‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 60 sur 244 · CHAPITRE «UlTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE «UlTIÈME

alors un événement imprévu vint changer la face des affaires.

L'expédition d'Almagro, repoussé par les indigènes du Chili , avait manqué.

Diego hésitait sur le parti qu'il devait prendre, lorsqu'il tut informé de la. situation dans laquelle se trouvait le Pérour En même temps, il apprit officiellement que le roi d'Espagne l'avait nommé gouverneur de deux cents lieues de pays, situés au midi de ceux dont le gouvernement avait été confié à Pizarre. Il se décida en conséquence à secourir ses compatriotes et à reprendre ses anciens projets sur Cuzco. François lui avait manqué de parole, il ne se fit aucqn scrupule de le jouer à son tour.

Il rentra donc au Pérou et s'avança vers l'ancienne capitale, mais avec une lenteur calculée. Manco- Capac, devinant ce qui se passait entre les deux partis espagnols , entama avec Almagro une négociation dans laquelle il donna des preuves de la plus rare sagacité ; toutefois il reconnut bientôt que si ce chef consentait à lui prêter une assistance momentanée, ce serait pour le sacrifier plus tard, après avoir détruit les Pizarre et leurs adhérents. Il tomba donc à l'improviste sur Almagro ; en cette occasion la disciplina européenne triompha encore du nombre : l'armée indigène fut battue et dispersée.

Les Pizarre interdirent' l'entrée de Cuzco à don Diego; cependant on n'osait pas en venir à une lutte ouverte, de crainte que les indigènes n'en profitassent ; on temporisa de part et d*autre. Almagro profita de ce

m LB PÉROU.

répit pour gagner une partie des Iroapes de ses adversaires; puis, pendant une nuit très-obscure, il s'approcha silencieusement de la place, désarma les sentinelles et investit la demeure des frères Pizarre, qui se rendirent après une résistance désespérée. Diego les fit enfermer et resta maître de Cozco.

François Pizarrc, toujours absorbé par la constractîon de los Reyes, et ignorant ce qui venait de se passer dans l'ancienne capitale, se trouvait dans une situation assez critique. Les indigènes avaient massacré une partie considérable de ses troupes, impru* demment disséminées, et Tatelantado se voyait menacé d'une attaque sérieuse, lorsqu'un de ses lieutenants, nommé Alphonse d'Alvarado, jéussit à réunir un assez bon nombre de soldats sous son commandement et à battre les Péruviens en plusieurs rencontres* Ces petits succès rétablirent la sécurité aux environs de la ville nouvelle, et François chaîna Alphonse d'aller avec sa troupe au secours de ses frères, qu'il croyait toujours assiégés à Cuzco par les indigènes. Almagro, voyant arriver Alvarado, chercha à le gagner à sa cause; n'ayant pu y réussir, il s'empara de sa personne et le mit sous les verrous.

Cependant Pizarre, l'atelantado, ne tarda pas à se mettre lui-même en marche à la tète de sept cents hommes pour se réunir à ses frères. Almagro hit informé de ce mouvement; Orgc^os, un de ses capitaines, le suppliait de ne pas laisser édiapper une occasion aussi favorable, de tombera l'improvisle sur Franco» et de terminer d'un coup la guerre civile

GHAPITRB HUITIÈME. 413

ea enfermant le plus redoutable des Pizarre dans la même prison que ses frères. Diego^ fort tenté de suivre ce conseil , n'osait pas : une aussi audacieuse entreprise reffrayait» Tandis qu'il hésitait , un messager fidèle instruisit François de tout ce qui s'était passé à Cuzco* Pizarre, au lieu de continuer sa route, retourna alors sur ses pas afin de se donner le temps de réfléchir a ce qu'il convenait de faire en d'aussi graves circonstances. Il sa décida à ne rien entreprendre de décisif avant d'avoir reçu~(les renforts qui devaient lui venir de l'Amérique centrale, et il entama en attendant de feintes négociations avec Almagro.

Celui-ci quitta Guzco , y laissa Alphonse d' Alvarado et Gonoato Piaarre toiyours enfermés, emmena avec lui, sous bonne garde, Fernand Pizarre, dont il redott<tait l'esprit entreprenant, et s'avança jusqu'à vingt lieues de los Reyes^ dans ta province de Cbincha.

Pizarre continuait ses pourparlers afitt de se donner le loisir d'organiser son armée et de délivrer aes frères; et don Diego i, dupe de son rival suivant sa coutume, commençait à prêter une oreille favorable a ses propositions*

Sur ces entrefaites, Gonzale Pizarre et Alphonse Alvarado s'échappèrent de leur prison et se réunirent à François, avec soixante-dix des hommes d'Almagro qu'ils étaient parvenus à débaucher*

La nouvelle de la désertion d'une partie de ses troupes affligea profondément don Di^o ; à partir 4e ce moment^ il désira sincèrement se rapprocher de ^son ancien associé et lui fit même proposer une co«h*

Iti LE PÉROU.

férence. L^entrevue eut Heu, et les deux généraux conclurent un traité provisoire. Il fîit convenu que le roi d'Espagne prononcerait sur la querelle. Cétaitun piège tendu à Almagro, piège d'autant plus dangereux que Fernand Pizarre, rendu à la liberté, fut chargé d'aller exposer à Sa Majesté Catholique les prétentions et les plaintes des deux partis.

Bientôt après, un ordre de la cour enjoignit aux deux gouverneurs de s'en tenir chacun aux découvertes qu'il avait faites.

Mais ils ne respectèrent pas la décision souveraine. Pizarre sortit de Lima à la tête de son année, Almagrb se fortifia sur une montagne située aux environs de Çuzco. Il en fut chassé par Fernand Pizarre et se replia sur la capitale avec Orgognos.

Deux mois plus tard, les troupes de Pizarre entouraient Cuzco; le 26 avril 1 538, les armées se trouvaient en présence. De nombreux corps d'indigènes les renforçaient toutes deux, mais ceux-ci ne songèrent pas à profiter de la circonstance pour se réunir et pour exterminer leurs oppresseurs. La bataille se livra; par une singulière coïncidence, les compétiteurs, dont le sort devait se décider en celte journée, n'y prirent part ni l'un ni l'autre. François Pizarre était retourné à Lima; Diego d'Almagro, âgé de soixantequinze ans et malade, ne pouvait se mêler à la lutte. Étendu sur une litière, il occupait le sommet d'une colline , du haut de laquelle il suivit les phases du combat. Il fut long et sanglant; enfin la victoire se déclara pour Fernand Pizarre; Orgognos, qui

Page 1