CHAPITRE DIXIÈME
ayant témoigné le vif désir d'en avoir une également, la sainte lui fit offrir la seconde; elle garda la troi* siènie. La vice-reine accueillit le romarin avec reconnaissance et lui donna elle-même ses soins; mais il dépérit en peu de jours et ne présenta plus qu'un rameau desséché, dépouillé de verdure. Elle s'en plaignit au confesseur, et celui-ci en ayant parlé à Rose, la sainte lui dit : u Ces sortes de croix redoutent » l'air des cours; si l'on me renvoie la plante, j'es- » sayerai de la faire revivre. » On la lui rapporta ; quatre jours plus tard, elle était plus verte et plus fleurie qu'auparavant. Rose la décora de gracieuses petites figures d'anges ciselées et d'une image desainte Madeleine, et la rendit à la vice-reine, qui fut trèsétonnée de ce prodige. Quant à notre sainte , elle l'attribua à la vertu de la croix '.
Tout ce qui offensait Dieu, objet de son ardent amour, affligeait profondément Rose et excitait son zèle. Ainsi, lorsqu'en entrant dans les églises elle voyait des personnes livrées à de futiles conversations, elle oubliait sa réserve habituelle et allait leur rappeler le respect dû au temple- du Seigneur; mais elle le faisait d'un ton si afiable, que son avertissement avait plutôt l'air d'une prière que d'un blâme*.
Ainsi encore, toute parole légère, toute chanson profane provoquait ses pleurs. Dès sa plus tendre
* Bolland., /. c, ch. xx, p. 954 et suiv. — Gonzalez, ch. xv, p. 55. — Ott, ch. XX, p. 150 et suiv.
' Bolland., /. c, ch. xvii, p. 133 et suiv. — Gonzalez, ch. xni, p. 60. — Ott, p. 133.
enfaBoe^ses commensaux avaient remarqué cette dis* position et savaient que, toujours prête à suj^rter sans se plaindre les mauvais traitements , les mépris et les injustices, elle ne tolérait pas qu'on offensât Dieu en sa présence , et s'empressait , quand cela arri«* vait, d'en rendre compte à ses parents ^
Le mensonge lui inspirait la plus profonde horreur, et Dieu étant la vérité même, disait-eHe, c'est lui man^ >} quer grièvementque prononcer une parole opposée à »oe qui est vrai, pour quelque motif et en quelque » circonstance que ce soit. » Lorsqu'elle entendait rapporter inexactement un fait ou une histoire, elle s'empressait d'interrompre l'interlocuteur et de lai dire : « Pardonnez-moi , mais ce que vous dites ne me » semble pas exact ; je crois que les choses se sont » passées autrement *. »
L'amour vrai provoque souvent les larmes; Rose avait reçu du ciel ce don précieux. Elle pleurait ses propres imperfections; elle pleurait surtout en méditant les souffrances de Jésus-Christ. Mais elle estimait que les larmes appartiennent à Dieu, et qu'on n'en doit verser que pour lui ; elle les appelait les perles destinées au trésor de V Étemel. Ainsi, trouvant un jour Marie de Flores qui pleurait pour une cause tout^ mondaine, elle lui dit avec feu : ic Ah! chère mère, » que faites-vous là? Vous dépensez un bien qui n'ap- » partient qu'au Seigneur, car c'est à lui seul que nous
* Boiland., /. c, ch. xvii, p. 188 et suiv. — Gonzalez, ch. xm, p. 50. — Ott, p 138.
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