CHAPITRE DIXNEUVIÈME
et qu'en cette occasion encore elle n'en aurait point parlé si elle n'y eût été forcée. « Pardonnez -moi, ajouta-t-elle, si la crainte ou Finexpérience m*ont fait commettre quelque faute. »CaslilIo, plein d'admiration- pour une si grande humilité et une obéissance si enfantine, engagea doucement notre sainte à continuer son récit. Le visage couvert de la plus modeste rougeur, elle poursuivit dans les termes suivants ' ; « Après le martyre des heures d'obscurcissement, je vois véritablement la très-sainte humanité de Notre- Seigneur; tantôt elle m'apparatt sons la figure d'un charmant enfant, tantôt sous l'apparence d'un homme jeune et de la plus incomparable majesté. Très-souvent aussi je vois la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu; elle est plus belle qu'on ne le saurait dire, et son noble visage a l'expression la plus douce et la plus aimable \ »
« Ces apparitions, demanda le docteur, consistentelles en la représentation extérieure d'une forme corporelle ou en une illumination intérieure? durentelles longtemps ou sont-elles passagères? les voyez vous face à face ou dans une sorte de lointain ? — J'ai peine à m'expliquer, répondit Rose; les mots me font défaut. » Après quelque réflexion, elle dit : « La glorieuse humanité de Jésus m'est montrée clairement, mais comme au passage; elle s'avance vers moi, puis elle s'éloigne de nouveau. Il en est ainsi de certaines étoiles du firmament qu'on croit voir se rapprocher
*■ Ap. BoUand., /. c.
2 Ibid.
iOO SAINTE ROSE DE LIMA.
peu à peu pour disparaitre ensuite. Loi*sque je vois Notre-Seigneur autrement que sous la figure d'un enfant y il ne se montre à moi qu'en buste et se borne à passer. Je vois plus complètement et plus longtemps la glorieuse Mère de Dieu \ ^)
Castillo conclut de cette réponse de Rose que ses visions consistaient en représentations de formes corporelles. Il voulut aussi qu'elle lui fit connaître com* ment elle voyait et comprenait la Divinité lorsqu'elle se trouvait en sa présence. « Cette question est fort » ardue, lui dit notre sainte , il me sera plus difficile » çncore d'y répondre qu'à celle qui l'a précédée. Dieu » est la lumière, mais la lumière sans forme, sans me- » sure, ni limites, la lumière une, parfaitement pure » et invariable qui remplit toutes choses de son éclat, )} qui est et qui sera, qui est la même en tous lieux, la )) lumière dont la moindre étincelle surpasse en exceU » lence les créatures les plus parfaites, la lumière qui » malgré son immensité peut trouver à se loger dans » nos âmes et y produire les effets les plus mer- » veilleux. »
(( Et quels sont ces effets? » dit alors le docteur.
« Ils sont multiples, répliqua Rose, mais je crois » pouvoir les expliquer en peu de mots; les voici : » une joie pure et parfaite surpassant toutes les joies » réunies de la terre, — la parenté avec le Seigneur, » — le renouvellement du vieil homme, — l'attrait » puissant et constant pour tout ce qui est bien ! »
* Ap. Rolland., /. c.