CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
d'être délivrés de ces tourments et de ces terreurs; le roi prophète ne dit-il pas : Mes larmes me tiennent lieu de nourriture jour et nuitj pendant qu'on m'insulte en me disant à toute heure : Où est votre Dieu? (Ps. xli) et : Je passe la nuit sans sommeil; je me trouve comme un passereau solitaire sur un toit. (Ps. ci.) »
Castillo, ayant terminé cette explication, demanda à Rose ce qu'elle éprouvait lorsque les heures d'obscurcissement finissaient. Â cette question , la sainte pâlit et fut incapable de proférer une parole, car elle sentait qu'elle avait beaucoup à dire, mais que les expressions lui manquaient. Le docteur l'engagea doucement à avoir bon courage , mais elle resta muette.
Prenant alors un ton sévère, l'examinateur lui dit ' : a N'oubliez pas. Rose, qu'il s'agit ici de votre conscience; il importe donc de tout dire; si dans cet examen vous celez quelque chose, vous agissez contre la grâce divine; il faut que vous répondiez explicitement à toutes mes questions, autrement nous ne nous entendrons jamais. » L'humble sainte, effrayée de ce reproche , prit la parole et dit : w Pardonnez-moi si je ne parviens pas à m'expliquer aussi clairement que je le désire. )> Puis, s'étant recueillie un moment, elle ajouta : « Après être demeurée plus ou moins longtemps dans l'abandon, gémissante, fondant en larmes, et en quelque sorte enveloppée de ténèbres palpables, je me sens transportée tout à coup dans le plein jour de l'union la plus intime avec le céleste
* Ap. Bolland., /. c.
Époux de mon àrne, et je me retrouve là d'où je me croyais bannie à jamais. Je sens la source de l'amour s'épancher en moi avec une violence et une abondance telles, que je ne puis comparer ce qui se passe dans mon intérieur qu'à un torrent qui, après avoir rompu ses digues et renversé tous les obstacles, s'élancerait avec une impétuosité sans égale du haut des montagnes, à travers les rochers. Bientôt après, je suis comme rafraîchie par une brise céleste chargée de senteurs exquises, et mon àme est plongée dans l'immense océan de la bonté divine; elle se trouve transfigurée, changée en quelque sorte en l'objet de son amour et toute perdue en lui. » Après avoir prononcé ces paroles. Rose, livrée à un sentiment d'effroi surnaturel, se tut un instant, puis elle ajouta^ : « Pendant cette union intime avec le Seigneur, il me semble que je suis fondée à jamais en lui, complètement et inébranlablement sûre de son amitié, et je sens que je ne perdrai jamais sa grâce ; je dis alors avec l'Apôtre : « Je suis assurée » que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les princi- » pautés, ni les puissances, ni les choses présentes, » ni les futures, ni la violence, ni tout ce qu'il y a de )) plus haut ou de plus profond, ni aucune autre créa^ » ture, ne pourra jamais me séparer de l'amour de » Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur. » (Rom., yiii, 38, 39.)
Après avoir répondu ainsi, Rose déclara que jamais elle n'avait révélé ces choses à des oreilles humaines,
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