas, lorsque ces insectes nous tirent un peu de sang, que Jésus ^ le Roi du ciel et de la terre, daigne nous nourrir de sa chair et de son sang trois fois saints! Je vous supplie, chère sœur, de pardonner aux moustiques, de ne plus leur faire de mal, et je vous promets qu'à l'avenir ils vous laisseroiit tranquille. y> En effet, à partir de ce mo* ment ils ne piquèrent plus Catherine. Le même fait se répéta en faveur de la mère de Rose et des époux de laMassa^.
Une autre tertiaire d(»mnicaine , Françoise de Montoya, se trouvant un soir dans la cellule, y vit arriver une légion de moustiques et en fut effrayée. — « N'ayez » pas peur, ma chère sœur, lui dit Rose, vous allez être >i piquée trois fois en l'honneur de la très-sainte Tri- » nité, mais ensuite il ne vous sera plus fait aucun » mal. » L'événement justifia la prédiction de Rose'.
Nous avoins eu occasion de dire que, dès l'enfance,
* BoIIand., /. c, p. 925 et 926. — Gonzalez, op, c, p. 26.
— Ott,p. 72, 7t.
» Ibid. ^ 3 ijy
notre sainte avait reçu^ comme son modèle sainte Catherine de Sienne, le don de la prière. Â l'âge de douze ans, elle avait poussé ce saint exercice à son plus haut degré, et elle était arrivée au genre d'oraison que les théologiens désignent sous le nom d*oraison unitive '. « Nous savons qu'endormie ou éveillée les yeux de son âme étaient toujours ouverts sur Dieu. Quand elle tissait, cousait; quand elle parlait, man* geait ou se promenait; dans l'église , au jardin , à la maison, dans la rue, partout et toujours elle se tenait en la présence du Soigneur. Et tandis que cette divine présence occupait toutes ses puissances intérieures, ses sens extérieurs restaient libres et dégagés; pendant qu'elle parlait intérieurement avec Dieu , elle^ s'occupait sans peine des choses du dehors dont elle était chargée, elle répondait patiemment aux questions qu'on lui adressait, et vaquait à ses occu-^ pations avec autant de promptitude et d'attention que ceux qui n'ont rien autre à faire. Ses compagnes avaient remarqué souvent que, lorsqu'elle cousait et tirait le fil en haut, en même temps que son bras s'élevait, son esprit semblait s'élever aussi dans l'extase, pour redescendre ensuite à mesure que le bras s'abaissait, sans que la pointe de son aiguille variât d'une ligne. »
C'était surtout pour être plus libre de vaquer à la prière, qu'elle appelait la nourriture de l'âme, que Rose avait si ardemment désiré la possession de sa
' Tous les auteurs cités et Goerres, la Mystique, traduite par Charles Sainte-Foi , t. I", p. 250.