CHAPITRE VINGT ET UNIÈME. 4t
ment l'usage , ou qu'au moins il resterait longtemps frappé de paralysie ^ Notre sainte, amie de la souffrance, ne s'en inquiéta guère. Cependant, après la mémorable séance à la chapelle, la pensée lui vint — sans doute inspirée de Dieu — qu'en appliquant sur son membre malade l'éponge dont on s'était servi pour essuyer la sueur de la samte face, elle guérirait. Elle communiqua son idée à Marie de la Massa; celleci voulut en faire de suite l'essai , mais Rose n'y consentit qu'après y avoir été autorisée par son confesseur. On lui plaça l'éponge sur le bras; elle se rendit à l'oratoire, y passa deux heures et en sortit guérie. — Questionnée à ce sujet par son amie, elle lui répondit * : « Dès que je me suis mise en prières » devant l'image de Notre-Seigneur, la douleur de » mon bras a cessé, l'enflure a disparu, et j'ai senti que » j'étais délivrée de mon mal. Mais je n'ai pas voulu » revenir auprès de vous avant d'avoir remercié mon » céleste médecin. » L'éponge ayant été enlevée, le bras se trouva parfaitement sain, et les gens de l'art reconnurent que cette guérison était au-dessus des forces habituelles de la nature.
Cependant le bruit se répandit à Lima que l'autorité ecclésiastique avait l'intention de faire enlever l'image miraculeuse de l'oratoire particulier de la famille de la Massa , pour l'exposer à la vénération des fidèles dans une des principales églises de la ville. Gonzalve, sa femme et ses enfants en furent d'autant plus affligés
* Bolland., /. c, ch. xvui, p. 958 et suiv. — Ott, op, c, eh. XVIII, p. 137 et suiv.
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i%% SAINTB ROSE DE LIMA.
que notre sainte leur avait dit depuis longtemps qu'ils devaient considérer la présence de cette image comme une source de bénédictions pour leur maison. Mais Rose, voyant leur chagrin, les consola et leur dit : « Soyez )» sans inquiétude, la sainte face vous restera ; le Sei- » gneur, en opérant ce miracle sous nos yeux, a prouvé » qu'il voulait demeurer au milieu de nous. D'ailleurs, » si on enlevait ce tableau à cause, de l'événement qui » vient de se passer, il faudrait enlever également tous » ceux qui décorent la chapelle, car tous ils sont les » canaux au moyen desquels le Tout-Puissant nous » accorde de très^randes grâces. »
Au nombre de ces tableaux, il y en avait un qui représentait Jésus enfant; il était placé au-dessus de l'autel. Rose l'aimait particulièrement; elle poussait des soupirs et versait de douces larmes en le contem* plant. Questionnée à ce sujet par réponse deGonzalve, elle s'écria avec un mouvement d'excessive tendresse^ : « J'éprouve la plus vive joie toutes les fois que je re- » garde cette peinture; tantôt l'Enfant divin me sourit A-aflectueusement, tantôt il me tend les bras, tantôt » enfin il me lance des dards enflammés qui pénètrent » au plus profond de mon cœur. Ah 1 ma chère mère, » aimez ce céleste Enfant, servez-le, honorez-le! il est » le Roi de gloire; il nous a comblés de grâces, et il » nous en accordera de plus grandes encore, si nous » nous efforçons de nous en rendre dignes. Gomment » se fait-il que si peu d'hommes aiment purement et
* Bolland., /. c, eh. xvni, p. 94S et suiv. — Ott, op. c, ch. XVIII, p. 137 et suiv.