‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 157 sur 244 · CHAPITRE DOUZIÈME. 34S · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. 34S

voulant se glorifier en elle, la traitait en quelque sorte comme il avail traité son Fils unique. Après Tavoir préparée par diverses épreuves au grand acte d'un amour dépouillé de toute propriété, il semblait la livrer à son néant, à ses misères, aux péchés dont elle se croyait coupable et à ce châtiment qu'elle estimait avoir mérité. C'était donc l'opération crucifiante de la grAce divine. Peu de créatures ont mérité d'être élevées à cet immense acte d'amour, qui glorifie infi* nimeut le Seigneur ; — pour arriver à cette redoutable hauteur, il faut avoir correspondu à la grâce avec une fidélité parfaite, il faut avoir résisté généreusement, sans retour sur soi-même, à toutes les épreuves précédentes, quelque douloureuses ou humiliantes qu'elles fussent. Rose, n'ayant jamais reculé devant aucun sacrifice, était devenue digne au£ yeux de Dieu de porter le plus terrible de tous.

Lorsque ses confesseurs lui demandaient de peindre ce qu'elle éprouvait pendant ces heures de délaissement, les mots et les images lui manquaient. Elle se bornait à dire : (c Le feu naturel est une rosée » bienfaisante en comparaison de la brûlante douleur »qui me dévore intérieurement; car le feu ordioaire » ne tourmente que le corps, mais ce feu intérieur » pénètre dans la partie la plus intime de l'âme. C'est «quelque chose de semblable à ce qu'endura saint » Augustin quand il se sentit éloigné de Dieu ; o'esf à »cel état que faisait allusion le roi prophète quand il » s'écriait : Les douleurs de la mort m'ont environné, » et les torrents de l'iniquité m'ont épouvanté; — les

» douleurs de l'enfer m'ont environné , les filets de la » mort m'ont surpris \ » Quelquefois aussi notre sainte comparait ses douleurs à celle d'une conscience timorée qui se croirait exclue du ciel , dans, l'inimitié de Dieii^ et prête à être engloutie par l'enfer; ou bien encore à la terreur que ressentiront les damnés lorsque le souverain juge prononcera les redoutables paroles : Retirez'vous de moi, maudits; allez au feu éternel! Puis elle ajoutait : « Je ne saurais faire comprendre l'horreur de cet état; elle est telle que chaque fois j'y succomberais si la main de Dieu ne me soutenait '. »

Marie de Flores, voyant tous les jours sa fille dans cette complète prostration , la crut en proie à une sorte de fièvre étrange et voulut la faire traiter par les médecins ; cela devint pour Rose l'occasion de nouveaux tourments.

Le confesseur et les directeurs de la sainte ne comprirent pas non plus ce qui lui arrivait. Ils la supposèrent d'abord livrée à une surexcitation nerveuse produite par l'excès des mortifications. Ce fut au bout d'un certain temps seulement qu'ils reconnurent l'œuvre de Dieu dans la terrible épreuve que subissait leur pénitente ^.

Au moment même où les ténèbres de Rose se dissipaient, le Seigneuf la ranimait en la comblant de

* Ps. XVII, j> 6, 6.

* Bolland, /. c. — Gonzalez, /. c. — Ott, /. c, — Saint Henri Suzo, sainte Gathei*ine de Sienne et saint François de Sales ont passé par les mêmes tourments.

» lind.

Page 1