CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
le Seigneur ne lui manifestât clairement ses intentions qujind il en serait temps.
Le lendemain du jour où avait eu lieu Tentrevue de Rose et Lucie , le père Jean de Villalobos, recteur du noviciat de la compagnie de Jésus à Lima, vint également à la maison d'Isabelle de Mexia. Il ne partageait pas l'incrédulité générale relativement à la fondation du couvent de Sainte-Catherine et en parla à Rose. Notre sainte lui dit, à ce propos, qu'elle avait vu la veille Lucie de la Ddga et lui* fit un grand éloge de cette dame, « qui, malgré sa jeunesse, avait la pruwdence, la sagesse et la maturité des matrones les »plus respectables ^ » Rose n'en dit pas davantage, mais le père Villalobos pénétra sa pensée et devina pourquoi elle lui parlait de Lucie à Toccasion du monastère dont la construction lui avait été révélée.
Les prédictions de la sainte se vérifièrent à la lettre peu d'années après son décès. Nous le disons ici pour n'avoir plus à revenir à ce sujet. Lucie de la Daga, qui s'adressait au père Villalobos pour la direction de sa conscience, lui déclara qu'elle se sentait irrésistiblement poussée à fonder un couvent sous Tinvocation de la grande sainte italienne, et qu'elle était décidée à ne pas résister à l'appel d'en haut. Le père, se souvenant des paroles de Rose, confirma Lucie dans son dessein et ajouta que la protection de celle qui avait été ici-bas la parfaite imitatrice de Catherine, et qui maintenant régnait au ciel, ne lui manquerait pas.
* BoHand., /. c, ch. xxv, p. 970 et suiv. — Gonzalez, ch. xvm, p. 68 et suiv. — Ott, eh. xxv, p. 193 et suiv.
^ Bientôt après , Dieu écarta tous les obstacles qui auraient pu arrêter Lucie : elle perdit en très-peu de temps son époux et ses cinq enfants, et si elle ploya un instant sous le poids de cette immense douleur, elle ne larda pas à se relever avec une virile énergie, et, semblable aux chrétiens des premiers siècles, elle offrit courageusement son complet sacrifice au Seigneur. Comme elle était encore jeune , belle et puissamment riche, sa famille voulut lui faire contracter un second mariage; elle s'y refusa et répondit qu'ayant fait l'abandon de sa fortune à Dieu, elle la consacrerait, sans rien se réserver, à fonder et à doter un monastère placé sous l'invocation de sainte Catherine de Sienne.
Presque en même temps l'autorisation du gouvernement arriva, et on posa la première pierre de l'édifice ; Lucie demanda au père Louis de Bilbao d'offrir le saint sacrifice à cette occasion. Après la célébration de la messe, le père prit la parole et raconta à l'assistance ce que Rose lui avait prédit; jusqu'alors il avait observé à ce sujet le plus religieux secret.
Le couvent fut bâti conformément au plan que notre sainte en avait tracé , bien que ni Lucie ni les architectes ne connussent ce dessin. Lorsque les constructions furent achevées, en 1622, la dame Guerra de la Daga prit elle-même l'habit de saint Dominique sous le nom de Lucie de la très-sainte Trinité, et elle devint la première supérieure de la maison. Elle la dirigea admirablement pendant de longues années ; l'esprit de Rose semblait l'animer, et, après avoir été sa vie