CHAPITRE TREIZIÈME
tait en elle, non-seulement par la grâce habituelle et sanctifiante, mais encore par le goût et le sentiment délicieux de sa présence. Il se faisait son guide, son conseil, son appui, son tout; il la remplissait, la rassasiait, répandait la joie dans toutes les puissances de son âme, de sorte qu'elle le possédait et qu'elle jouissait de lui, tantôt en le voyant clairement, tantôt en le sentant en elle-même par une foi vive et par une ardente charité.
Depuis longtemps les mortifications de notre sainte semblaient avoir atteint les dernières limites du possible; cependant elle les augmenta après avoir pris rhabit de saint Dominique. Elle substitua à la discipline de cordes dont elle s'était servie jusqu'alors une double chaîne de fer et s'en frappait sans miséricorde, de manière à arroser de sang les parois et le plancher de sa cellule '•
Il lui arriva plusieurs fois de s'en donner jusqu'à cinq mille coups, nombre présumé de ceux qu'avait reçus Notre-Seigneur dans la flagellation. Rose faisait atteindre par chaque coup la partie de son corps qu'elle pouvait croire intacte, son dos était habituellement une seule plaie ^. Elle continuait à se livrer à ces sanglantes exécutions non-seulement en expiation de ses prétendus péchés, mais encore pour obtenir le repos étemel aux âmes du purgatoire , pour satisfaire à la justice de Dieu, pour les besoins de l'Église, pour ceux de l'humanité en général. Elle embrassait la souf-
* Boliand., /. r., ch. vi, p. 915 etsuiv. — Gonzalez, op. c, ch. v, p. 16. — Ott, op. €., ch. VI, p. 46 et suiv. ^ïbid.
france avec des transports de joie; le sonvenir du Calvaire la lui rendait chère.
Cependant les confesseurs de Rose lui ayant défendu de se discipliner avec les chaînes, elle les prit, les appliqua en un triple tour sur ses reins, et en fixa les deux boute, rapprochés l'un de l'autre, avec nn cadenas dont elle jeta la clef. La peau fut bientôt enlevée, et les chaînes s'enfoncèrent si avant dans les chairs qu'elles disparurent presque entièrement et pénétrèrent jusqu'aux nerfs de cette région. Il en résulta une vive douleur aux hanches, et une nuit celte douleur devint tellement violente que Rose se crut au moment de mourir. Elle essaya d'ouvrir les chaînes, mais ne put y réussir, parce qu'elle n'avait plus la clef du cadenas. L'excès de la souffrance lui arracha quelques gémissements qui réveillèrent Marianne. Saisie d'horreur à la vue de ce terrible spectacle, la fidèle servante, après avoir vainement essayé de rompre les chaînes, se mit en quête d'une pierre pour briser la serrure. Mais tandis qu'elle s'éloignait, Rose eut recours à la prière qui force les cieux; le cadenas, ouvert merveilleusement, tomba de lui-même et la sainte arracha avec un courage héroïque la chaîne de la plaie béante. Le lendemain elle se leva à son heure accoutumée et se livra à ses occupations habi-» tuelles, ayant l'air aussi calme que si rien d'extraordinaire ne s'était passé.
Dès que les blessures furent guéries, Rose reprit sa terrible ceinture; mais son confesseur, en ayant été informé, lui fit dire, par le père Biaise Mairtinez,