CHAPITRE QUATORZIÈME
» que par la souffrance; les consolations divines sont )> distribuées dans la même mesure que les peines; que » chaque âme le reconnaisse. Que personne ne se fasse » illusion^ la voie seule de la croix aboutit au ciel, les » afflictions terrestres sont les racines des joies célestes. » Lorsque j'eus entendu ces paroles, ajouta Rose, » je fus saisie d\in zèle brûlant, j'aurais voulu par- » courir les rues et les places publiques et crier partout » ces mots : Peuples, écoutez, je vous annonce de la » part de Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'on ne reçoit » la grâce divine que par la souffrance. Il vous faut » souffrir si vous voulez devenir enfants de Dieu et jouir » de la santé de l'àme. Sachez d'ailleurs que les dou- » leurs ne sont jamais disproportionnées aux forces » de ceux auxquels le Seigneur les envoie , car il ne » frappe pas ses coups au hasard , et sa sagesse pèse » scrupuleusement les croix qu'il impose. Il me sem- » blait aussi que mon âme était prête à sortir de mon » corps pour parcourir le monde entier et dire à » tous ses habitants : Ah ! si vous pouviez recon- » naître ramabilîté, la beauté, la noblesse de la grâce » divine, la richesse de ses trésors, les délices qui » l'accompagnent, vous aspireriez aux tourments du A martyre, vous rechercheriez les croix, les douleurs, » les maladies, les afflictions de toute nature, pour » obtenir par la sainte patience l'inestimable trésor de » la grâce 1 — Vous ne gémiriez sous le poids d'aucune » croix, quelque pesante qu'elle fût, si vous saviez » combien les douceurs de la grâce l'emportent sur » tout ce que l'on souffre 1 »
A près que Rose eut terminé le récit de son admirable vision^ le docteur Castillo voulut savoir sous quelle Forme la grâce divine lui avait été représentée; la sainte lui répondit : ce On ne saurait comparer la grâce )> à une forme corporelle, à une beauté ou à une cou* 9 leur créée; sans être Dieu, elle est de nature divine » et façonne l'âme qui la reçoit à l'image de Dieu ^ »
Castillo demanda encore à Rose comment elle. avait entendu la voix de Dieu, si c'était de ses oreilles corporelles ou intérieurement en son cœur. « J'ignore quel » nom les théologiens donnent à cette manière d'en- » tendre, répliqua notre sainte, mais voici comment » la chose s'est passée : De la bouche du Seigneur sor- » tait un rayon d'une pureté et d'un éclat inexpri- » mables, ce rayon a pénétré au fond de mon âme et » y a laissé l'impression de ce que Jésus voulait me » communiquer*. »
Cependant les mortifications et les souffrances de Rose avaient considérablement modifié son extérieur; elle était devenue d'une maigreur et d'une pâleur excessives, elle se soutenait avec peine, en un mot elle était l'image vivante de la pénitence. Voyant que cet air mortifié lui attirait l'attention et le respect du pu^ blic, elle en éprouva une peine extrême; elle désiiait ne plaire qu'à Dieu et le supplia de lui ôter ce qui, dans son apparence, pourrait lui faire décerner des éloges qui lui inspiraient de l'horreur. Au moment
* Bolland., /. c, ch. xvi, p. 944 et suiv. — Gonzalez, op. c, ch. XII, p. 47, 48. — Ott, cp. c, ch. xvi, p. 125 et suîv.