CHAPITRE TROISIÈME
prêtres et des vierges du dieu de la lumière , et à la construction de ces magnifiques temples, de ces couvents lambrissés l'or et d'argent, dont nous aurons occasion de reparler.
Les biens de Tlnca étaient cultivés gratuitement par ses sujets, et leur produit, déposé en tous lieux dans des magasins publics , suffisait aux dépenses de l'administration et du gouvernement, car le sou* verain ne prélevait aucun impôt.
Les terres du peuple, plus étendues que celles de la divinité et du prince, servaient aux besoins de la nation. Ces terres n'étaient ni luie propriété ni un héritage, la communauté les possédait; leur partage se faisait régulièrement tous les ans et se réglait avec la plus rigoureuse équité sur le nombre des tètes qui composaient chaque famille. On les cultivait sous la surveillance d'un officier nommé à cet effet, et au son d'instruments destinés à soutenir l'ardeur des travailleurs.
Robertson dit à propos de cette organisation qu'elle devait nécessairement faire comprendre a chaque membre de ia société péruvienne l'utilité du lien qui l'unissait à ses concitoyens, le besoin qu'il avait de leur assistance, et faire de cette société une grande famille parfaitement unie, douée de vertus douces, aimables et inconnues aux autres nations américaines^
Il y a du vrai dans l'observation de l'historien anglais, parce qu'elle s'applique à un peuple queManco- Capac avait trouvé à l'état sauvage, et qui n'était
pas destiné à s'élever plus haut qu'une demi-civilisation; mais il n'en est pas moins certain que cette absence de propriété personnelle, qui réalise en partie les folles rêveries des communistes et des fouriéristes modernes, devait maintenir les Péruviens dans une médiocrité intellectuelle et morale, dans une sorte d'enfance perpétuelle, et détruire en eux toute initiative, toute spontanéité, tout élan du génie. Ayant leur petite existence quotidienne assurée, le désir du progrès, des inventions utiles, ce ressort, en un mot, qui fait arriver aux grandes choses ne les troubla guère. ,
II est même fort étonnant que l'agriculture ait prospéré au Pérou, pendant plusieurs siècles, sur la base si fragile de la possession amovible. Cela s'explique cependant. Lesincas, ne connaissant pas l'usage des impôts et n'ayant que les denrées en nature pour subvenir aux besoins du gouvernement, cherchèrent nécessairement à les multiplier en faisant arriver les eaux partout où il en était besoin, au moyen de canaux, d'aqueducs, etc.; le corps sacerdotal, les employés de l'État, les administrateurs inférieurs de toute condition, qui ne recevaient pour subsister et soutenir leur rang que les fruits de la terre, avaient le même intérêt que le souverain à ce qu'elle fût bien cultivée. Or, le patrimoine du prince et les biens -du soleil se trouvaient si confusément mêlés à ceux du peuple, qu'on ne pouvait pas fertiliser et entretenir les uns sans fertiliser et entretenir également les autres. D'ailleurs, l'arrosement était obligatoire; lors-