‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 27 sur 244 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

croissaient de règne en règne. D'ailleurs, ces longues pérégrinations des Incas, ces absences.si prolongées de la capitale démontrent que le Pérou jouissait d'une profonde tranquillité et qu'on n'y connaissait ni soulèvements ni révolutions.

Nous n'entrons point ici dans le détail des diverses expéditions desincas, expéditions tantôt belliqueuses, tantôt pacifiques, dont les traditions du pays ont conservé le souvenir, et qui furent toutes couronnées de succès. Nous dirons simplement que tous les chroniqueurs, tous les historiens, et en particulier Garcîlasso de la Vega, peignent les successeurs de Manco- Capac comme des espèces de divinités, doués de toutes les qualités et de toutes les vertus, n'ayant aucun défaut, réussissant dans toutes leurs entreprises, adorés de leurs peuples et faisant régner dans leurs immenses possessions la félicité de l'âge d'or. Roca , en particulier, est Tobjet des plus brillants panégyriques ; ses nombreuses conquêtes portèrent au loin sa réputation; il fonda des écoles publiques à Cuzco pour la classe noble, et l'on célèbre son grand amour de la justice.

Il mourut après un règne de cinquante ans. Son fils, le septième Inca, nommé Yahuar-Huacac, parce qu'il avait versé , disait-on , des larmes de sang à sa naissance, était un prince bienveillant et pacifique, mais mou, efféminé et dépourvu des brillantes qualités de ses ancêtres. Son règne fut marqué par un événement extraordinaire que rapporte la légende péruvienne. Le fils atné du monarque étant d'un caractère

hardi et entreprenant, Huacac résolut de l'humilier et l'envoya garder les troupeaux du soleil dans des pâturages éloignés de Cuzco. Après trois années d'exil, le jeune prince vit en songe un homme d'apparence très -extraordinaire, qui lui dit: « Je suis >} fils du dieu duquel tu descends et frère de Manco- ))Capac; mon nom est Vira-Gocha. Sache que plu- » sieurs parties de l'empire se sont soulevées; vas en » donner avis à ton père ; mais qu'il soit sans crainte, » je le soutiendrai. » Le prince s'empressa d'informer rinca de sa vision; l'empereur et sa cour s'en moquèrent. Toutefois, on apprit bientôt que les provinces de Ghincasuyu et de Charcas s'étaient révoltées; qu'elles avaient massacré leurs gouverneurs et que quarante mille hommes s'avançaient vers Cuzco. Huacac épouvanté s'empressa de quitter la capitale; mais l'héritier présomptif de la couronne, auquel le nom de Yira-Cocha était resté depuis son rêve, se mit à la tète des plus braves, marcha contre les rebelles, leur fit en vain des propositions de paix et d'amnistie et resta vainqueur dans une bataille qui coûta la vie à plusieurs milliers de combattants. Les mutins rentrèrent alors dans le devoir*

L'heureuse issue de cette guerre couvrit Vira-Cocha de gloire, et les Péruviens l'ayant reconnu seul digne d'exercer la puissance suprême , il déclara son père déchu du trône et y monta lui-même. Huacac mourut vieux, isolé et oublié.

Le règne de Vira-Cocha fit grandir encore la prospérité du Pérou. Après avoir récompensé d'une façon toute

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royale tes guerriers ses compagnons d'armes, il visita successivement les provinces de la monarchie et les dota d'institutions répondant aux besoins de chacune d'elles. Il étendit beaucoup les limites de l'empire et construisit deux immenses canaux pour les besoins du commerce. L'un de ces canaux, le moins considérable des deux, existe encore; il a cent vingt lieues de long et douze pieds de profondeur. C'est un admirable travail; il confirme les récifs des anciens historiens touchant la puissance des monarques péruviens et le soin qu'ils donnaient à tout ce qui pouvait contribuer â Pavantage de leurs sujets,

Vira-Cocha fui, dit-on, le plus célèbre astrologue de son époque ; la tradition affirme qu'il lisait couramment les événements futurs dans le coure des astres, et que les idoles , consultées par lui , lui révélaient l'avenir. H prédit que dans la suite des temps, et après le règne du douzième Inca , on verrait arriver par le nord des hommes incpnnus , blancs , barbus, issus de l'Orient, qui envahiraient l'empire et changeraient la religion du pays. Cette prophétie était généralement répandue au moment où Pizarre et ses compagnons mirent le pied sur le sol péruvien.

Il est une institution attribuée tantôt à Vira-Cocha ,

tantôt à quelqu'un de ses prédécesseurs, dont nous

devons faire mention, parce qu'on y trouve la preuve

de la sollicitude des Incas pour le bien-être de leurs

peuples. Des dépôts d'armes et de vêlements et de

vastes greniers destinés à recevoir les produits des

terres de la couronne furent établis dans chaque

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canton ; de sorte que les armées les plus nombreuses, lorsqu'elles entraient en campagne, étaient fournies en tous lieux d'équipages et de vivres, sans aucune charge pour les populations.

Le règne de Yira-Cocba fut de cinquante ans\ comme celui de son aïeul Roca.

Pachacutec, neuvième Inca, réunit à l'empire plu» sieurs provinces jusqu'alors indépendantes; il conduisit quelquefois lui-même ses armées à la victoire; souvent aussi il en confia le commandement à son frère ou à son jeune fils. Pachacutec donna des soins particuliers à l'administration de' ses immenses États. Il construisit un grand nombre d'édifices publics, de temples, de palais, de greniers, de magasins, de ponts, d'aqueducs, de routes et de canaux, et fui un prolecteur éclairé de l'agriculture. Il établit une milice dans chaque département, fonda diverses colonies et fit de grands embellissements à Cuzco. Pacha* cutec, objet de l'adoration de ses peuples, fut placé par eux au nombre des dieux lorsqu'il mourut, après soixante-dix ans du règne le plus prospère et le plus glorieux.

La soumission de la province de Muza (Moxos)j située au delà des Andes, non loin du Paraguay, et d'une portion du Chili , après deux campagnes trèsmeurtrières , marqua les premières années du règne de Yupanqui, dixième souverain du Pérou. Les tra-

* Garcilasso de la Yega , qui écrivait vers le milieu du seizième siècle, affirme avoir va le corps embaumé et parfiiitement conservé de Yira-Gocha.

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