CHAPITRE DIXIÈME
Les prêtres et les ordres religieux de Lima saisirent cette occasion pour adresser à leurs ouailles un appel solennel^ car la démoralisation avait atteint de colossales proportions dans la capitale du Pérou; toutefois le zèle des clergés séculier et régulier échoua : là population de Lima ne s'amenda pas encore; elle aussi semblait mûre pour la punition. Mais Dieu, qui voulait la sauver, parla à saint François Solan, prédicateur apostolique à Tucuman \ et le chargea de se rendre à Lima et d'annoncer que la ville serait détruite si elle ne faisait pénitence.
Docile à l'appel d'en haut, Solan franchit à pied l'immense distance qui le séparait de la capitale du Pérou ; puis, nouveau Jouas, il se rendit à la place du marché pour y prêcher. Il annonça de prompts et effroyables châliraentssi on ne se convertissait, ets'écriaquec'était à Lima qu'on pouvait appliquer en toute vérité les paroles de l'apôtre saint Jean*, et qu'on n'y trouvait que concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie. L'air austère et menaçant du missionnaire, la véhémence de ses paroles, la peinture énergique qu'il fit de la dégradation morale de Lima, remplirent son auditoire d'épouvante; on crut comprendre que la ville était menacée d'une destruction immédiate.
Une terreur panique se répandit dans la populeuse cité. L'archevêque et le vice-roi eux-mêmes partagèrent l'effroi général. Mais pendant ce temps, Rose,
* Dans la république Argentine actuelle.
^ I Jean, ii, 16,
t94 SAINTE ROSE DE LIMA.
agenouillée dans sa cellule solitaire, se flagellait impitoyablement , se mettait le corps en sang, frappait à coups redoublés sur sa terrible couronne, et faisait violence au ciel par Ténergie avec laquelle elle sollicitait la grâce de ses coupables concitoyens.
Elle fut exaucée. La foule éperdue rentra en ellemême et se précipita dans les églises; les tribunaux de la pénitence furent assiégés pendant toute la nuit; les prêtres et les religieux la passèrent entière à entendre des confessions qu'on leur fit avec les signes d'une véritable contrition.
Lorsque le jour parut, un immense cri de reconnaissance s'échappa de toutes les poitrines; on comprit que Lima était sauvée et que Dieu lui avait accordé son pardon, de même qu'il l'avait accordé autrefois à Ninive pénitente *.
L'ardent amour de Dieu qui remplissait le cœur de Rose se manifestait encore par son profond respect pour tout ce qui se rapporte au service du Seigneur. Elle se plaisait à faire les ouvrages lès plus charmants et des broderies en soie de diverses couleurs pour en décorer les autels et surtout les saints tabernacles. Elle employait ses nuits à ce genre de travail , afin de ne pas prendre sur les heures pendant lesquelles ses talents étaient consacrés au service de sa famille. Son confesseur l'ayant engagée, à l'instigation de Marie de Flores , à. ne pas excéder ses forces en se privant ainsi de repos, elle s'empressa de lui dire : « Ne me croyez
* Boll., /. c, ch. V, p. 915, 916. — Ott, p. 7 etsair.