CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
joie intime, elle ne songeait plus à son corps et ne s^occupait que du soin de son Âme. Elle eut encore assez de force pour faire une confession générale de sa vie ; elle la fit avec une contrition parfaite et en répandant des torrents de larmes. On lui administra les derniers sacrements trois jours avant sa mort. Ix)rsqu'ellô apprit qu'on lui apportait le saint viatique, elle sembla reprendre à la vie; et incapable de contenir sa joie, elle tomba dans une profonde extase, pendant laquelle cependant, au grand étonnement des assistants, elle put répondre au prêtre qui lui présenfait la nainfe hostie. On croyait voir, disent les biographes, un brAtant séraphin prosterné devant le trône de Dieu. Lorsqu'elle eut reçu le corps du Seigneur, elle resta pâle et sans mouvement; son confesseur, le P. de lorenzana, fut obligé de la rappeler à elle-même pour s'assurar qu'elle l'avait avalé. Elle reçut l'extréme-onotion avec les plos vifs transports, comme si elle allait au triomphe et non à la mort, car elle était sûre de son salut éternel, ct'son Époux céleste lui avait révélé qu'elle n'aurait point à passer par les flammes du purgatoire '. Souvent elle récitait à voix parfaitement intelligible le symbole dès apôtres, et elle exprimait son bonheur d'être une enfant de la sainte Église catbbltquai dms laquelle elle avait vécu , dans laquelle elle voulait mourir. Elle se reconnut publiquement fille indigne île Tordre de Sainte-Dominique, et demanda qu'on plaçât devant elle son scapulaire blanc^ afin d'avoir toujours
* Boliand., /. r., ch. xxviii, p. 981 et suiv. — Gonzalez, op.c, /. c. ---Ott, op. c, ch. xxvui, p. 37 et suiv.
SOUS les yeux rétendard auquel elle avait juré de demeurer fidèle jusqu'au dernier soupir.
Le P. Barthélémy Marlinez, prieur du couvent de Sainte-Madeleine de Lima , et qui avait été pendant cinq années le directeur de Rose, étant venu la voir, elle le supplia de réciter à haute voix une prière pour tous ceux qui l'avaient offensée, et elle la répéta après lui avec l'expression de la plus tendre charité.
Elle fit venir ensuite la domesticité du receveur des domaines royaux, et bien que personne de la maison n'eût jamais eu à se plaindre d'elle, elle demanda pardon à chacun du mal ou du scandale qu'elle pourrait lui avoir causé. Rose dit aux assfstants qu'elle regrettait de demeurer encore deux jours à leur charge* et les pria de supporter cet ennui avec patience , afin de ne pas perdre la récompense que le Seigneur accorde toujours à l'exercice de cette vertu . Tous les témoins de cet acte d'humilité si profond et si vrai fondaient en larmes, car ils chérissaient Rose de Flores et ne pouvaient se consoler de la perdre.
Gonzalve de la Massa savait que notre sainte , en sa qualité de dominicaine , désirait être enterrée auprès des membres de l'ordre. Maïs il craignait qu'un conflit ne s'élevât à ce propos entre les dominicains et la paroisse; cependant il ne voulut pas découvrir sa perplexité à Rose, de peur d'effaroucher son humilité. L'idée lui vint alors de rédiger une pétition par laquelle la mourante demandait à être ensevelie chez les frères prêcheurs; elle la signa, croyant que la coutume exigeait cette formalité; du reste, elle no