CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
» dans le couvent de Sainte-Catherine à Lima, renonwceront au monde, crucifieront leur chair pour Ta- » mour de Jésus-Christ et arriveront au ciel par la » voie royale de la croix. »
Quelque temps après, notre chère sainte, étant ravie en extase, se vit transportée au milieu d'une magnifique campagne couverte avec profusion de roses de couleur pourpre et de lis argentés. La vue de ces fleurs charmantes la remplit de joie; son contentement augmenta encore lorsque la voix qui se faisait enten* dre à son cœur lui eut dit que roses, et lis étaient destinés à former une couronne à son céleste Époux. Elle se mil en devoir de la tresser elle-même, puis elle la plaça sur la tête de Jésus, qui lui parlait, et il voulut bien lui témoigner qu'il agréait cette offrande. Cepeixdant une pensée troubla la satisfaction de Rose, ces belles fleurs croissaient en un lieu ouvert à tout venant et pouvaient être écrasées ou souillées par des animaux malfaisants. Il lui fut révélé alors qu'un temps viendrait où elles seraient toutes transplantées dans le jardin bien fermé de sainte Catherine de Sienne et à Tabri des périls du monde. La voix lui dit encore : « Les roses et les lis représentent les âmes » pures qui vivent aujourd'hui dispersées dans la capi- » laie du Pérou ; lorsque le moment fixé par les décrets » éternels arrivera , elles se réuniront dans un monas- » tère et ne courront plus aucun danger; elles sont » destinées à former, dans les célestes demeures, une » couronne immortelle au Fiancé des cœurs chastes. » Toutes les fois que Rose eut occasion de parler de cette
aimable vision, elle ne manquait pas de dire qu'un grand nombre de vierges peupleraient le monastère de Sainte- Catherine et y vivraient dans la pratique de toutes tes vertus*.
Le père dominicain Louis de Bilbao refusait de croire à la fondation de ce couvent, bien qu'il tint Rose en singulière estime et qu'habituellement ses paroles loi inspirassent une très-grande confiance. Tout, en effet , semblait indiquer que jamais cette œuvre ne réussirait. Le gouvernement de )a mère patrie, loin d'y donner son assentimejit, venait de répondre par un refus à la demande qui lui avait été adressée à ce sujet, décia* rant que Lima ^ qui ne comptait guère plus d'un demisiècle d'existence, renfermait dans son enceinte un nombre plus que suffisant de monastères. Lorsque le père exprima son doute à notre sainte , elle lui dit avec son calme habituel * : « Vous refusez de me croire, mon » révérend père , et cependant je vous affirme que vous » verrez le couvent de Sainte-Catherine à Lima; quels »quo soient les obstacles, que le gouvernement s*y «oppose, que le monde s'y refuse, que la malice du » démon suscite des difficultés en apparence insur- » montables, le monastère sera bâti et deviendra Tun » des plus florissants de notre ordre. Mais il y a plus » encore, le Seigneur vous a prédestiné à célébrer vie saint sacrifice de la messe en honneur de la îipose de la première pierre de cette sainte maison.
* Bolland.,'' Z. c, ch. xv, p. 970 et suiv. — Gonzalez ^ ch. XVIII, p. 68 et suiv. — Ott, ch. xv, p. 193 et suiv.