CHAPITRE DEUXIÈME
allérés et mêlés à des fables. Il en résulte que l'on manque absolument de lumières pour l'histoire an* cienne du Pérou; que la seconde période de cette histoire, c'est-à-dire celle relative aux temps des six ou huit premiers Incas , est toute légendaire , et qu'on n'a de certitude que pour les règnes des derniers souverains indigènes. Garcilasso de la Vega, à la vérité y a écrit une histoire des Incas, ses ancêtres : c'est un monument qu'il a voulu élever à leur gloire, et dans lequel on trouve d'intéressants détails; mais quant aux époques éloignées il s'est borné à dire ce que les auteurs espagnols ont dit également et à rapporter les anciennes légendes, dans leur simplicité primitive.
Tous les récits indigènes s'accordent à aftirmer qu'au commencement du onzième siècle les Péruviens étaient plongés dans la plus effroyable barbarie. Semblables à des bêtes féroces, ils habitaient les forêts et les cavernes, disent ces récits, ne connaissaient ni lois ni institutions d'aucune espèce et se livraient sans retenue à la satisfaction de leurs instincts brutaux. lis n'avaient aucune idée d'une industrie quelconque, vivaient dans la nudité la plus complète, adoraient les astres, les plantes, les animaux et égorgeaient en rhonneur de leurs divinités des victimes humaines, qu'ils dévoraient ensuite.
Ce tableau est-il vrai ou a-t-il été chargé à dessein pour rehausser la gloire de celui qui porta aux Péruviens les bienfaits de la vie policée ? C'est une question qui très-probablement ne sera jamais éclaircie.
Quoi qu'il en soit^ la tradition ajoute qu'un jour ces sauvages virent arriver au milieu d'eux un homme et une femme qui entreprirent de les tirer de la barbarie. L'homme se nommait Manco^pac, la femme était à la fois sa sœur et son épouse et s'appelait Mama-Oelio. L'aspect majestueux des étrangers et leurs beaux vêtements flottants attirèrent la population autour d'eux, et Manco-Capac, qui parlait le langage des iudigènes leur dit que. Gis du soleil, il venait, par ordre du dieu son père, pour les tirer de leur déplorable condition et leur apprendre à être bons et heureux. Les Indiens, touchés de la douceur de ses discours et charmés de sa noble apparence, se soumirent à lui : il leur enseigna l'art de cultiver la terre, de semer des grains et des légumes, de se vêtir et de bâtir des maisons. Mama-Oello apprit aux femmes à filer et à tisser le coton et leur fit connaître les exercices convenables à leur sexe et tout ce qui a rapport à l'économie domestique.
L'opinion la plus généralement reçue fait venir le législateur et sa compagne du lac Tilicaca. Quelques auteurs , amis du merveilleux et se fondant sur une vi^ue légende, ajoutent que Manco-Capac était blanc de teint, blond et barbu; ils en concluent qu'il était originaire d'un autre continent et fils de l'hémisphère oriental. Cette supposition paradoxale ne supp&rie pas la critique; nous sommes disposé bien plutôt à admettre le sentiment de M. d'Orbigny, déjà rapporté dans notre premier chapitre. D'après ce savant, on s'en souvient, le premier Inca appartenait à la nation