‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 201 sur 244 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

Passant ensuite à la voie purgative, le docteur voulut savoir si Rose avait dû lutter longtemps coatre les tentations, les appétits de la nature corrompue et les exigences de T amour-propre. « J'ai à peine souvenance d'une lutte de ce genre, répondit la sainte, car, par la grâce de Dieu, j'ai éprouvé depuis mon enfance Tamour inné de ce qui est bien ; dès que j'ai connu le Seigneur, j'ai été armée de la crainte et de l'horreur du péché, et lorsque inopinément un léger conflit tentait de s'élever dans mon intérieur, il me sufîisait de penser à la présence de Dieu pour le calmer à l'instant ^ . »

« Lorsque vous voulez accorder quelque repos à votre esprit fatigué par la contemplation, dit le docteur, et vous donner un plaisir permis, quel est le genre de satisfaction que vous procurent les créatures? — Rien de créé, répliqua Rose, ne saurait me donner de joie ou de consolation, je ne connais qu'une seule Joie, c'est celle que me procure la présence de Dieu dans mon âme. Jamais la contemplation ne me fatigue; en être privée me semblerait un enfer ^, a

Mais on n'arrive à l'éminent degré de perfection qu'expriment les paroles de Rose que par les peines et les tribulations; c'est pourquoi le docteur lui demanda si elle n'avait pas eu à subir des persécutions et des chagrins. Rose répondit affirmativement; elle se borna toutefois à dire que son genre de vie lui avait attiré des désagréments; par respect pour sa

* Ap. Bolland., Le.

^ Ibid.

mère présente, elle n'en voulut pas dire davantage, et elle passa immédiatement à Tabandon et à Tinexpri^ mable désolation intérieure auxquels elle se trouvait journellement livrée. Elle pria le docteur de vouloir bien lui faire connaître les causes et les effets de ce douloureux état. Castillo se rendit à son désir. «Lorsqu'au milieu de votre obscurcissement vous conservez Tespoirde voir finir votre peine, lui dit-il, vous endurez les tourments du purgatoire; quand, au contraire, il vous semble que cet état durera éternellement, vous subissez les horreurs de l'enfer. L'âme apprend à se connaître dans les tourments de ce genre; les alternatives de ténèbres et de lumière lui enseignent : d'une part, ce qu'elle est par elle-même; de l'autre, ce qu'elle tient de Dieu. Elle reste ainsi dans l'équilibre et ne court pas le risque de perdre l'humilité. La nuit qui l'enveloppe parfois l'empêche de sortir de son néant et de s'exalter par l'orgueil, en considérant comme étant sa propriété ce qui n'est qu'un don gratuit du Seigneur. Elle est maintenue de la sorte dans une crainte salutaire, et elle apprécie bien mieux l'infinie condescendance du Très-Haut lorsque, venant la visiter, il fait succéder la douce lumière de sa présence à la nuit affreuse de l'abandon. Il faut, d'ailleurs, que l'on soit purifié dans cette fournaise; que l'amour y soit rendu assez fort et assez détaché de toutes choses pour aimer le Seigneur pour luimême et non pas à cause de ses dons. Plusieurs saints, parmi les plus chers à Dieu , ont éprouvé des afflictions semblables; eux aussi ont crié vers lui afin

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