‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 24 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

peaux de lamas ^ , d'alpacas et de vigognes, séparaient ces animaux par sexe et les traitaient avec la plus grande douceur.

D'après ce qui a été exposé ci-dessus, on devrait croire qu'au Pérou il ne pouvait y avoir qu'un mattre absolu et une plèbe, dont tous les membres étaient au même niveau. Cette situation semble une conséquence nécessaire de l'omnipotence exercée par le souverain, de Tabsence de la propriété personnelle et des tendances fraternelles de certaines lois; et cependant les habitants de l'empire formaient diverses castes très-distinctes, que nous allons décrire en peu de mots.

La plus infime, désignée sous le nom de yanaconasy quoique traitée avec bienveillance , ayant son pain quotidien toujours assuré et pourvue de tous les objets de première nécessité, se trouvait dans une condition voisine de la servitude. Les gens de cette classe exerçaient l'état de portefaix et étaient chargés des travaux les plus pénibles; leurs vêtements et leurs maisons affectaient une forme particulière.

Au-dessus d'eux venaient les hommes libres; ils constituaient une sorte de bourgeoisie, mais n'exerçaient aucune fonction publique et ne pouvaient être revêtus de dignités héréditaires.

Venait ensuite la classe noble ^ occupant les emplois civils et militaires. Cette classe avait adopté de la nation aymara la coutume de s'allonger le plus

- * Les lamas mâles étaient les seules bétes de somme employées au Pérou.

possible les oreilles. Cet usage constituait pour elle uii privilège honorifique et exclusif, qui lui lit donner par les Espagnols le nom d* oreillons (orejones); de longs bouts d*oreilles étaient au Pérou un titre de noblesse visible à tous les yeux, et qu'un individu d'une classe inférieure n'eût osé usurper sans encourir les sévérités de la loi.

Enfin la famille des Incas, ou des descendants du soleil, qui ne (arda pas à devenir très-nombreuse, composait une caste à part, ayant son langage à elle '« Fille du ciel, elle dominait de plus haut les orejones par la noblesse de la naissance et les privilèges qui y étaient attachés, que les orejones eux-mêmes ne dominaient les yanaconas. Il y avait un monde entre la lignée de Manco-Capac et le reste de la population. Un quartier était spécialement affecté, àCuzco, aux membres de cette race divine.

L'organisation sociale dont nous venons de tracer les traits les plus saillants, et que la tradition attribue au premier Inca, ne pouvait pas, nous le répétons, faire arriver à une civilisation complète la nation à laquelle elle s'appliquait. Toutefois elle constituait un immense progrès sur l'état antérieur des peuplades péruviennes, et elle se maintint invariablement sous les successeurs du fondateur de l'empire, parce que la douceur paternelle du gouvernement des Incas (douceur qui forme un si remarquable contraste avec la sévérité de la législation) fit chérir ces princes et

^ Ce langage, qai a entièrement disparu, était parlé et compris par les seuls Incas.

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