‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 230 sur 244 · CHAPITRE yiNGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE yiNGT-TROISIÈME

Cependant les corporations, les ordres religieux, le clergé, les membres du chapitre métropolitain, lesquels n'assistent habituellement qu'à Tenterrement des archevêques, s'étaient mis en marche, bannières déployées et revêtus de leurs plus somptueux ornements, quoique personne n'eût songé à les inviter à rendre dé semblables honneurs à Thumble vierge péruvienne. Bientôt on vit paraître le conseil royal, la noblesse et les autorités militaires. La bourgeoisie, et les chefs des artisans s'associèrent également à cette imposante manifestation \

Une heure avant l' Angélus du soir, la grande porte de l'hôtel du receveur des domaines s'ouvrit, et Ton ^vit paraître la civière sur laquelle Rose était étendue à visage découvert. Les membres du grand chapitre demandèrent à être admis les premiers à l'honneur de porter le corps; ceux de l'audience royale leur succédèrent, et après eux les chefs des ordres religieux eurent leur tour. La garde du vice-roi accompagna la civière , pour faire faire place au cortège et pour protéger les restes de Rose, car beaucoup de gens cherchaient à s'emparer des fleurs et des divers ornements dont ils étaient couverts, afin de les conserver comme autant de précieuses reliques. C'était une marche triomphale, bien plutôt qu'un convoi funèbre ; de tous côtés on entendait résonner le cri enthousiaste : « Voyez , voyez notre sainte ! »

' Bolland., /. c, Gloria poslhuma, ch. i, p. 984 etsuiv. — - Gonzalez, op. c, ch. xx, p. 78 et suiv. — Ott, op. c, ch. xxix, p. 237 et suiv.

Arrivé au seuil de Féglîse des dominicains, que Rose avait si souvent franchi, on déposa la civière pour asperger le corps d'eau bénite. Le peuple put voir alors le visage, qu'encadrait un léger voile blanc. Cet admirable visage était si souriant, si coloré, et d'une si parfaite beauté qu'un grand nombre de voix s'écrièrent : « Cette fille n'est pas morte; elle n'est » qu'endormie* 1 »

Bientôt on transporta les restes de Rose dans la chapelle du Rosaire, et on les plaça sur un catafalque. Alors un touchant miracle se manifesta à tous les regards; l'image de Marie, aux pieds de laquelle Rose avait si souvent prié, sembla s'animer : des flots de lumière l'entouraient, et les yeux de la Reine du ciel se fixèrent avec une ineffable expression d'amour sur les restes de sa fidèle servante. A cette vue un immense cri de joie et de reconnaissance s'échappa de toutes les poitrines, et la chapelle ne fut plus assez vaste pour contenir ceux qui voulaient y pénétrer.

Le corps demeura exposé et confié à la vigilance des père» les plus anciens de la maison. Pendant la célébration solennelle des obsèques, un grand nombre de malades, d'estropiés et de gens affligés de maux divers purent toucher les restes de la sainte, avec l'aide des religieux, et obtinrent la guérison radicale et instantanée de leurs soufiVances. Ces miracles donnèrent une impulsion plus vive encore à Tenthou-

* Bollanâ., /. c, Gtoria poêtkuma^ eh. i^ p. 984 et m\v. — Gonzalez, €^. €,, eh. xx, p. 7S et suiv. ^-^Ott, ep, €,, eh. xxix,

p. 237 etsuiv.

CHAPlTaE VIMGTrTROïSlÈME. |«

siasme populaire , et en dépii des eforU de la gftrd0 royale 9 la sanctuaire fut si complétemefit ^pvubi qa# les chantras se virent dans la nécesaité de quitter leurs stalles et de se réfugier sur les marebes du maUre^ute} pour terminer rofiiee»

L'archevêque , le conseil royal., la cour suprèeuf i$ justice, te chapitre métropolitain, et les membres d^ le haute nûbless^ restèrent tous jusqu'à la âti da la cérémonie. Lorsqu'on voulut enlever le corps pour le placer dans la fosse qui avait été ouverte à cet effet dans le cloître de Saint-Dominique, le peuple éclata en lamentations et demanda ayee de si vives installées qu'on iui laiuât encore la chère Dose, que, pour éviter une émeute 9 on se décida à remettre renterramant au jour suivant. Calmée par cette promeMe, la foula commença à s'écouler; Tarchavèque, ainsi que les autres grands persormages présents purent alors baiser les mains de oplle qu'ils appelaient déjà h mnte, Tout#fois un nouveau concours de fidèles ne tarda pas à se présenter, et ils arrivèrent en si grlind nonibra qw Turribius crut prudent, pour prévenir le désordra, d'enjoindre aux pères de porter le corps à la saariltie. Mais la foule l'y suivit. On finit par déposer l#s reliques de Rose dans la chapelle des novieea, à laquelle personne du dehors ne pouvait arriver.

Elles y restèrent durant la miit spus la prde das

religieux. Avant de s'en séparer, l'archevêque s'agenouilla, fit une longue prière et baisa une fois encore, avec le plus profond respect, la main de l'humble fille des Flores; les seigneurs de sa suite en firent autant,

4i8 SAINTE ROSE DE LraÂ.

quelques-uns d* entre eux ne se permirent que de toucher des lèvres les bords de la robe de la défunte V

Le lendemain malin, on plaça le corps sur le catafalque érigé dans la vaste chapelle du Rosaire. Puis les portes de Féglise des dominicains furent ouvertes y le peuple s'y précipita en masse, Taffluence fut plus considérable encore que le premier jour, car la nouvelle de la mort de Rose s'était répandue avec une rapidité qui tient du prodige, et Ton arrivait de douze ou quinze lieues à la ronde, afin de la voir une dernière fois. Chacun voulait faire toucher au corps un chapelet, une médaille, un anneau, une couronne, ou quelque autre objet de dévotion, et en même temps le nombre des malades qui venaient implorer leur guérison augmentait de minute en minute. Les gardes du vice-roi ne réussissaient plus à maintenir Tordre , et de nombreux miracles qui s'accomplissaient sous les yeux de tous donnaient un élan de plus en plus vif à l'enthousiasme général. On ne parvint pas à empêcher que les fleurs, les voiles et les ornements qui entouraient Rose ne fussent enlevés pièce à pièce. Il fallut la vêtir six fois dans le cours de la matinée , l'un des doigts même de la sainte avait été coupé et ne se retrouvait plus*.

Le clergé s'était réuni au chœur de l'église pour la grand'messe, qui fut chantée par Pierre de Valence,

* BoUand*, /. c, Gloria posthuma, ch. i, p. 984 et saiv. — Gonzalez, op. c, ch. xx, p. 78 et suiv. — Ott, op. c, ch. xxix, p. 237 et suiv.

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