‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 23 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME. ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. ii

qu'un citoyen négligeait ce soin indispensable à la prospérité générale, on le fouettait publiquement, on le déclarait lâche et fainéant; la honte dont on le couvrait rejaillissait sur sa famille. Tous les auteurs européens qui ont visité le Pérou s'accordent à parler avec admiration des magnifiques travaux, que les indigènes ont exécutés, avec une entente parfaite du niveau, pour irriguer le pays: M. d'Orbigny, entre autres, déclare qu'il leur a fallu lutter avec des difficultés inouïes, et qu'elles ont été heureusèment vaincues. Dans les localités où l'eau était rare , on réglait avec précision le mode de l'arrosage, chaque cultivateur avait son heure fixe et sa quantité d'eau strictement nécessaire, cette distribution se faisait avec la plus rare impartialité, on ne perdait pas une goutte du précieux élément. Mais Tarrosement ne suffit pas pour rendre les terres productives, le fumier est également indispensable. Les Péruviens y répandaient la fiente des oiseaux de mer qui fréquentent les ties situées le long de la côte. On prenait un soin tout particulier de ces volatiles, et il était défendu sous peine de mort de les tuer ou de mettre le pied dans les îles au temps de l'incubation. L'esprit qui présidait à la distribution des terres présidait également à celle des engrais. C'était encore du communisme. Les lies étaient divisées entre les différentes provinces; on entourait de clôtures les parties concédées, de manière que jamajs un département ne pût enlpiéter sur la concession du département voisin. Des officiers publics partageaient le

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fumier entre les divers membres d'une même com- ^ munautéy et y procédaient avec une rigoureuse justice. L'individu qui usait de fraude pour se faire donner, au détriment d'un autre, une portion d'engrais plus forte que celle qui lui revenait légalement encourait la peine de mort. On retrouve dans cette disposition Texcessive sévérité de la législation des Incas. Outre le guano, les Péruviens se servaient aussi , pour fumer leurs terres , de certains petits poissons dont les vagues couvraient, à époques fixes, les côtes de l'empire.

Nous devons dire encore que l'autorité, fidèle en tous points à son système, déterminait chaque année rétendue des terres qui devaient être mises en culture. Elle calculait les besoins de chacune des communautés de l'empire et donnait, en conséquence, des ordres auxquels personne n'eût osé contrevenir. Elle faisait* cultiver la quinua (pomme de terre) dans les régions élevées et froides; le maïs et la occa dans les contrées chaudes. La charrue étant inconnue, on se servait pour remuer le sol de certaines pelles en bois excessivement dur. Les Incas , voulant que l'agriculture fût honorée et considérée comme l'occupation la plus utilo et la plus digne de T homme, cultivaient de leurs mains un champ situé près de Cuzco. Garcilasso de la Yega nous apprend qu'ils appelaient ce travail notre triomphe sur la terre.

La répartition du bétail entre les membres des différentes communautés se faisait également par l'autorité ; des pasteurs publics , chargés du soin des trou-

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