CHAPITRE SEPTIÈME
cellule. Elle la quittait trois fois par semaine, y compris les dimanches et fêles, pour fréquenter les églises et recevoir la sainte communion. Lorsqu'elle était en oraison devant les autels, on la voyait, au milieu de ' la foule qui encombrait le lieu saint, prosternée à terre, les yeux invariablement fixés sur le tabernacle, parfaitement étrangère à ce qui se passait autour d'elle et sourde à tous les bruits. Si quelque objet extérieur venait à toucher son œil, elle ne baissait pas même la paupière; car, semblable à l'aigle, elle regardait intérieurement le soleil divin et était aveugle pour les choses de ce monde. En même temps, elle demeij* rait dans la plus complète immobilité durant des journées entières. Ainsi, aux quarante heures elle restait dans l'église depuis le matin jusqu'au soir sans bouger ni rien prendre*; on eût dit une statue.
Lorsque sainte Rose s'approchait du banquet eucharistique, elle éprouvait un sentiment d'ineffable bonheur. Elle s'y préparait par la confession sacramentelle, qu'elle accomplissait en versant des torrents
de larmes et avec autant de contrition que si elle eût
eu les plus grands péchés à se reprocher. Elle prenait rarement quelque peu de nourriture la veille des jours où elle devait communier, s'accordait à peine une ou deux heures de sommeil^, et se disciplinait avec la plus inflexible rigueur. En un mot, disent ses
* Gonzalez, op. r., ch. v, p. 58. — BoUand. , /. c, p. 930. ^ ' Avec l'autorisation de son confesseur, elle avait réduit de plus de moitié les quatre heures de sommeil qu'il lui avait imposées.
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biographes*, elle se disposait à s'imir au Sauveur avec autant de ferveur que si elle n'eût dû le recevoir qu'une seule fois dans sa vie, ou que si chacune de ses communions eût été la dernière. Au mome«l où elle allait à la sainte table, le feu qui brûlait dans son cœur se manifestait extérieurement. Dieu voulait faire éclater ainsi à tous les yeux Taiv. deur qui la consumait, une mystérieuse flamme Tentourail, une lueur céleste brillait sur sa têt«, elle paraissait diaphane , son être devenait en quelque sorte aérien , son vi«age n'avait plus rien d'humain, elle semblait plutôt un ange qu'une créature mortelle; le prêtre qui célébrait la messe et les témoins qui assistaient à ce ravissant spectacle en étaient frappés d'une religieuse stupeur! Lorsque les confesseurs de Rose lui ordonnaient d'exprimer les eflfets que rEucharistie produisait en elle, elle balbutiait, assurant qu'elle ne trouvait pas de mots pour exprimer sa pensée; qu'au reste tout ce qu'elle en pouvait dire, c'est qu'elle passait tout entière en Dieu et se tentait inondée d'une joie telle , que rien dans la vie ordinaire ne lui était comparable*.
Cette nourriture divine , ajoute Gonzalez , demeurait dans le tabernacle de son corps pendant sept ou huit heures sans se consumer, elle la rassasiait et la fortifiait tellement, qu'en revenant de l'église Rose marchait d'un pas agile et ferme, tandis que lorsqu'elle s'y rendait, épuisée par les veilles, le jeûne et les mor-
* Gonzalez, op, t,, ch. y, p. 58. — Rolland., /. c, p. 930* ^ Rolland., /. c, p. 959.