‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 16 sur 244 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

les plus puissants des sujets de ces princes ne se présentaient à eux que les épaules chargées d'un lourd fardeau, emblème de leur servitude et de leur dispo* sillon à obéir à toutes les volontés de l'Inca. Le monarque n'avait nul besoin d'une force coactive pour faire exécuter ses ordres. L'officier qui en était chargé devenait aussitôt l'objet de la vénération du peuple ; il traversait l'empire, d'une extrémité à l'autre, sans jamais rencontrer d'obstacles, et il lui suffisait de montrer une frange du borla, ornement royal du souverain, pour devenir le maitre de la vie et de la fortune des citoyens.

» La peine de mort infligée à tous les délits , — dit encore l'historien anglais', — est une autre conséquence de cette fusion complète de la religion avec le gouvernement. D'après la législation de Manco-Capac, les fautes légères et les crimes les plus effroyables appelaient la même vengeance sur la tète du coupable et devaient être lavés dans son sang , parce que ces fautes et ces crimes n'étaient pas des désobéissances à des lois humaines, mais des insultes à la Divinité, et qu'une offense de cette nature ne pouvait jamais être pardonnée. Tontefoisces lois draconiennes étaient trèsraremenl appliquées. Le respect des Péruviens pour des princes guidés directement par un être supérieur, la crainte du châtiment qui devait suivre inévitablement l'offense faite au ciel , les maintenaient dans le devoir et lès éloignaient de toute prévarication. »

La tradition indigène assure que Mîmco-Capac , en proposant à l'adoration des Péruviens le soleil, la

lune et les astres, réussit à adoucir promptement leurs mœurs. Ces dieux bienfaisants, qui fécondent la terre et lui distribuent la lumière et la chaleur, ne pou* vaient agréer le culte abominable qui régnait dans r Amérique centrale; les sacrifices humains et Tan* tbropophagie furent supprimés dans l'empire des Incas. Quelques animaux, quelques fruits de la terre, quelques produits de leur industrie, telles étaient les offrandes que les Péruviens civilisés déposèrent désormais sur les autels de leurs temples.

Toutefois la religion ne contribua pas seule à amener les Péruviens à une condition morale si supérieure à celle des autres peuples du nouveau monde et à les y maintenir. Il faut également faire ici la part de la politique sage et humaine de la dynastie des Incas. Ce que nous venons d'exposer donne une haute idée de 1^ pers|NcacitédeManco-Capac; comprenant que Tameur de ses sujets et leur parfaite qbéissance étaient les conséquences de leur foi en son origine céleste , il sut affermir et perpétuer cette croyance en se montrant digne, par sa conduite, par sa bienfaisance, sa justice et sa clémence, de Tastre dont il se disait le fils, et de sa royauté de droit divin. La plupart des peuplades voisines, charmées de la douceur de son gouvernement, se donnèrent à lui; il en soumit aussi quelquesunes par la puissance de ses armes ; toutefois, il ne les combattit que dans un but de civilisation; toujours il traita les vaincus avec une indulgence paternelle, les assimila à ses autres sujets, sans établir de distinctions entre les premiers et les derniers venus, et les instruisît

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