CHAPITRE QUINZIÈME
Beaucoup de gçns, convaincus que la Mère du Sauveur ne savait rien refuser à Rose, venaient supplier cette dernière d'intercéder pour eux auprès de Marie, à l'effet d'en obtenir certaines grâces, et Rose se prêtait toujours aux saints désirs de ses semblables. Citonsen un remarquable exemple.
Peu de temps après le mystique mariage dont nous avons rendu compte, il advint que l'esprit de ténèbres réussit à semer la discorde dans une des plus nombreuses communautés de Lima. C'en était fait de la paix du monastère, et l'exaspération qui y régnait causait beaucoup de scandale. Le confesseur de Rose, très-peiné de ce qui se passait, ordonna à sa fille spirituelle d'aller à la chapelle du Rosaire et d'implorer l'assistance de la consolatrice des affligés, afin que la concorde se rétablit dans la maison d'où elle semblait bannie à jamais. La sainte obéit; bientôt après, on la vit revenir fort abattue. Elle retourna le jour suivant au même sanctuaire, pria longtemps avec une ferveur extrême; tout à coup elle se releva pleine de joie, et, questionnée par son confesseur, elle lui répondit en ces termes * : « La première fois que je » fus à la chapelle, les images de Jésus et de Notre- » Dame avaient un air courroucé; je compris que je » ne serais pas écoutée, et je rentrai au logis le cœur » plein de tristesse. Aujourd'hui , j'ai pleuré avec tant » d'amertume aux pieds de la très-sainte Vierge » qu'elle a daigné intercéder en ma faveur auprès de
* BoUand., /. c, ch. xix, p. 961, 952. — Ott, ch. xix, p. 146, 147.
)) Jésus. Pendant longtemps, le Seigneur ne voulut » pas se laisser fléchir; j'étais tremblante et éperdue » en écoutant ce que se disaient la Mère et le Fils. La » Mère implorait la miséricorde divine, le Fiis parlait » de justice et de châtiment; cependant il ne sut pas » résister aux. instances de Marie; il finit par la con- » templer avec une vive tendresse, et il me regarda » également avec amour, moi, son indigne servante. » Je suis sûre maintenant que ma prière a été exaucée. » Consolez-vous donc, mon révérend père, et soyez » certain que l'affaire qui cause votre tourment se )) terminera à votre entière satisfaclion. »
En effet, coutre toute attente, les cœurs divisés ne tardèrent pas à se rapprocher, la paix se rétablit dans le couvent, et il présenta, à partir de ce temps, l'édifiant spectacle d'une parfaite harmonie ^
Rose, qui s'était toujours plu à orner la chapelle du Rosaire, prit, après sa mystique union, la pieuse habitude de décorer tous les samedis de fleurs fraîches la miraculeuse image. Jamais, quels que fussent le temps et la saison, les fleurs ne manquaient dans son jardin, elles s'y épanouissaient, avec un luxe inouï de végétation, à toutes les époques de Tannée. Rose aurait voulu revêtir la statue de la Vierge d'un manteau de prix, mais sa pauvreté ne le lui permettant pas, elle y suppléa en composant, deux fois par an, un vêtement spirituel pour Marie, ainsi qu'elle avait déjà coutume de le faire pour l'Enfant Jésus aux fêtes de Noël. Voici
* Bolland., h c, eh. xix, p. 951, 952, — Ott, ch. xix, p. 146, 147.