CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
La sainte passa le 6 août , jour de la Transfiguration, non sur le Thabor, mais sur le Calvaire. Des souflrances naturelles vinrent s'ajouter à celles qu'elle éprouvait, comme pour lui donner roccasion d'exej'cer à un degré plus héroïque encore la verlu de patience, et afin de faire comprendre à ceux qui l'entouraient que sa mort ne pouvait plus être éloi* gnée \ D'abord le côté gauche de son corps fut paralysé, et elle ne put plus se servir que de la langue ; l'usage de ce dernier organe lui fut laissé afin qu'elle continu&t à publier les louanges de Dieu jusqu'à son dernier soupir. On employa différents moyens pour lutter contre la paralysie, ils n'eurent d'autre effet que d'augmenter les maux de Rose; elle devint inca* pable de faire le moindre mouvement sans assistance étrangère. Le 17 août, elle fut attaquée d'une péripneumonie, d'un asthme et d'une sciatique; puis vinrent des coliques affreuses, la goutte au pied droit, et enfin une fièvre inflammatoire ^. « Une semblable » chaleur était nécessaire , disent à ce propos les bio- D graphes, pour flétrir cette rose unique de son espèce, » et dont la floraison incomparable réjouissait les anges )) et les hommes 1 On ne comprend pas qu'elle ait pu » supporter aussi longtemps de semblables douleurs , » mais la meilleure manière de mourir pour Notre-
* BoUand., /. c^, cb. xxvii, p. 978 et suiv. — Gonzalez^ ôp. c, ch. xix, p. 73 et suiv. — Ott, cf. c,, ch. xxvii, p. 22% et suiv.
» Ibid.
» Seigneur consiste à mourir peu à peu, lentement et » avec pleine connaissance ! »
Au milieu de tant de souffrances affreuses, dont notre faiblesse s'épouvante. Rose se montrait sereine et parfaitement satisfaite.
Elle avait vu autrefois, dans la merveilleuse vision que nous avons rapportée, son Fiancé céleste déposer toutes ces douleurs dans l'un des plateaux de la balance, mais il avait placé aussi dans l'autre les grâces nécessaires pour les supporter et donné à l'humble vierge un avant-goùt de la gloire et des joies qu'il lui réservait pour l'éternité. Elle conservait, par conséquent, une confiance et un calme inaltérables; elle soupirait , mais sans se plaindre , et une fois même on l'entendit s'écrier' : a Seigneur, que votre » très-sainte volonté s'accomplisse en moi, chargez » de plus en plus le plateau de la balance, augmentez )) mes souffrances , mais daignez augmenter aussi ma » patience , ne me refusez pas votre assistance , car » sans vous je ne puis rien 1 » De temps en temps, elle était prise de violents crachements de sang, alors on l'entendait chanter d'une voix douce, mais très-affaiblie, la strophe suivante ' :
» Seigneur, ne me reprenez pas dans votre » colère, ne me châtiez pas dans votre fureur; la voix » de mon sang crie miséricorde ; c'est dans mon sang
* BoUand., /. c, ch. xxyii, p. 978 et saiv. — Gonzalez, op. c, ch, XIX, p. 78 et sulv. — Ott, op, c, ch. xxvii, p. 22t et suiv.