CHAPITRE SEIZIÈME
pour ainsi dire , la pipe, tant ce besoin était devenu impérieux. Une maladie de poitrine étant survenue, les médecins déclarèrent au prêtre que, s'il ne renonçait pas au tabac, ils ne continueraient pas à lui rendre leurs soins, parce que sa mort était certaine et imminente; ses amis le conjuraient en vain de s'amender, en vain aussi ses supérieurs le menacèrentils des censures ecclésiastiques, la passion l'emportait sur toute autre considération , et le malheureux tomba dans le plus déplorable relâchement. Comme on était à bout de ressources, on ordonna à Rose d'aller le trouver et de chercher à le faire rentrer en lui-même. Cinq jours après cette visite, non-seulement le prêtre ne fumait plus, mais le tabac lui inspirait une répugnance telle qu'il n'en supportait plus l'odeur. Sa santé se rétablit parfaitement; il fit une confession générale, et devint l'un des prêtres les plus exemplaires de Lima \
Le père dominicain de Loaysa, connaissant l'immense charité de Rose , lui fit savoir que l'un de ses confrères, malade et abandonné des médecins, était livré aux plus cruels tourments. Il doutait de son salut et ne cessait de dire que sa vie ayant été inutile et vide de bonnes œuvres, il serait réprouvé par le souverain Juge. Notre sainte, très-effrayée de l'état de cette âme, supplia le père de Loaysa d'aller de sa part chez le malade et de lui recommander d' avoir une confiance absolue en la miséricorde de Dieu ,
* Bolland., /. c, ch. xxii, p. 960etsuiv. — Gonzalez, (>p. e., eh. XVI, p. 60 et suiv. — Ott, ch. xxii, p. 168 et saiv.
'/ Pendant que vous serez auprès de lui, dit-elle encore, je supplierai le Seigneur d'accorder à votre confrère la grâce d'une bonne mort, et, bien que mes œuvres soient fort peu de chose et n'aient pas grande valeur, je lui donne et lui fais l'abandon de ce qui m'appartient, jusqu'à concurrence de ce qui pourrait lui manquer; il le présentera comme sien à son Juge.
» Et, si le Seigneur le permet, ajouta-t-elle, votre ami m'apparaitra après sa mort, afin que nous puis-* sions venir en aide à son àme, s'il en était besoin. » Le père de Loaysa s'empressa de retourner auprès du malade pour lui communiquer les paroles de Rose; dès qu'il les eut entendues , un calme profond , une confiance entière succédèrent à la terrible agitation à laquelle il avait été en proie; il reçut tous les sacrements de rÉglise, promit d'apparattre à Rose si Dieu lui en accordait l'autorisation, et s'endormit paisiblement dans le Seigneur.
Quelque temps après, le père de Loaysa parla du défunt à Rose; elle lui dit, avec l'expression angélique qui illuminait habituellement son visage : a Son Âme jouit de la paix éternelle, elle n'a plus besoin de notre assistance ^ »
De semblables traits de zèle et de charité se produisaient journellement dans la vie de notre sainte, et ses historiens disent, en terminant ce récit, qu'on ne finirait jamais si l'on voulait tout raconter.
^BoUand., /. c, ch.xxii, p. 960etsuiv. — Gonzalez, op./., ch. XVI, p. 60 et suiv, — Ott, ch. xxn, p. 16S et suîv.