‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 59 sur 244 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

rapidité et devint promptèment une des plus belles et des plus peuplées du nouveau monde. Elle était assise en forme de croissant sur la rive gauche de la rivière; on la munit d'un mur d'enceinte percé de huit portes. Une belle route, garnie de peupliers et de saules pleureurs, conduisit au rivage de l'Océan, ou Ton construisit le port de Galtao. De nombreux et charmants , jardins , riches en arbres magnifiques , en fruits variés et en fleurs admirables, furent plantés autour de la ville; enfin, un climat enchanteur et une fraicheur agréable, entretenue par le voisinage de la mer, complétèrent les charmes de la nouvelle capitale. Mais ces avantages étaient contre-balancés par un inconvénient immense et dont on put se convaincre peu de .temps après sa fondation. La cité des rois était et est encore exposée aux phénomènes naturels les plus redoutables : tous les ans, des secousses de tremblements de terre la menacent d'une ruine complète, surtout au moment où les grandes chaleurs succèdent à la saison des brouillards.

Cependant Pizarre, absorbé par les soins qu'il donnait à la construction de Lima, et trop vite rassuré par ses faciles succès, avait imprudemment disséminé ses forces. Les chefs indigènes les plus influents crurent pouvoir profiter de cette faute et du départ d'Almagro pour se débarrasser de leurs oppresseurs. L'Inca Manco-Capac, ce frère de Huascar, que les populations du centre de l'empire avaient proclamé après la fin tragique des fils de Huayna-Capac , était rame de la conjuration. D'abord prisonuTer à Guzco-,

il avait réussi à séduire Fernand Pizarre par la promesse d*une forte rançon, et à obtenir l'autorisation de se rendre dans la province d'Incaya, ou les indigènes devaient célébrer une fête religieuse. 11 saisit cette occasion, et au moment où les Espagnols s'y attendaient le moins, le cri de guerre retentit dans le Pérou. Tous les étrangers dont on parvint à s'emparer, isolément ou par petits groupes, furent égorgés. Le soulèvement devint général ; une armée de deux cent mille hommes, qui s'était formée comme par enchantement, se porta vers Cuzco. Un autre corps trèsnombreux dirigea plusieurs attaques contre la ville naissante de los Reyes.

Cent soixante et dix Espagnols défendaient Cuzoo. Les indigènes investirent la place et en firent le siège pendant neuf mois consécutifs; ils formèrent des bataillons et des compagnies à l'européenne, tes armèrent des lances, des épées et même des mousquets pris à leurs adversaires, et donnèrent des preuves d'une énergie et d'un courage auxquels on avait été loin de s'attendre.

Les Espagnols, de leur côté, faisaient des prodiges de bravoure et semblaient se multiplier pour tenir tête à tant d'adversaires; les trois frères de Pizarre surtout étaient jour et nuit sur la brèche; Juan, Ton d'eux, perdit la vie en combattant. Enfin, les assiégés, à bout de ressources, manquant de vivres et découragés par l'acharnement des Indiens, dont le nombre augmentait chaque jour, résolurent de quitter secrètement Cuzco et de gagner le rivage de la mer; mais

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