CHAPITRE TROISIÈME
confirma la foi qu'on avait en leur origine céleste; parce qu'il en résultait un certain bien-être matériel et une abondance des choses de première nécessité qui rendaient la vie douce et facile '; parce qu'enfin le pli était pris, et que cette organisation avait imprimé, au moment du passage de l'état sauvage à l'existence policée, une direction particulière aux mœurs, aux croyances, aux habitudes des Péruviens, à leur développement intellectuel, artistique, industriel et com* mercial , en un mot à tout ce qui constitue la vie d'une nation , à tout ce à quoi elle ne peut renoncer sans cesser d'être.
Nous tracerons dans nos prochains chapitres le tableau sommaire de la civilisation particulière que produisirent les institutions de Manco-Capac; mais avant d'aborder ce sujet, nous croyons devoir parler de la dynastie du législateur péruvien et exposer brièvement les actes de ces successeurs, afin de n'avoir plus à y revenir. Nous tirons cette partie de notre travail des écrits de Garcilasso de la Yega.
^ Ainsi, pour en citer un exemple, les approvisionnements de toute nature se trouvaient toujours en grande abondance dans les différentes provinces de l'empire; les calamités qui sont partout ailleurs les conséquences des mauvaises récoltes y étaient inconnues. En temps de disette, dit Thistorien Augustin de Zarate (1. I, ch. ly), les Incas ouvraient avec la plus noble libéralité les greniers publics {tambos)^ dans lesquels se trouvaient les produits de leurs terres et des biens du soleil, et faisaient d'abondantes distributions à ceux qui manquaient de vivres. Or, le peuple auquel on fournit largement ce dont il a besoin aime sa condition et ne tient nullement à en changer*
Cet historien nous apprend que les premiers sujels de Manco*Capac , charmés de la vie heureuse et paî* sible que ie fils du soleil leur faisait mener, se répandirent de tous les côtés pour informer de leur bonheur les nations voisines et les engager à le partager* L'Incai après huit années de travaux, se vit ainsi en mesure de lever une armée avec laquelle il soumit les peu* plades qui se montraient rebelles à ses leçons. Mais après les avoir vaincues, il réussit à se les attacher et à soumettre à ses lois toute l'étendue de pays com« prise entre l'Apurimac et la rivière de Paucartempe; if bâtit treize villages à Test de Guzco, trente vers l'occident, et peupla de colonies les portions les plus fertiles du territoire conquis.
C'est à Manco-Capac que la tradition indienne attribue la construction du célèbre temple du Soleil de Cuzco et du couvent magnifique dans lequel vivaient enfermées les vierges consacrées au culte du dieu de la lumière. Nous décrirons ces édifices dans notre prochain chapitre. Le premier Inca, voulant désigner les membres de sa famille au respect de la foule par quelques signes extérieurs, ordonna qu'ils auraient tous, et à travers la suite des âges, les oreilles percées, la tète rasée (en ne conservant qu'une touffe de cheveux au sommet du crâne) et le front ceint d'un bandeau en laine rouge appelé llauta.
Manco-Capac régna quarante ans environ. Après avoir vu croître heureusement son empire et se sentant près de sa fin , il réunit ses enfants , les personnes qui composaient sa cour et celles qu'il avait chargées