CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
elle eut une nouvelle révélation relative au couvent de Sainte-Catherine; nous devons en rendre compte maintenant'.
Isabelle de Mexia, dame de haute condition, avait une servante, appelée Marianne, dangereusement malade. Notre sainte, toujours charitable, prodiguait ses soins à la pauvre infirme. Beaucoup de dames de Lima fréquentaient la maison d'Isabelle, tant pour la voir elle-même qu'afin d'avoir l'occasion de rencontrer Rose. De leur nombre se trouva un jour Lucie Guerra de la Daga, femme de noble origine et très-riche. Elle fut fort touchée de la charité de Rose, la prit au moment même en très-grande affection et se recommanda à ses prières en lui demandant de penser plus particulièrement à elle certain jour de la semaine. Rose, intérieurement avertie, lui dit en toute simplicité qu'elle ne l'oublierait pas devant Dieu. La dame de la Daga se retira très-satisfaite de cette assurance. Mais la vue et les paroles de notre sainte avaient produit sur elle une impression si extraordinaire qu'elle eh resta constamment préoccupée et éprouva le vif désir de se retrouver en sa compagnie. Elle en eut bientôt l'occasion. Son mari et l'une de ses filles étant tombés malades, elle se rendit chez Rose afin de lui demander d'intercéder pour eux auprès du Seigneur. Notre sainte lui fit le plus affectueux accueil, et, sans dire un mot à Lucie de ses malades, elle se sentit irrésistiblement poussée à lui promettre de l'associer désormais à toutes
* Bolland., /. c, ch. xxv, p. 970 et suiv. — Gonzalez, ch. xviii, p. 68 et suiv. — Ott, ch. xxv, p. 193 et suiv.
ses œuvres. Après avoir formulé cette promesse, Rose leva les yeux, qu'elle tenait habituellement baissés, fixa un long et profond regard sur l'étrangère, la serra, l'embrassa à plusieurs reprises, et s'écria avec un mouvement de joie tout céleste : u Courage, ma mère bien- » aimée, le Seigneur vous destine à accomplir une )) grande et noble œuvre 1 b
Dès que Rose eut prononcé ces mots, Lucie sentit qu'un changement complet venait de s'opérer dans son intérieur; Tesprit de notre sainte avait passé dans le sien, une ardeur jusqu'alors inconnue pénétrait dans les dernières profondeurs de son àme, des pensées nouvelles l'occupaient, le dégoût des choses de la terre s'emparait de son cœur, et pour ainsi dire ravie hors d'elle-même, elle dit à haute voix ces mots : Seigneur, que vouleZ'Vous que je fasse ^ ?
Lucie Guerra de la Daga fut constamment en colloque avec Notre-Seigneur tandis qu'elle r^agnait'sa demeure. — Mon Dieu, disait-elle, s'il entre dans votre sainte Volonté, comme il me semble le comprendre, que j'embrasse Tétat religieux, que je renonce au monde et à toutes choses, jne voici. Je m'offre à vous avec mon époux, avec mes enfants, avec tout ce que j'aime, avec tout ce que je possède*. Ces pensées ne la quittèrent plus, elle demeura convaincue que Jésus l'appelait à l'état religieux; -seulement elle ignorait comment cela se ferait, mais elle ne doutait pas que
* Bolland. . l. c, ch. xxv, p. 970 et suiv. — Gonzalez, ch. xviii, p. 68 et suiv. — Ott, cb. xxv, p. 193 et suiv.
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