CHAPITRE CINQUIÈME
On vénérait raroen-ciei en sa qualité de symbole brillant de la bienveillance du soleil pour la terre.
Les Péruviens croyaient que le soleil , en disparaissant à rhorizon , se plongeait réellement dans rX)céan pour en ressortir le jour suivant du côté opposé.
Les idées généralement reçues par les gens des classes inférieures sur la pluie, la grêle, le tonnerre, étaient fort singulières. Ils disaient que le dieu créateur de toutes choses avait placé au ciel la fille d*un grand roi, en lui mettant à la main une cruche pleine d'eau afin qu'elle la répandit de temps en temps sur la terre sous forme de pluie ou de grêle; et ils ajoutaient que le frère de la jeune fille cassait quelquefois la cruche avec grand bruit et produisait ainsi le tonnerre , les éclairs et les averses.
Les connaissances en médecine des sujets des Incas étaient fondées uniquement sur l'expérience et trèsbornées ; les herboristes et certaines vieilles femmes auxquelles on attribuait des talents surnaturels traitaient les malades. Leurs remèdes les plus habituels consistaient en vomitifs, en purgatifs et en saignées. Un caillou très-pointu, fixé au bout d'un manche, servait de lancette. Pour guérir des maux de tête, on se tirait du sang à l'endroit où l'os nasal se rattache au front.
Les chirurgiens étaient plus experts que les médecins. Ils rémettaient les fractures et pansaient les blessures avec habileté. Ils appliquaient sur ces dernières différents onguents composés du suc d'une certaine espèce d'aloès, ou de simples dont ils connaissaient les vertus.
79 LE FÊROU.
Les PéravieM étaient assez habiles e& topographie; . ils traçaient sur toile des caries gé<^raphi«pi€8 dans lesquelles la situation respective des provinces, la direction des montagnes et des cours d*eaii, tes routes et les canaux étaient indiqués, et Garctiasso de la Yega parle d'un plan en relief de ta yiHe de Cnzco, exécuté peu de temps après la conquête par les indigènes, et qui reproduisait avec une surprenante exac^ titude tes mes, les places, les monuments, etc., même les environs de la ville.
Les sujets des fncas cultivaient avec quelque succès la poésie et l'art dramatique.
Le rhyfhnie de leurs yers était très-varié ; ils clan* taient les actions glorieuses des princes, les grands événements des temps passés, l'amour et les beautés de la nature. Leurs poésies légères se distinguaient , au rapport dés Espagnols, par une certaine grâce naïve et rappelaient les rondeaux castillans.
On représentait awx jours des grandes ffttes, en présence du souverain et de sa cour, les comédies et les tragédies composées par les amaulas. I.«s membres de la noblesse et les fil^ des prrncipnux employés éa gouvernement remplissaient les rôles, et lorsqu'ils s'en acquittaient bien on leur distribuait, après la représentation , des joyaux et des vases de prix. Les exploits des hicas constituaient le sujet habituel des tragédies ; les comédies reproduisaient les scènes de Fa vfe civile et domestique.
PlafSSORS au langage de la nation péruvienne. Nous avons eu occasion de parler déjà de la langue parlH
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culière à la femiHe des Incas ; tes seuls descendaDts de Manco-Cupae la parlaienl el la comprenaient; l'usage en était sévèrefsent interdit aux profanes^ Outre celte tangue, il y en avait Qne antre répandue dans tout Fempire par les soins des sooTeratns, dans le but d'étabtîr un lien commun entre les diverses nationalités qui composaient la population de la monarchie et de les façonner tontes à une même civilisation.
Voici ce qne dit à ce sujet le R"^ dom Blas-^Valera , vénérable ecclésiastique espagnol, qne 1» Pérou compte au nombre de ses pères spirituels : « A la vérité, chaque province a son langaige particulier différent des autres, cependant il y en a on gêné» rai, qu'on appelle la langue deCuzcOj et qoi était en asage , du temps des rois Incas , depuis Quito jo&qa'au royaume de Chili et de Tucnmac... A mesure que les Incas soumettaient à leur ^npire quelque royaume ou quelque province, la principale chose qa'ils recommandaient à leurs nouveaux sujets était d'apprendre la langue de Cuzco. Et afin que ceux-ci possent exéenfer leur commandemeiiA, ils leur envoyaient des Indiens natifs de cette ville, pour les instruire. Ils donnaient à ces maîtres des héritages dans les provinces afin de les obliger à s'y natufQ}iserj et qu'eux et leurs enfants y enseignassent à perpétuité cette langue géuérate. On préférait Dour les charges publiques ceux qui la parlaient le mieux ; ao«si tout le monde la comprenait, et par ce moyen les Ipcas gouvernaient en paix leur empire et
urs sujets à quelque naliOD qu'ils appartiossenl. » L'art musical était daos l'enfaDce ckez les Péruens; leur principal instrument coosislait en une irte de flûte de Pan composée de roseaux, et qui indail des sons assez doux, mais fort monotone, ependant, outre les poésies langoureuses qu'ils chanient snr un rhylhme plaintif et lent, ils avaient iielques chants populaires destinés à célébrer les lenfaits du soleil, les grandes qualités des Inc^ et s travaux agricoles, et qui, au dire des conquérants ipagn(^s, ne manquaient pas d'agrément.
La danse entrait comme élément obligé dans les tes et dans les réjouissances des Indiens; ils l'aiaient passionnément. Chaque province avait sa danse irliculière; les Incas eux-mâmes se livraient voloners à cet exercice, mais au lieu de faire des sauts . des mouvements vifs, comme les autres danseurs, i ne se mêlaient pas à eux et conservaient un air 'ave et majestueux. Les hommes du plus haut rang uls étaient admis aux iMtlIets du monarque, souvent I nombre de deux ou trois cents. Ils se tenaient us par la main, restaient respectueusement à une irlaine distance du souverain et s'approchaient peu peu de lui en mesure et en chantant tour à lour s hauts faits des divers membres de la famille impéi\e. Lorsque l'Inca voulait donner une preuve parmlière de bienveillance à l'assistance, il prenait irt lui-même à la ronde. Celte condescendance était •nsidérée comme une insigne faveur. Ce fut à l'ocsion de la danse que l'Inca Huayna-Oipac fît faire