CHAPITRE QUATORZIÈME
même où elle achevait sa prière elle reprit sou embonpoint d'autrefois, les couleurs de la plus florissante santé reparurent sur son visage, les rides s'effacèrent de son front et ses yeux retrouvèrent leur ancien éclat, sans que cependant elle éprouvât le moindre allégement dans son martyre. Peu de temps après elle rentrait au logis avec sa mère, dans la journée du vendredi saint, après avoir passé un jour et une nuit en adoration devant le saint sacrement, sans prendre aucune nourriture ni se donner un seul instant de repos. Quelques jeunes gens qui se trouvaient sous le portique de l'église se moquèrent d'elle. — « Voyez donc cette nonnette à mine rebondie, disaient-ils/ assurément elle ne se laisse manquer de rien et se nourrit bien, le jeûne ne la fatigue guère! » Marie de Flores fut outrée de cette grossière incartade; quant à Rose, elle s'en réjouit intérieurement et remercia le Seigneur de l'avoir si complètement exaucée ^
Autant Rose était dure à elle-même, autant, nous le redisons encore, elle exerçait la charité à un degré héroïque à l'égard du prochain. Elle voyait dans les malheureux et dans les infirmes l'image de Notre-Seigneur souffrant, et tous ils la nommaient leur mère et leur providence^. Pauvre elle-même et fille de
* Bolland», L c, eh. iv., p. dl2. — Gronzales, çp. c, di. iv, p. 11, 12. — Ott, op. c, eh. IV, p. 38.
^ Bolland., L c, cb. xxni, p. 964 et sniv. — Cronzalez, ip. c, ch. XVI, p. ft2 et soîv. — Ott, op. <r., eh. xxin, p. 176 et suiv.
parenls privés de fortune, elle trouvait moyen cependant de venir en aide à une quantité d'infortunés. L'amour est ingénieux, il connatt des voies que la sagesse humaine ignore, la bonté de Dieu, sur laquelle il compte, est Tintarissable source à laquelle il puise toujours.
. Jésus, voulant favoriser les dispositions de sa fille bien-aimée , lui apparut et lui annonça que désormais il se chargerait lui-même du soin de sa famille, afin qu'elle fût plus libre de ses actions et plus maîtresse de son temps. Dès lors Rose consacra aux malheureux les heures qu'elle avait consacrées autrefois aux travaux domestiques.
Les biographes de la sainte citent quelques traits charmants de son active et ingénieuse charité \
Un jour, le sieur de Flores porta une pièce de toile très-considérable au logis pour l'usage de la famille. Marie de Flores, sachant que Rose avait un besoin urgent de linge à cause de ses nombreuses infirmités, lui en donna trente-six aunes;. Notre sainte , très-élonnée de cette libéralité, lui demanda si tout cela était bien pour elle : « Oui, lui dit la mère, iu feras de cette toile )> ce que tu voudras. » Rose la donna en secret à deux pauvres demoiselles qui se trouvaient dans la plus profonde misère. Quelques jours après, la mère voulut savoir à quoi sa fiHe avait employé la toile. « Chère mère, répondit notre sainte, elle a été convertie en
* Bolland., /. <;.^ chap. xxni, p. 964 et saiv. — Gonzalez, op. c, ch. XVI, p. 62 et saiv. — Ott, op. c, ch. xxra, p. 176 et suiv.