CHAPITRE VINGT ET UNIÈME
Tous les assistants reconnurent qu'une enquête sérieuse était nécessaire en présence d'un fait aussi extraordinaire. On fit venir d'abord Medorio, artiste italien auteur du tableau , pour lui demander si cette transpiration pouvait s'expliquer naturellement et si les couleurs employées produisaient quelquefois un semblable effet. Le peintre examina la sueur, la frîc^ tionna, la goâta pour voir si elle avait l'apparence ou les qualités de l'huile, et déclara que ce que l'on voyait était surnaturel et absolument inexplicable ^ Gonzalve, après avoir reçu cette réponse , envoya au collège des jésuites et fit prier deux des pères de la compagnie de passer chez lui, sans toutefois leur dire pourquoi. Les pères Diego Pennalosa et François Lopez se rendirent à son appel. Après avoir longtemps considéré le phénomène , ils essuyèrent le tableau avec une éponge; mais, à mesure qu'ils l'e&h suyaient, les perles liquides reparaissaient; ils en recueillirent plusieurs sur une feuille de papier, a&a de voir si en séchant elles déposeraient une tache huileuse; mais elles disparurent sans laisser la moindre trace. Le miracle dura quatre heures, à l'inexprimable stupéfaction de ceux qui en furent les témoins '. Le tableau, loin de se détériorer, gagnait en beauté, et son coloris avait pris un admirable éclat.
. * BoUand., /. c, ch. xviu, p. 948 et suiv. — Ott, op. e., ch. XVIII, p. 1 37 et suîv.
' Toatefois, il ne cessa pas entâèrem^t, car après bien des années encore on voyait parfois des cottes de sueur dans ia barbe de la sainte face. (Ibid.)
On s'adressa alors à Tautorité ecclésiastique, afin qu'elle examinât et constatât le fait. L'archevêque de Lima députa à cet effet le docteur Jean de la Rocca, archidiacre et curé de la cathédrale, et Jacques Blanca, prêtre et notaire apostolique. Ces deux ecclésiastiques interrogèrent ceux qui avaient été témoins du miracle et mirent par écrit leurs dépositions.
Cependant le receveur des domaines et sa femme étaient livrés à une profonde inquiétude. Ils craignaient que la merveilleuse sueur ne fût une menace, et que quelque grand crime n'eût été commis en secret dans leur maison; ils firent part de leui^ angoisses à Rose. Elle s'empressa de les rassurer. « Ce » miracle, leur dit-elle', a lieu afin de faire recon- » naître à chacun que notre divin Sauveur a soif de » l'amour des hommes. Jésus nous a dit, non pas de » la bouche , mais par tous les pores de son adorable » visage : Aimez Celui qui vous a tant aimés; rendez-lui w amour pour amour. »
Et en effet, tous ceux qui avaient vu suer l'image déclarèrent que, pendant qu'ils la contemplaient, ils s'étaient sentis saisis d'un immense désir 4'aimer Dieu*,
Un second miracle vint confirmer celui-ci.
Quelques jours auparavant. Rose avait fait une chute; elle s'était grièvement blessée au bras; les chirurgiens annonçaient qu'elle en perdrait complète-
* BoUand., /. c, ch. xvm, p. 948 et soiv. — Ott, op. c, eh. xvni, p. 137 et suiv.