CHAPITRE TROISIÈME
da gouvernement des provinces et leur dit: « Je m'af- » faiblis; le soleil, mon père, m'appelle au repos » d'une meilleure vie. Je vous exhorte de sa part à » l'observation des lois, et je vous assure que sa volonté » est qu'on n'y fasse aucun changement. » Après avoir prononcé ces paroles, Manco recommanda à son fils aîné Sinchi-Roca le bonheur de son peuple , et aux autres assistants l'obéissânce et la fidélité envers son héritier; puis il mourut. Ses sujets le pleurèrent comme un père et célébrèrent ses obsèques avec magnificence; les cérémonies funèbres durèrent trois mois; on ne cessa d'entourer sa mémoire de la plus haute vénération.
Sinchi-Roca fit asseoir sa sœur à ses côtés sur le trône, conformément au privilège exclusivement réservé à ta famille royale^ et afin d'assurer à ses enfants le privilège d'une double légitimité. Sans employer la force des armes , ce prince vit de nouveaux peuples se ranger sous sa domination et étendit beaucoup les limites de son empire par Ja seule opinion qu'il donna de sa vertu. Ce fut lui qui divisa la monarchie en quatre grandes provinces, déterminées par les points cardinaux et subdivisées à leur tour en districts.
Après un règne long et heureux , Sinchi-Roca laissa la couronne à son fils Lloque-Yupanqui (le Gaucher). Ce monarque agrandit considérablement ses États, tant par ses conquêtes- que par les adjonctions volontaires de divers peuples qui s'empressèrent de reconnaître sa souveraineté et d'implorer sa protection. Les nations sauvages elles-mêmes , témoins du bonheur dont jouis-
saient les sujets de Tlnca, sollicitaient la faveur d'élre iocorporées à l'empire. Le nom de Lloque-Yupanqui acquit une popularité immense dans une vaste partie de TAmérique méridionale, et au dire de tous les historiens, il en usa plus dans Tintérêt bien entendu de ses sujets anciens et nouveaux que dans celui de sa gloire personnelle. Il consacra plusieurs années à visiter les provinces, à civiliser les peuples récemment annexés, à creuser des canaux, à construire des chemins, à perfectionner la culture des terres et à ériger des édifices publics. Digne petit-fils de Manco-Capac, il mourut très-âgé, avec le renom du plus grand des guerriers et du plus juste des rois.
Les règnes de Mayta-Capac, de Capac-Yupanqui et Inca-Roqua, quatrième, cinquième et sixième souverains du Pérou , furent une suite de glorieux événements. Les peuples étaient heureux, les lois de Manco-Capac continuaient à être respectées, l'empire s'étendait de plus en plus dans toutes les directions, on n'employait les armes que pour réduire à l'obéissance les nations qu'on ne parvenait pas à soumettre par la douceur. Les Incas inauguraient tous leurs règnes en parcourant les provinces de la monarchie, et pendant ces voyages, qui duraient d'ordinaire deux ou trois ans, chaque citoyen était admis à exprimer directement ses vœux et ses plaintes au prince; celui-ci apprenait ainsi à connaître parfaitement les populations, et comme il rendait immédiatement justice à chacun et qu'il répandait partout des bienfaits, l'affection et la confiance entre le monarque et les sujets