CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
rine, et ayant besoin de soie, elle pria Philippa de Montoya , Tune de ses compagnes, d'en aller quérir dans la pièce voisine où se trouvait la sainte image. Au moment où Philippa entra dans la chambre, elle appela Rose, la voix tremblante d'émotion. Des flots d^une éblouissante lumière entouraient la statue, qui semblait animée. «Vous voyez, chère sœur, dit alors Rose, que notre sainte mère agrée notre travail \ »
Rose désirait placer dans la main de sainte Catherine un bel œillet fraichement épanoui. Mais le mois de mai commençait^, et en cette saison les œillets ne fleurissent pas au Pérou. Néanmoins, Rose alla, avec quelquesunes de ses compagnes, voir si elle ne trouverait pas dans son petit jardin la fleur qu'elle souhaitait. On chercha en vain; notre sainte ne perdit pas conrage, et indiquant de la main un faible rameau de la plante, elle dit* : « Le Seigneur nous exaucera : cette nuit il «fera nattre sur cette branche trois beaux œillets en » l'honneur de la sainte Trinité. » Les personnes présentes sourirent de la simplicité de Rose et n'ajoutèrent pas foi à ses paroles. Le jour suivant elles revinrentde très-bonne heure a la maison Flores pour mettre la dernière main à la décoration de la statue. Rose les pria d'aller cueillir les trois œillets de son jardin , au nom de la très-sainte Trinité, et de les lui porter. Mais
^ Bolland., /. c, ch. xx, p. 954 et soiv. — Gonzalez, eh. xiv, p. 55, 56. — Ott, ch. XX, p. 152 et suiv.
' Ce mois est le plus rigoureux de l'hiver du Pérou.
• Bolland., /. c, ch. xx, p. 954 et soiv. — Gonzalez, ch. xiv, p. 55, 56. — Ott, ch. XX, p. 152 et suiv.
Tune de ses amies lui dit : « Chère Rose, avez-vous oublié que dous les avons vainement cherchés hier et que nous ne sommes pas au temps des œillets? — Peu importe 9 répliqua la sainte du ton de la plus intime conviction, allez-y toujours; car celui qui a fait fleurir la -verge d'Aaron a écouté notre prière. » La compagne de Rose céda, bien qu'encore un peu incrédule. Elle trouva, au rameau que Rose avait désigné la veille, trois magnifiques œillets des plus brillantes couleurs, de la senteur la plus exquise. Les autres femmes prièrent la sainte de leur pardonner leurs doutes, et on remarqua qu'à partir de ce temps le jardin de Rose ne resta jamais un seul jour, quelque temps qu'il fît, sans œillets épanouis ^
Une autre fois encore, Rose, occupée des apprêts de la fête, demanda à Marie-Euphémie de Pareias, jeune veuve de très-sainte vie, de l'aider à orner la statue. Euphémie vint, quoique fort inquiète de Françoise, la nourrice du cadet de ses enfants; cette femme était dangereusement malade, les médecins l'avaient séparée de son nourrisson, et ce dernier en pâtissait beaucoup. Lorsque la sainte image fut prête, Rose dit à ses compagnes : « Reposez-vous maintenant, mes amies, et faites une agréable promenade. » La veuve Pareias lui répondit avec un soupir : « Je suis trop tourmentée pour pouvoir songera me divertir, mais. Rose, je suis sûre qu'en priant pour moi vous me tireriez de peine. » Notre sainte, s'agenouillant alors
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