‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 131 sur 244 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

disait que de même qu'elle voulait être toute à lui , il voulait être tout à elle , prendre le cœur de Rose et lui donner le sien \ Rose demeurait alors perdue dans la plus profonde contemplation, et cependant, chose merveilleuse, elle continuait à coudre ou à broder, aussi régulièrement que si elle eût été absorbée par son travail. Bientôt les visites de l'Enfant Jésus se multiplièrent et devinrent à peu près quotidiennes; il était rare qu'il n'eût point apparu lorsqu'arrivait le milieu du jour".

Quelquefois cependant il ne venait pas , et Rose languissait, fondait en larmes; puis elle s'écriait : «t L'heure est passée, mon bien-aimé n'est point venu; midi a sonné, et je ne l'ai pas vu, malheureuse que je suis , me voilà privée de son adorable présence! » Il arriva un jour que les personnes qui étaient dans le voisinage de la cellule l'entendirent chanter d'une voix douce et sur une plaintive mélodie des vers charmants qu'elle improvisait dans sa douleur, et dont la traduction qui suit ne saurait exprimer la grâce mélancolique • :

<c Hélas! mon bien-aimé, où reste-t il, et qui peut » le retenir loin de moi? — Pourquoi me laisse-t-il » seule dans le deuil et dans les pleurs ? — Il n'est » pas de malheur plus grand que d'être loin de lui. — » Venez, Seigneur, montrez-vous, calmez la souffrance

* BoUand., /. c.y p. 939, 940 et siiiv. — Gonzalez, op. c, ch. II, p. 39 et suiv. — Ott, o/>. c, eh. xiv, p. 108 et suiv. « lUi. ' ^Ibid.

» de mon coeur. — Je suis pauvre, faillie et petite, je » suis digue de vos mépris; — mais, vous le savez, je » ne puis vivre sans vous; -^ loin de vous je me sens » mourir! »

Un soir, Rose fut prise d'un violent mal de gorge. Suivant sa coutume, TËnfant Jésus la visita; il lui proposa en souriant d'engager avec elle une partie de jeu d'adresse. La partie eut lieu, et Rose, l'ayant gagnée, demanda, comme prix de sa victoire, la guérison de sa gorge. Au moment même le mal disparut. Mais l'Enfant divin ayant exigé sa revanche, Rose perdit la seconde partie ; sa douleur reprit plus violente qu'auparavant et l'empêcha de fermer l'œil de la nuit. Elle réfléchit alors au sens de cette mystérieuse partie ; elle comprit que, sous une allégorie enfantine, le Seigneur avait voulu lui faire connaître le prix et le mérite de la souffrance, et son cœur déborda de joie à la pensée de la condescendance de l'Eternel, qui, suivant la parole du Sage, se comptait au milieu des enfants des hommes. Cependant Marie de Flores, voyant sa fille très-malade, en témoigna de l'inquiétude. Rose , pour la rassurer, lui raconta ce qui s'était passé entre elle et l'Enfant Jésus. Et tandis qu'elle parlait à sa mère, son visage s'illumina et prit l'expression extatique que lui communiquait habituellement la réception de l'Eucharistie ^

En une autre occasion , Rose s'attarda dans sa cellule. Au moment où minuit venait de sonner, elle se

* Bolland., /. c, p. 939, 940 et saiv. — Gonzalei, «y. c, eh. II, p. 39 et suiv. — Ott, op. c, eh. xiv, p. t08 et soiv.

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