‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 200 sur 244 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

» OU vous a-l-il toujours été facile de rassembler vos w facultés ?»

{( Jusqu'à rage de douze ans, répliqua la sainte, j'ai » éprouvé parfois des difficultés, et il m'a fallu lutter » en certaines occasions avec le sommeil et la distrac- » tion, mais cela ne durait guère; habituellement je » priais le cœur tranquille. Après avoir atteint ma » douzième année j'ai prié beaucoup plus facilement ; )) dès que je commençais mon oraison je sentais que M Dieu attirait irrésistiblement à lui toutes les puis- » sancesde mon âme. A partir de ce temps, ma raison, » ma mémoire et ma volonté ont été tellement en- » chaînées et absorbées par la contemplation pendant )) mes oraisons, que toujours les sens extérieurs ont » été comme anéantis et incapables d'arracher l'âme » aux douceurs de Tamour divin et au charme inex- » primable de la présence du Seigneur. »

(c Faut-il, dit alors Castillo, que durant ôetle déli- » cieuse contemplation vous usiez de quelque violence » envers les sens pour les tenir dans leur anéantisse- » ment? sont-ils disposés ou non à la révolte, et êtes- » vous obligée de faire quelque effort pour vous main- » tenir à la hauteur de votre oraison? »

« Pendant l'oraison, répondit Rose, je n'ai aucun » effort à faire; je ne connais pas la peine, car les » puissances de l'âme , attirées par un pouvoir supé- » rieur comme le fer l'est par l'aimant , vont s'abîmer » dans leur centre; tout cela est accompagné d'une » douceur dont aucune expression ni comparaison ne » saurait donnerd'idée. Les flammes du plus ardent

» amour remplissent mon cœur, je ne découvre, je ne » vois, je ne sons dans tout mon être que la présence )) de Dieu, et j'ai la certitude la plus complète, la plus )) inébranlable de cette adorable présence \ »

« Avez-vous jamais lu des livres de théologie mys- » tique qui traitent de ce genre d'oraison? » lui demanda le docteur. — « Je n'ai lu aucun de ces livres, )) Fut la réponse de Rose, je n'ai eu d'autre maître que » l'expérience, voilà peut- être pourquoi je ne sau- » rais vous faire connaître, comme je le voudrais, les » secrets de mon cœur. »

Après que notre sainte eut prononcé ces paroles, Gastillo lui expliqua théoiogiquementce qui se passait dans son intérieur et ce que Ton entend par oraison d'union, a Les facultés humaines, lui dit-il, n'arrivent » pas à ce genre d'oraison par leurs propres efforts, » Dieu lui-même y élève Tâme; dans cet état l'âme est )) d'atordcomplétement dépouillée de ce qui rappelle M les choses terrestres, elle est ensuite remplie par le )) Seigneur d'une lumière toute céleste, il allume dans » le cœur la pure ûamme de son amour et donne à sa » créature comme un avant-goût des joies et de la » gloire éternelles^. »

Gastillo continua longtemps ses explications, ajoutent les biographes; Rose saisit parfaitement le sens de ses paroles; il en résulta qu'elle put désormais faire connaître plus facilement son état intérieur à ses confesseurs.

* Ap. Rolland., /, c.

a Ibid.

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