‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 182 sur 244 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

charité, elle se disciplinait jusqu'au sang et passait des journées entières à prier afin d'obtenir à ses semblables la grâce de la conversion. « Hélas! s'écriait-elle \ s'il » m'était donné de remplir les fonctions de prédicateur, » je parcourrais nu-pieds, revêtue d'un cilice, la croix ))à la main, les rues de Lima pour appeler le monde » à la pénitence, je dirais à chacun : Rentrez en vous- »mème, malheureux pécheur, quittez la voie large et » glissante qui aboutit aux honneurs de l'enfer; les «courts moments de cette vie passagère vous en sé- )) parent seuls encore. Infortunés, reconnaissez le » danger que vous courez; brebis égarées, ayez pitié » de vos âmes ! Jésus , le bon Pasteur , est à leur recher- ))xhe à travers les ronces et les épines; il a subi les » horreurs de sa passion, il a versé tout son sang sur )) la croix afin de les rendre éternellement brillantes et » glorieuses dans le royaume des cieux. N'hésitez pas » à répondre à l'appel du Sauveur, ne perdez pas de » temps : savez-vous si demain vous vivrez encore ? » Songez donc au sens de ces. mots terribles : Perdu y} pour V éternité! Pouvez-vous supporter sans frémir » l'horreur de cette pensée? Pouvez-vous vous repréwsenter l'immensité de cette ruine, la profondeur de » cette misère, la durée de cette torture, l'incommen- »surable grandeur de ce désespoir? »

Rose, si amie du silence, le rompait ainsi toutes les fois qu'il était question du salut du prochain, de brûlantes paroles s'échappaient de ses lèvres, et son

* Bolland., /. c, ch. xxu, p. 960 et suiv. — Gonzalez, op, c, ch. XVI, p. 60 et suiv.— Ott, ch. xxn, p. 168 et suiv.

éloquence eut souvent pour ses auditeurs les résultats qu'avait produits jadis la prédication du prophète Jonas à Ninive^

Un jour Antoine Rodriguez, provincial des dominicains d'Amérique, vint la voir. Rose, causant confidentiellement avec lui, lui dit avec nne sainte liberté tempérée par Thumilité et le respect * : a Mon très- » révérend père , la bonté de Dieu vous a élu pour lui )) ramener les pécheurs. Il importe que vous n'employiez )) pas le talent qui vous a été donné à faire des discours » fleuris et élégants ; Jésus veut que vous soyez pécheur » d'hommes, étendez donc vos filets de tous les côtés » pour conduire au Seigneur ceux qui sont éloignés de »lui. Il faut retirer les âmes de l'abime du péché et » les faire arriver aux rives assurées d'une sincère pé- »nitence* C'est là l'unique chose nécessaire. »

Citons encore quelques exemples du zèle admirable de Rose.

Un jeune homme de noble famille, nommé Vincent Montesius Yenegas, habitait une maison située en face de celle des Flores. Très-frappé de la beauté de Rose, il voulut se donner au moins le plaisir de la voir de près. Afin de satisfaire cette fatitaisie, il se rendit chez Marie de Flores, lui dit qu'il avait l'intention de la faire travailler pour lui, et qu'ayant entendu parler de l'habileté de sa fille, il venait proposer sa commande. La dame de Flores y acquiesça et appela Rose afin qu'elle

* Bolland., /. c, eh. xxii,p. 960 et suiv. — Gonzalez, op, c, chi XVI, p. 60 €t suiv. — Ott, eh. xxii, p. 168 et suiv.

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