CHAPITRE QUATRIÈME. 6â
tigres dont les têtes leur servaient de casques, les autres avaient des robes enrichies de lames d'or et d'argent, ou bariolées de mille couleurs, et on voyait sur leurs têtes des couronnes de feuillage artistement ciselées en or; il en était encore qui se couvraient le visage de masques grotesques ou qui fixaient à leurs épaules des ailes de condor, oiseau sacré, messager du soleil. Chacun portait soit les armes dont il se servait à la guerre soit une riche bannière représentant ses hauts faits personnels; c'était à qui paraîtrait avec le plus d'éclat. La troupe avançait au son des fifres, des tambours et des crécelles en prenant les attitudes les plus bizarres, et en se livrant à des sauts et à des bonds prodigieux. Lorsque la procession arrivait à la grande place, un profond silence succédait au tapage, tout le monde se tournait vers l'orient et attendait, dans une attitude respectueuse, que le soleil se montrât à l'horizon. Au moment où il paraissait, on s'agenouillait, chacun étendait les bnas, ouvrait les mains, les approchait ensuite de la boiidie et y appliquait les lèvres, comme pour baiser les premiers rayons qui sortaient du dieu de la lumière. On apportait alors au souverain deux très-grands vases d'or pleins de liqueur fermentée. Il présentait au soleil celui qu'il tenait de la mam droite et l'invitait à boire, puis il vidait la coupe dans un réservoir d'or d'où le liquide §e rendait au temple par un tuyau souterrain. L'empereur buvait une gorgée du breuvage contenu dans le vase qu'il avait à la main gauche, et distribuait
le reste aux. Incas présents. Les autres seigoeurs assistants recevaient une liqueur préparée par les vierges sacrées.
Après ces cérémonies préliminaires , la procession se dirigeait vers le temple , le monarque et les Incas seuls y entraient, les gouverneurs des provinces et les grands de TÉtat restaient sous le parvis extérieur. L'empereur remettait aux prêtres, en qualité d'offrande au soleil, les coupes dont il s'était servi pour les libations, les autres assistants leur présentaient des vases d'or et d'argent et des animaux ciselés en métaux précieux qu'ils avaient portés pendant la procession.
Les oblations terminées les prêtres consacraient une quantité d'agneaux et de brebis stériles pour les immoler au soleil. Dans le nombre des victimes devait se trouver un agneau parfaitement noir ; les Péruviens considéraient cette couleur comme la plus noble de toutes. On éventrait vivant l'agneau en question pour lire les arrêts du destin dans ses entrailles.
On égorgeait ensuite les autres animaux. Aprèsavoir offert «au soleil leur cœur et leur sang, on réduisait en cendres la part de la divinité. Les chairs des victimes, rôties publiquement, se distribuaient aux Incas, aux seigneurs et aux autres assistants. Chacun en mangeait à satiété.
Pour préparer ce festin solennel on se servait du feu sacré, que l'on obtenait en enflammant, au moyen d'une lentille, du coton déposé au fond d'un vase concave ou en frottant deux morceaux de bois , lorsque le soleil était voilé. On réservait une partie du feu