CHAPITRE DIX--SEPTIÈME
^ Lorsque ces choses arriveront, vous vous rappellerez » qu'elles vous ont été prédites par la misérable péche- » resse que vous écoutez* »
Un jour aussi Rose parlait avec enthousiasme à ses commensaux de l'éminen te sainteté de sainte Catherine,- Dans le cours de la conversation elle fit mention du couvent qui serait érigé à Lima sous l'invocation de cette sainte. Elle ajouta qu'elle ne le verrait pas ellemême y mais que tous ceux qui l'entouraient auraient cette consolation. Les personnes qui l'entendaient se mirentà rire, l'une d'elles dit même que l'enthousiasme de Rose pourra chère maîtresse la faisait divaguer. Mais Rose était trop sûre de ce qu'elle afiirmait pour qu'un doute pût pénétrer dans son esprit. S'emparant d'un crayon et d'une feuille de papier, elle traça à la hâte le plan du futur monastère, indiqua son enceinte, l'église, les dortoirs, les jardins, n'oubliant aucun détail et regrettant seulement de ne pouvoir dessiner les choses aussi exactement qu'elle les voyait ^
Sur ces entrefaites, Marie de Flores entra dans la pièce. Elle savait que les gens les mieux informés considéraient la constraction de la maison de Sainte-Catherine comme impossible, que les de la Massa et les confesseurs de Rose s'étaient efforcés de démontrer à notre sainte que cette maison n'existerait jamais que dans son imagination, et qu'en en parlant elle se rendait ridicule et risquait de se faire passer pour une visionnaire. Marie se fâcha quand elle entendit ce dont il
^ Bolland., /. c, ch. xv, p. 970 et suiv. — jGonzalez, ch. XVIII, p. 68 et suiv. — Ott, ch. xxv, p. 193 et suiv.
s'agissait. « Rose, s'écria-f-elle, vous persistez dans » votre entêtement contre l'avis de tout le monde , je » vous prédis à mon tour que vous serez décriée et «montrée au doigt comme fausse prophétesse; car, » sachez-le bien, le couvent de Sainte -Catherine sera » bâti plutôt dans l'autre monde qu'à Lima ^ ))
Rose reçut tranquillement cette réprimande et répondit : « Ma mère bien-aimée, ce sujet vous irrite , je vous » en parle donc pour la dernière fois; cependant je dois » vous dire encore que vous reconnaîtrez un jour, à » votre grande joie et consolation, qu'il vous est dur de » regimber contre l'aiguillon. Vous serez une des pre- » mières à prendre l'habit religieux et à prononcer des )) vœux dans le monastère dont je vous annonce la fon- » dation; et vous y finirez saintement vos jours dans » le calme et la retraite. »
A ces mots l'exaspération de Marie de Flores augmenta, a Comment, s'écria-t-elle *, vous osez dire que » je serai religieuse, moi qui n'ai pas l'ombre de voca- » lion pour cet état, moi qui ne sais ni chanter, ni psal- M modier, moi élevée pour le monde et chargée d'en- » fants! A mon âge je prendrais le voile et j'entrerais » dans un ordre aussi sévère? Qui donc payera ma dot ? » Rose , ne vous avisez plus de parler de la sorte et » n'oubliez pas qu'une fille ne doit pas se moquer de » sa mère. »
Rose ne répliqua plus, mais à quelque temps de là
* Bolland., /. c, ch. xv, p. 970 et suiv. — Gonzalez, ch. xvïii, p. 68 et suiv. — Ott, ch. xv, p. 193 et suiv. ' Ibid,